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Le Moi, Moi et Moi...

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fabien

Re: Le Moi, Moi et Moi...

Message non lu par fabien » 14 août 2007 13:35

"... L'homme n'est point cet être débonnaire, au cœur assoiffé d'amour, dont on dit qu'il se défend quand on l'attaque, mais un être, au contraire, qui doit porter au compte de ses données instinctives une bonne somme d'agressivité. Pour lui, par conséquent, le prochain n'est pas seulement un auxiliaire et un objet sexuel possible, mais aussi un objet de tentation. L'homme est, en effet, tenté de satisfaire son besoin d'agression aux dépens de son prochain, d'exploiter son travail sans dédommagements, de l'utiliser sexuellement sans son consentement, de s'approprier ses biens, de l'humilier, de lui infliger des souffrances, de le martyriser et de le tuer. Homo homini lupus : qui aurait le courage, en face de tous les enseignements de la vie et de l'histoire, de s'inscrire en faux contre cet adage ?"

Bonjour!
Ce n'est pas en mots de maître que je souhaite proposer cette citation de ce cher S.Freud mais avouons tout de même que la formulation est explicite...

Ma tentative n'est pas de déjouer l'hypothèse d'un amour humain génétiquement présent et naturellement inscrit mais plutôt de mettre en avant, un petit peu, le fait que nos intentions, aussi socialements engagées et "bonnes" soient-elles, ne sont pas sans compter la présence de ce qui fait, comme vous le dites plus haut dans vos messages, donc de cette chose si insaisissable et si obscur qu'est la part de désir que chacun met avec une énergie parfois étonnante dans ce métier d'éducateur spécialisé.

En effet le désir ne s'apprend pas dans une école, cependant la douloureuse concession que demande celle-ci permet au moins d'apprendre à soumettre notre propre désir d'éducateur spécialisé à la loi. Sinon alors l'éducateur "naturel" fait vivre son désir d'aider l'autre comme la loi en vigueur, en tout cas tel en est le risque.

Mais que voulons nous à ces personnes que nous accompagnons ?
Je me permet de glisser là une citation plus qu'éloquente de ce cher docteur Lacan : " Quelle joie trouvons-nous dans ce qui fait notre travail?"

Merci.

Marie

Re: Le Moi, Moi et Moi...

Message non lu par Marie » 14 août 2007 17:11

de passage... via les technologies modernes qui font que même pas là on est là....
je suis agréablement surprise de voir que le "moi, moi, moi" attire quelques passant! certains ragent et n'osent se "lacher" préfèrant déposer une note d'humour comme "sage femme" d'autres comme moi (moi!) trouvent ici l'occasion de venir laisser respirer les pensées qu'ils puisent au grè de leurs parcours (avec ou sans chaussures!) comme Frédifrédo que je salut.
Ne te bile pas Barbeapapa... Bambi n'est pas mort!!! sa mère oui! mais cela tu le savais déjà!
"Agis de telle sorte que tu traites l'humanité aussi bien dans ta personne que dans la personne de tout autre toujours en même temps comme une fin et jamais simplement comme un moyen." Kant

maxmara

Re: Le Moi, Moi et Moi...

Message non lu par maxmara » 14 août 2007 19:05

merci freud, par le biais de fabien, de nous rappeler la nature profonde et ancêstral de l'homme............
et à la question de Lacan, je répondrais le bonheur de faire le bien, et ma phrases commence par le bonheur, le bonheur de qui? moi, moi et moi c'est ça le titre du post?

Barbeàpapa

Re: Le Moi, Moi et Moi...

Message non lu par Barbeàpapa » 14 août 2007 21:15

Lu Fabien.

je ne partage pas tout à fait les dires d'Hobbes selon laquelle "l'homme est un loup pour l'homme". C'est juste une justification selon laquelle il faut plus d'Etat, plus de controle, une société étatisée ou papa Etat dessine l'individu parfait selon les normes édictées...par l'Etat.
Les plus grands crimes ont été le fruit de l'Etat et non de l'individu. je viens de lire les "Bienveilants", bouquin sur un nazi pendant WW2...personnellement je n'ai pas confiance en cet chose invisible qu'on nomme l'Etat. Après je pense que la "société" à un devoir, là où l'initiative individuelle ne suffit pas, à savoir apporter une aide aux plus démunis. Quand on sait que par exemple pour certains états, comme l'autisme, certains parents dont l'enfant est un autiste preferent envoyer leurs enfants se faire "encadrer "aider" en Belgique puisque les structures proposées par la France ne leur convient pas c'est assez malhereux et je dirais même honteux pour la France.

