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Procès d'angers, qu'en pensez-vous ?

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florence

Procès d'angers, qu'en pensez-vous ?

Message non lu par florence » 12 avr. 2005 10:00

Bonjour à tous et toutes,

J'aimerais bien avoir vos avis sur le procès d'Angers et sur l'aveuglement des travailleurs sociaux qui ont travaillé auprès de ces enfants martyrs. Je sais qu'il y a eu des signalements mais comment n'a-t-on pas pu voir à quel point la situation était grave ? (cf article de Libé de samedi dernier) . D'accord on n'est pas la "police des familles" mais quand même ! Je suis en 1ère année de formation AS et cette histoire me perturbe beaucoup.
Merci pour vos avis

philippe gaberan

Re: Procès d'angers, qu'en pensez-vous ?

Message non lu par philippe gaberan » 12 avr. 2005 19:23

salut Florence,
c'est bien que cette affaire te perturbe et pousse à ouvrir un débat sur cet espace de discussion. Je crois que des éléments de réponse sont dans ta question : "comment n'a-t-on pas pu voir ?" Parce que nous ne sommes pas des flics et parce que notre travail ne consiste pas à mettre les familles sous contrôle... Nous pouvoir avoir des impressions, sentir des ambiances, repérer des non-dits ou des actes manqués chez les enfants, mais nous avons rarement des preuves (dans ce cas d'ailleurs, sauf à être incompétents ou malades, les travailleurs sociaux agissent rapidement et de façon efficace. Car combien même aurions nous des soupçons qu'il se passe quelque chose, difficile d'agir sans plus de certitudes... sauf à créer bien plus de dommages encore!
Je t'invite à lire la colonne publiée dans le journal Lien Social, n°746, p.28
L'affaire d'Angers doit rendre très prudent : elle ne doit servir ni à excuser ni à accuser. Elle doit nous permettre, et c'est ce que tu fais ici, de nous aider à réfléchir sur le "sens" de notre engagement (éthique) sur les limites de notre action (déontologie) et sur les moyens d'exercer nos métiers (professionnalisme)qui pour maintes raisons sont de plus en plus à risques : risque d'être accusé de n'avoir pas vu, risque d'être accusé d'avoir dénoncé à tord, risque d'être complice de maltraitance, risque d'être accusé de maltraitance.
cordialement
http://philippegaberan.free.fr

philippe gaberan

Re: Procès d'angers, qu'en pensez-vous ?

Message non lu par philippe gaberan » 17 avr. 2005 17:53

que penser de ce silence à propos d'une affaire qui concerne nos professions dans l'un de ses aspects les plus difficiles? N'y a-t-il que Florence pour se poser des questions?

florence

Re: Procès d'angers, qu'en pensez-vous ?

Message non lu par florence » 17 avr. 2005 21:12

Je te remercie pour ta réponse Philippe. Je reconnais avoir réagi un peu vivement à cette affaire, sans doute parce que je suis maman et que je manque d'expérience face à ce genre de situation. Sans doute faut-il savoir accepter de passer à côté de ce genre de chose. L'évaluation doit être parfois très difficile face à des individus manipulateurs. J'imagine seulement qu'on se sent très mal, après...
Moi aussi , je suis étonnée que ce sujet n'intéresse personne d'autre sur le forum car il suscite quand même une vraie réflexion.
Alors ?
Florence

TheD

Re: Procès d'angers, qu'en pensez-vous ?

Message non lu par TheD » 18 avr. 2005 07:57

Bah, personnellement je suis dégouté. Non pas de cette affaire particulièrement, j'exprime un dégout passager. Depuis que mon intérêt prononcé pour le travail social, parce que j'aime m'interesser à ce qui dépasse de mon nez (donc dans le cadre du rmi, ça m'aide disont à "vivre" cette situation car il ne faut pas se leurrer, je ne me vois pas demander à une chargée de mission de répondre à mes nombreuses questions), je découvre alors de nombreux emplois intéressants bien que je n'aspire pas à ces domaines. Je suis d'avantage empreinté de l'épistémologie des sciences et ça aussi ça m'aide beaucoup. Mais mon dégout vient d'une conversation par tchat, il y a quelque jour avec une personne qui travaille dans une maison de personnes autistes. Cette personne, stagiaire, assiste avec impuissance à une maltraitance de la part d'une responsable. D'ailleurs je dirais qu'il s'agit d'une maltraitance collective puisque par le silence l'ensemble du personnel "consent" à la brutalité physique de cette responsable sur les personnes autistes. Je ne détaillerai pas plus. Cette personne se sent prise au piège, ne veut informer son centre de formation car la responsable use de sa manipulation, prend les devants, etc... mais ce genre de chose me mets profondément en colère. Alors j'imagine qu'il existe de bien pires situations lorsque tout un groupe de professionnels deviennent "aveugles" par leur soit disant "secret professionnel" maculé d'un éventuel (selon le métier) code déontologique... pour moi l'éthique est humaine, en chacun ! Je ne comprends pas que des situations vécues dans la déraison collective puissent trouver un sens. Enfin, personnellement, la putain du diable je la connais aussi...

