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Travail social et foi
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Nathalie
Re: Travail social et foi
Charles,
Par quoi as tu été choqué ? Par ailleurs, si tu parles de perfectionnement, d'optimisme (réf à Rabelais), c'est bien relatif à un "idéal" pas si éloigné ...?
Sinon moi je voudrais bien que nous nous soulions entre AS, lol ! Alors que je suis diplômée et exerce depuis peu, je cotoie pas mal de travailleurs sociaux que je qualifierais d'assez "normés" et assez politiquement corrects, comme on dit aujourd'hui, à ma grande surprise... Ca doit être mon idéalisme qui me formate trop, moi, ... lol !
Nath
Par quoi as tu été choqué ? Par ailleurs, si tu parles de perfectionnement, d'optimisme (réf à Rabelais), c'est bien relatif à un "idéal" pas si éloigné ...?
Sinon moi je voudrais bien que nous nous soulions entre AS, lol ! Alors que je suis diplômée et exerce depuis peu, je cotoie pas mal de travailleurs sociaux que je qualifierais d'assez "normés" et assez politiquement corrects, comme on dit aujourd'hui, à ma grande surprise... Ca doit être mon idéalisme qui me formate trop, moi, ... lol !
Nath
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ass musulmane
Re: Travail social et foi
à charles,
le devoir d'être auprès des gens, d'aider son prochain, nourrit ma pratique, mais non un pilier de l'islam en particulier.
oui donc, différents hadiths et versets du Coran
le devoir d'être auprès des gens, d'aider son prochain, nourrit ma pratique, mais non un pilier de l'islam en particulier.
oui donc, différents hadiths et versets du Coran
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Charles
Re: Travail social et foi
@Nath
J'ai des souvenirs assez précis, tout se passait comme si les employés étaient tous égaux en compétences lors des réunions. Ainsi, ma formatrice, au lieu de transmettre une demande de rdv a un psy avait dit non à la gamine de 18 ans qui était venue nous voir, elle l'avait orienté vers un CHRS "pour se faire cadrer". D'habitude, c'est moi qui file les chocottes, mais là elle a fait fort la María. Du moment que tu voulais aider, t'étais un bon gars quoi...
Version molle: stage dans un cg,c'était ambiance conflit entre éducs et ASS depuis 6 mois, et la chef ne voulait pas trancher, elle a même pensé à programmer des réunions informelles. "Programmer des réunions informelles" ça a été le déclic, et j'ai commencé à tenir à jour mon "Parlez-vous le social?" A l'époque, "etre en capacité de", c'était la valeur montante au niveau capital langage.
Malheurseusement, je ne suis plus trop les évolutions linguistiques. J'espère qu'ils vont raturer "sexe" par "genre" dans les imprimés de demandes d'aides quand même.
J'ai des souvenirs assez précis, tout se passait comme si les employés étaient tous égaux en compétences lors des réunions. Ainsi, ma formatrice, au lieu de transmettre une demande de rdv a un psy avait dit non à la gamine de 18 ans qui était venue nous voir, elle l'avait orienté vers un CHRS "pour se faire cadrer". D'habitude, c'est moi qui file les chocottes, mais là elle a fait fort la María. Du moment que tu voulais aider, t'étais un bon gars quoi...
Version molle: stage dans un cg,c'était ambiance conflit entre éducs et ASS depuis 6 mois, et la chef ne voulait pas trancher, elle a même pensé à programmer des réunions informelles. "Programmer des réunions informelles" ça a été le déclic, et j'ai commencé à tenir à jour mon "Parlez-vous le social?" A l'époque, "etre en capacité de", c'était la valeur montante au niveau capital langage.
Malheurseusement, je ne suis plus trop les évolutions linguistiques. J'espère qu'ils vont raturer "sexe" par "genre" dans les imprimés de demandes d'aides quand même.
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Charles
Re: Travail social et foi
@nath
Je rigole mais c'est sur que c'est dépaysant d'être formé par quelqu'un qui va au catéchisme toutes les semaines. Même si ce n'est pas dit, tu sens l'ombre de Benoît pas trop loin.
Mon gros regret, c'est de ne pas avoir
osé demander comment ils intégraient la psychanalyse, la sociologie et j'en passe. Après, en Espagne, le secours catholique et la Croix-Rouge sont les employeurs majeurs. Vu la crise qu'ils se prennent dans la face, heureusement qu'ils sont là.