En ce qui concerne la parole de Lacan et l'interrogation de ce que "nous" voulons aux personnes que nous accompagnons la question est très délicate. Je bosse actuellement dans un foyer qui accueil la bonne populas SDF. Avec mon collegue on s'est demandé la même question tout à l'heure. la question est-elle ce que "moi" je veux pour ces personnes? Où est-elle ce que ces personnes veulent pour eux mêmes? On s'est dit que clair certainnes viennent, fument des joins, (no no ce n'est pas un coffe shop lol) bouffent, prennent des douches, dorment puis appelent les services sociaux pour avoir un plumard le soir. Nous avons un très bon contact avec ce public puisque nous donnons, avec plaisir, beaucoup de nous mêmes. Mais "donner" est ce "aider"? Je sais bien que ces personnes ont un trajectoire très difficile, des histoires malhereux qu'il faut comprendre et je pense qu'il faut donner beaucoup d'affection mais néanmoins je ne peux m'empecher de penser aux paroles de Bastiat selon laquelle "donner du poisson à l'homme et il n'apprendra jamais à pecher".
Néanmoins quand j'en croise certains dans la rue et quand ils me disent, quand je veux donner des sous "No, no tu fais dèja beacoup pour nous..." j'ai un pincement au coeur. Je ne sais pas ce que la "société" peut leur offrir mais je suis sûr que la solution réside en eux. Je pense que c'est bien une autre raison pourquoi je voudrais faire éducateur...Pour avoir la reconnaisance institutionnelle, la capacité, de les prendre en individuel, leur apporter une aide concrete, les accompagner vers leurs désirs, vers autre chose que la rue...s'ils le veulent car on n'aide pas un individu contre son gré.
Moi personnellement j'aime bien ce taf puisqu'il me permet de rencontrer des individus, de discuter, de donner du moi, d'apporter "quelque chose" à des individus qui sont dans le besoin.

Voila désolé de partir encore dans du "moi, moi..." dans la déscription des actions qui m'entourent mais disons que ce forum est mon psychologue.

A la prochaine sur le web.

frédifrédo

Re: Le Moi, Moi et Moi...

Message non lu par frédifrédo » 15 août 2007 01:34

Il est bien agréable de marcher pieds nus sans ses chaussures, surtout en cet été. On découvre un nouvel univers tactile sous nos pieds. Je te salue Marie ... ou plutôt devrais-je dire "vous" ? Je me demandais, quel âge as-tu avec toute l'expérience que tu as ?

Marie

Re: Le Moi, Moi et Moi...

Message non lu par Marie » 16 août 2007 15:17

Voici que vous me demandez mon âge, jeune insolent! savez- vous que cette question fâche plus d'une femme? trop jeune, la femme cherche à se vieillir, et trop vieille à se rajeunir...mais je partage l'avis de confusius: "l'expérience est une lanterne que l'on porte dans le dos et qui n'éclaire que le chemin parcouru." Me voici à l'aube de mes 46ans et, après un long parcours au service d'une population dite défavorisée en qualité d'animatrice socio culturelle dans des quartiers où certains n'osent pas y mettre les pieds (cause qu'ils ne marchent pieds nu, mais avec des protections renforcés type souliers à clou et j'en passe) voici donc que sans diplômes ou presque mais avec ma soif d'apprendre sur le terrain j'ai oeuvré en toute humilité auprès des enfants et des familles en difficultés d'insertion comme on dit et cela pendant 15 années. j'ai appris beaucoup de manière empirique certe avec les personnes, avec les politiques et les professionnels. Pendant toutes ces années, je ressentais un manque malgré quelques compétences acquisent... L'accés à la théorie pour y confronter ma pratique et ne pas m'embourber comme certain derrière des clichés "clé en main" du genre : "ceux du 9ème vous savez la famille machin... ben y z'ont encore fait un gosse, et le père est tjrs en prison alors comment qui z'ont fait, hein? je vous le demande????" lire stigmate de Goofmann ne me serait pas venu à l'idée, je n'en avais jamais entendu parler.... la formation m'apporte toute cette richesse à "MOI,MOI,MOI" mais mon but est de pouvoir la redistribuer.
Mais BARBéappapa nous pose une question forte intéressante: "DONNER EST-CE AIDER????"
"Ce que je sais, c'est que je ne sais rien" je parts de ce postulat philosophique. Mais j'apprends de la nature humaine.
Alors Frédifrédo, tant qu'il y aura des êtres comme toi et d'autres pour sentir avec leurs SENS le sens de la vie, et chercher en mouillant sa chemise le sens du pourquoi être là et ce dire que qui sème le vent récolte la tempête... je continue et sème un vent d'amour, doté d'une pointe d'humour pour que d'autres récupèrent une tempête de mieux être.