élo

Re: Procès d'angers, qu'en pensez-vous ?

Message non lu par élo » 18 avr. 2005 13:00

Non Florence n'est pas la seule à être interpellée par le procès d'angers. J'ai eu à faire face à des dévoilements de maltraitance tant physique, morale, psy de la part d'enfants en institutions et j'ai bien souvent étais surprise par le comportement des pro face à ce que disent les enfants. j'ai été choquée par le fait que beaucoup considèrent que les enfants fabulent, ou y prennent du plaisir!!! C'est sans doute plus facile que d'entendre la souffrance des jeunes, que de voir les dégats faits par les abuseurs mais je pense que le fait de ne pas être entendus laissent aussi des traces.
Je me suis souvnet opposée à mes collègues pour faire en sorte que la parole des enfats soit prise en compte! Puis je suis passée outre l'autorité du directeur pour faire un signalement pour une fille qui était particulièrement mal traitée chez elle. C'est pas facile, beaucoup de travailleurs sociaux ont peur de ces révélations car effectivement il n'y a pas de preuves. Et puis c'est toujours délicat de se positionner, de faire face à des enquêtes, d'aller à la gendarmerie...Il faut certes prendre le temps de savoir comment réagir, agir mais pas pour passer ce qu'on a entendu sous silence. Enfin moi, je ne peux pas, je ne peux pas trahir la confiance d'un "gamin" qui brise la loi du silence, ni ne pas considérer sa souffrance, sa peur. Mais certains le font par peur pour leur place, par peur pour eux.

philippe gaberan

Re: Procès d'angers, qu'en pensez-vous ?

Message non lu par philippe gaberan » 19 avr. 2005 08:08

Que dites vous, Elo et Thed ? Qu'il y a de la malatraitance en institutions! Que des professionnels sont complices de cela! Vous avez raison... Stanislas Tomkiewicz (taper ce nom sur Google... c'est riche), formidable psychiatre et pédagogue, a consacré toute sa vie à cela et faire évoluer l'impunité des institutions, un temps repliées sur elle-même.
Mais toutes les institutions et tous les professionnels ne sont pas des pourris ; il y a des hommes et des femmes de valeurs dans ce secteur. Alors, Thed, si tu es passionné d'épistémologie, il faut mettre ta passion et tes compétences au service de l'évolution de ce métier, qui n'en finit pas de grandir, et qui a encore besoin de comprendre d'où il vient, quels obstacles (au sens d'obstacles épistémologiques de Gaston bachelard, formidable philosophe) il a rencontré sur sa route, comment il les a surmonté, sur quels outils ou savoirs il peut s'appuyer pour aller de l'avant dans ses valeurs humanistes. Cet engagement vaut mieux que le cynisme ou le fatalisme.
Oui Elo, c'est dur de lutter contre une direction et l'aveuglement de collègues. Mais il ne faut pas se servir de son courage et de sa lucidité pour juger ceux qui ne bougent pas. Notre force au contraire est de les entraîner. Bien sûr qu'il est dur d'avoir raison seul et contre tous, mais avoir raison ne sert à rien si l'on ne parvient pas à partager les arguments qui donnent raison. De tels combats sont long et épuisant (voir ce que j'ai pu écrire dans Etre éducateur dans une société en crise, le chapitre sur M. Pensatout veut tout casser)
Dans le procès d'Anger, rien n'accuse nos collègues qui ont tenté de faire leur boulot le mieux possible. Le Conseil Général a même insisté devant la presse pour dire que les "travailleurs sociaux ne sont pas des flics" ... leur boulot c'est de rester au contact de l'enfant, d'observer, de comprendre, d'agir avec le plus de conviction et d'honnêteté possible.
Il faut soutenir nos métiers ou ils vont disparaître

TheD

Re: Procès d'angers, qu'en pensez-vous ?

Message non lu par TheD » 19 avr. 2005 09:25

Non monsieur Philippe Gaberan. Je ne peux m'investir dans tel projet, ma voie est profondément ailleurs. Mais je suis une daube, crois moi. Un parasite inadaptable. Le pire dans cette histoire, se trouve dans le fait qu'il y a une grosse mésentente sur mon objectif d'insertion. Mes mots n'ont pas été compris, disons plutôt que je me suis très mal exprimé. Lorsque je me déplace pour signer, je dois m'imaginer empreinter le chemin durant plusieurs semaines, ensuite c'est plus fort que moi, je rentre dans une forme de mutisme. Il y a eu une réelle volonté de sortir, notamment j'ai rencontré quelques personnes en octobre/novembre 2004 sur ma ville, en sortant en une fois par deux semaines. Ce qui est beaucoup pour moi à vrai dire, bien malheureusement. Je comprends un peu mieux ce qui se passe dans mon esprit. Je situe mieux les sources de mon intolérance puisque je ne me supporte plus, et ce phénomène s'accentue lorsque je sors. Enfin, cela pour signifier alors que durant cette période octobre/novembre 2004 je sortais un peu. Ca s'est très bien passé. Si bien que j'ai demandé à ma référente un entretien pour lui expliquer une partie de mes démarches, les plus significatives, qui me porta à réaliser le fait que je n'ai pas eu l'opportunité de vivre un échec, puisque pour échouer une formation il faut la réaliser. En ce sens je n'ai pu ni réussir, ni échouer. J'avoue que je ne saisis pas le fond du problème vraiment. Je possède une carence en moi même. Le fait que je souhaitais accéder à un emploi par une formation pour ensuite évoluer comme je me le projetais me semblait (on va dire) "normal". Alors, oui, c'est vrai que à l'époque et toujours aujourd'hui, j'avais du mal à me vêtir convenablement. Ceci me fut reproché en plusieurs temps mais je n'avais pas d'argent, la majorité de mes fringues proviennent de vêtements donnés, ou de mon adolescence. Aujourd'hui encore. Lorsque à 21 ans un psychologue vous sort (à l'AFPA) "vous n'avez pas la tête de l'emploi" (je vous assure et confirme que c'est la stricte vérité, ce qui provoqua un conflit entre le responsable du stage qui me soutenait et le psy qui vraissemblablement ne voyait en moi uniquement ce qui ne faisaient pas parti de moi, mon apparence)... J'étais pourtant pas si dégueulasse. Comme de nombreux jeunes, jeans, chemise, pullovers, chaussures.