Je rigole mais c'est sur que c'est dépaysant d'être formé par quelqu'un qui va au catéchisme toutes les semaines. Même si ce n'est pas dit, tu sens l'ombre de Benoît pas trop loin.
Mon gros regret, c'est de ne pas avoir
osé demander comment ils intégraient la psychanalyse, la sociologie et j'en passe. Après, en Espagne, le secours catholique et la Croix-Rouge sont les employeurs majeurs. Vu la crise qu'ils se prennent dans la face, heureusement qu'ils sont là.
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AS 83
Re: Travail social et foi
bonjour Charles,
pourquoi dites vous : " c'est depaysant d'être formé par quelqu'un qui va au catéchisme toutes les semaines. Meme si ce n'est pas dit, tu sens l'ombre de Benoit pas trop loin".
En quoi cela est dépaysant que quelqu'un soit pratiquant ?
pourquoi dites vous : " c'est depaysant d'être formé par quelqu'un qui va au catéchisme toutes les semaines. Meme si ce n'est pas dit, tu sens l'ombre de Benoit pas trop loin".
En quoi cela est dépaysant que quelqu'un soit pratiquant ?
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Ju
Re: Travail social et foi
Charles, je vais répondre à tes questionnements à l'envers.
En fait, c'est la pratique qui m'a apporté une forme de foi... Je suis athée, non baptisée, et ne me sens attirée par aucune chapelle ni livre sacré pour guider mes actes. Pour autant, je suis dans une certaine recherche spirituelle, comme on l'est tous un jour où l'autre, qui consiste à chercher le sens profond des choses, le sens de la vie. Attention, ce n'est pas le versant dépressif de la question, mais au contraire son aspect noble, la vraie question pour chacun de nous. Je suis dans un service qui m'amène à rencontrer beaucoup de gens qui souffrent de pathologies lourdes et évolutives, dont l'issue est souvent connue d'avance. Seul le délai est aléatoire. Cela m'apprend beaucoup sur la vie. Les gens m’apprennent beaucoup . Je m'aperçois que c'est souvent à l'occasion de l'approche de notre propre mort qu'on commence en fait à se poser les vraies questions... Travailler auprès de personnes qui le vivent a été une opportunité, car pour les comprendre et être en capacité d'écouter, il faut faire face soi-même à ces questions, même si on n'est pas malade. Au début, c'était lourd, je ne savais quoi faire de ce dont j'étais témoin. Une des personnes que j'ai "accompagnée" alors qu'elle était en fin de vie m'avait appelée pour des questions techniques un mercredi. Je lui propose de passer la voir en soins palliatifs le lundi. Elle me répond que ça lui parait loin, lundi...
Là, soit tu te protèges de la réalité de la mort, soit tu affrontes avec la personne cette même réalité. J'allais pas lui dire "mais non, vous êtes en phase terminale et en soins palliatifs, mais vous avez tort,ça va aller !". Il faut pouvoir tenir en face et répondre vraiment : "oui, vous allez mourir, et peut être avant lundi, j'en suis consciente." (ce n'est pas comme ça que je l'ai dit bien sûr !). Je lui ai donc répondu que, ne pouvant vraiment pas venir avant, j'appellerai avant de venir... (sous entendu pour savoir si elle était toujours en vie...). Cette réponse lui a convenu, même si ça n'a pas été simple pour moi d'oublier dans un premier temps sa réponse...
Lors de la visite, on savait toutes 2 que je ne venais pas pour des histoires de papiers et d'aide ménagère à payer, mais pour se dire simplement aurevoir. J'ai été un des témoins de ses derniers jours de vie. Elle m'a décrit ce qu'elle vivait, sa reconnaissance d'être si bien accompagnée dans ce service par des gens qui l'entouraient à tous points de vue, et aussi la difficulté de dormir, la peur... Mais elle a conclu en disant "tant qu'il y a de la vie, Madame, il a de l'espoir...".
Elle est morte 5 jours après.
Je ne l'oublierai jamais. J'ai du me poser mille questions pour savoir quoi faire de cette rencontre, de ce moment de passage dans lequel elle m'a invitée. Et j'ai du me poser la question du sens de ma propre vie.
Tout s'est mis à changer en moi dans mon rapport à la vie, je ne peux pas expliquer pourquoi.
Et maintenant, quand je reçois quelqu'un qui est malade, il sent qu'il peut parler de sa mort, de sa peur et me remercie, car il y a peu d'endroits où ces questions peuvent être abordées, et que c'est mon rôle de professionnelle que de tenir en face, et de répondre.