Barbeàpapa

Re: Le Moi, Moi et Moi...

Message non lu par Barbeàpapa » 16 août 2007 18:51

hello Marie.

Je pense que donner fait partie de toute relation d'aide, surtout avec une population qui souffre, qui n'arrive pas a voler de ses propres ailes. Donner de l'affection me semble très important. Néanmoins je pense que cette "donnation" à un but: Créer un climat de confiance, de bien être, pour faciliter le suivi plus personnel des éducateurs. Mon seul experience avec un public marginalisé c'est la population SDF où on m'a bien expliqué que mon "boulot" c'est grosso modo animer, et surveiller dans le sens qu'ils ne se tappent pas dessus ou jouent au guerrier en voulant s'égorger avec des coutaux (sur le papier il y a marqué "médiateur").

Pour revenir à la citation de Freud écrit par Fabien Il me semble que l'homme, souvent lorsque ses interets personnels sont en jeu, ou pour garder sa position "sociale", son "honneur", est pret a faire du mal dans le sens "tromper" voir tuer dans le cas extreme. C'est peut être justement parce que la nature humaine est ce qu'elle est avec ses bons côtés et ses mauvais côtés que j'ai peu confiance en l'Etat.

xena

Re: Le Moi, Moi et Moi...

Message non lu par xena » 17 août 2007 23:15

Bravo pour cette réelle vision de vie : la misère est partout mais à différentes échelles... Malgré ça je cherche à connaitre ma future rémunération car la vie a un prix dans cette société...Bonne continuation...

Ian

Comment exister face à l'autre en articulant notre désir et le sien...

Message non lu par Ian » 26 août 2007 21:05

Je travaille dans un CHRS pour Sdf, depuis plusieurs années...accumulant un tas de rencontres, de tâtonnements. Voici une de mes questions:

Comment exister face à l'autre en articulant notre désir et le sien...

Je vous recommande si ce n'est déjà fait la lecture "Les naufragés" de P. Declerck. Un psychanalyste qui va se déguiser en SDF pour voir de lui même comment çà se passe à l'accueil de Nanterre...

je ne suis pas d'accord sur tout ce qu'il dit des institutions, mais sur son approche des sdf et nous ... ben faut se le coltiner.

Juste un truc épatant de cruelle vérité: lorsqu'on a l'impression qu'un sdf nous livre son histoire de vie, on est content et fier d'avoir eu son parcours, de lui avoir porté un intérêt. Sauf que son histoire sera plusieurs fois répétées. Le sens de son discours se perdra... et il ne se racontera que pour payer symboliquement sa place dans le centre. C'est un genre de deal.

Il me reste de cette notion, l'espoir que je ne deal plus de cette manière comme à mes débuts, et que je me concentre sur ce que la personne souhaite, désire vraiment et que j'en reste là. Si il est nécessaire je serai un soutien.

Il est aussi important de désirer pour lui, d'avoir un espoir de quoi que ce soit. Nous sommes tous ou presque dans ce shéma là, non?

Bref c'est la m...e parce qu'en même temps il faut rester simplement soit même.

L'expérience est une lanterne qui éclaire dans le dos... comme l'a dit Marie, et repris avant par Rouzel( citant Lao Tseu).

moi j'en suis à peu près là et j'essaye d'affiner cette question de départ régulièrement,comment exister face à l'autre en articulant notre désir et le sien...

une place pour chacun et nous tous c'est pas si facile finalement mais réellement passionnant. Je ne sais pas si çà apporte une pierre à l'édifice de Barbapapa, mais j'espère ne pas avoir été trop barbant. C'est mieux dit dans le bouquin!

Ian

Re: Le Moi, Moi et Moi...

Message non lu par Ian » 26 août 2007 21:30

J'ai relu les posts (pas tout)

Marie:

"Ne te bile pas Barbeapapa... Bambi n'est pas mort!!! sa mère oui! mais cela tu le savais déjà! "

Je crois que c'est le père de Bambi qui est mort pas sa mère... A chacun son oedipe :)

ps c'est une boutade, rien de grave

A bientôt

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