Bon, ça m'énèrve d'écrire encore cela. Je m'excuse, ça tourne souvent en boucle dans mon esprit surtout lorsque l'histoire, non pas se répète, mais se désincarne d'une volonté. Forcément, je m'en veux. Déjà, se faire entendre, je me rends compte que c'est un vrai boulot. En même temps, j'essaie de ne plus penser. De janvier à mars, très mauvaise période. Aussi, j'ai peur de ce que j'ai pour vous dire la vérité. Ca me fout vraiment la trouille et je ne tiens pas à entendre le fait que la seule solution se trouve dans la réponse médicale. J'essaie de positiver mais là, tout de suite, ce n'est pas un homme qui vous écrit. Je me rends compte, plus lucidement de la gravité de la situation par moment. Comme maintenant. Mais autant que ma lucidité puisse me porter, autant je pense à cette femme, tous les jours. Je me demande pourquoi il n'y eu pas de communication véritable. Je veux m'insérer mais certainement pas par le statut d'entreprise, il me semblait être clair... d'abord boucler des projets à courts termes. Comme ce que je présenterai bientôt. Cela ne m'apportera pas forcément un revenu, mais je dois boucler ce projet. C'est une question de savoir si je suis encore vivant, ou non.

stitch

Re: Procès d'angers, qu'en pensez-vous ?

Message non lu par stitch » 03 mai 2005 11:17

Aujourd'hui commencent les auditions des personnes misent en accusation. Pour ma part j'ai le sentiment qu'on nous presente ce procès comme celui de "la misère humaine" comme si ces personnes là n'avaient pas eu toutes leurs facultés mentales pour réaliser ce qu'elles faisaient. Que la pédophilie soit une maladie mentale qui necéssite une prise en charge médicale et psychologique c'est un fait. Mais ce qui dépasse l'entendement c'est qu'il y ait autant de personnes impliquées, que des parents se soient servis de leurs propres enfants de façon consciente. Cela provoque en moi des sentiments sur lesquels je ne peux pas mettre de mots. Je suis maman d'une petite fille, je sais ce que c'est l'amour que l'on porte à son enfant.
Au delà de la remise en question des travailleurs sociaux, police et autres intervenants, c'est pour moi la mise en exergue de la barbarie humaine aux 21 ème siècle. L'être humain n'a pas tant évolué que ça finalement et parfois j'ai l'impression qu'il régresse même.C'est la société toute entière qu'il faut remettre en cause pour mettre à jour les failles.

Message pour theD : Si tu ne veux pas de la réponse médicale( bien que parfois selon la pathologie cela soit indispensable) à ton problème essaye l'osthéopathie, la réflèxologie et les fleurs de Bach.Je ne connais pas ton mal être mais peut être fais tu des attaques de panique. C'est peut être plus long mais c'est réellement efficace et de plus tu participes vraiment à ta guérison car les médicaments ne sont qu'une réponse de soulagement immédiat mais ils ne travaillent pas sur le fond du problème. Alors courage.

nath

Re: Procès d'angers, qu'en pensez-vous ?

Message non lu par nath » 04 mai 2005 16:29

Aucun travailleur social n'a été mis en cause par la justice (entendus en tant que témoin uniquement) dans cette affaire. la question "qu'est ce que fait le service social" est une question lancée par les avocats de la défense et reprise par les médias.
Je suis intervenue à deux reprises au sein d'évenements relevant de la protection de l'enfance et médiatisés par ailleurs. J'ai souvent été surprise de découvrir dans le journal un résumé erroné de l'action des travailleurs sociaux dans ces affaires. Je me suis souvent demandé d'ailleurs comment les médias "vérifiaient leurs sources". Alors il me parait primordial pour tout citoyen et d'autant plus pour des personnes souhaitant travailler dans l'accompagnement des personnes en difficulté de garder la distance face aux infos, rarement empreintes de neutralité de nos jours, afin de ne pas emettre de jugement hatif.

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