Il me semble que le sens de la vie ne peut se penser profondément que face à la réalité de la mort. En cela je rejoins la question religieuse, qui souhaite nous imposer (c'est mon point de vue) des rituels pour pallier à notre angoisse de mourir. Allant jusqu'à nous faire croire qu'en obéissant à certains préceptes on sera vivant au delà de la vie. C'est à mon avis un non-sens. Penser sa vie, et "penser" sa mort peut être guidé, mais on ne répond pas à cette angoisse simplement, ni par la pensée magique. Et croire qu'en aidant les autres (en étant "gentil") sur la planète nous permettra d'avoir une mort heureuse (ce fameux paradis) n'est même pas rassurant, ça maintient l'angoisse.
Il appartient à chacun de cheminer pour trouver ses réponses, aucun livre ni aucune chapelle ne peut nous apprendre ça. Ca s'apprend "par" les mourants, c'est eux qui nous apprennent à vivre, c'est mon point de vue.
J'ai digressé pour expliquer comment le travail social dans l'accompagnement à la fin de vie a ouvert en moi, et à mon insu, une forme de spiritualité, et même la foi. Mais la foi au sens noble. Je ne crois ni en un Dieu ni en une église. Je crois. Je crois en quelque chose, mais je ne peux pas l'exprimer. Je crois que je n'ai pas rencontré cette dame quelques jours avant sa mort pour rien. Et la remercie. Je ne l'ai pas aidée, ou peut-être un peu en l'écoutant, mais c'est elle qui m'a aidée à comprendre le sens de la vie. Et cela guide ma façon d'être professionnelle à présent, de considérer les personnes que je reçois au delà de leur situation, mais d'être humain à être humain, et c'est tout. Le reste n'est que pouvoir et condescendance, parfois même pitié.
On aide les autres simplement « à cause » de notre qualité d'être humain, on est tous, plus ou moins consciemment, tiraillés par la même angoisse existentielle face à notre propre vie, à nos difficultés, à nos questions et on a besoin de s'aider les uns les autres pour y donner du sens. Le reste est à mon sens une pale copie du "vrai chemin". Celui qui nous permettra de dire, tous autant qu'on est, à quelques jours de mourir : "tant qu'il y a de la vie, il y a de l'espoir..."
Ce texte est un hommage à Mme S.
En fait, c'est la pratique qui m'a apporté une forme de foi... Je suis athée, non baptisée, et ne me sens attirée par aucune chapelle ni livre sacré pour guider mes actes. Pour autant, je suis dans une certaine recherche spirituelle, comme on l'est tous un jour où l'autre, qui consiste à chercher le sens profond des choses, le sens de la vie. Attention, ce n'est pas le versant dépressif de la question, mais au contraire son aspect noble, la vraie question pour chacun de nous. Je suis dans un service qui m'amène à rencontrer beaucoup de gens qui souffrent de pathologies lourdes et évolutives, dont l'issue est souvent connue d'avance. Seul le délai est aléatoire. Cela m'apprend beaucoup sur la vie. Les gens m’apprennent beaucoup . Je m'aperçois que c'est souvent à l'occasion de l'approche de notre propre mort qu'on commence en fait à se poser les vraies questions... Travailler auprès de personnes qui le vivent a été une opportunité, car pour les comprendre et être en capacité d'écouter, il faut faire face soi-même à ces questions, même si on n'est pas malade. Au début, c'était lourd, je ne savais quoi faire de ce dont j'étais témoin. Une des personnes que j'ai "accompagnée" alors qu'elle était en fin de vie m'avait appelée pour des questions techniques un mercredi. Je lui propose de passer la voir en soins palliatifs le lundi. Elle me répond que ça lui parait loin, lundi...
Là, soit tu te protèges de la réalité de la mort, soit tu affrontes avec la personne cette même réalité. J'allais pas lui dire "mais non, vous êtes en phase terminale et en soins palliatifs, mais vous avez tort,ça va aller !". Il faut pouvoir tenir en face et répondre vraiment : "oui, vous allez mourir, et peut être avant lundi, j'en suis consciente." (ce n'est pas comme ça que je l'ai dit bien sûr !). Je lui ai donc répondu que, ne pouvant vraiment pas venir avant, j'appellerai avant de venir... (sous entendu pour savoir si elle était toujours en vie...). Cette réponse lui a convenu, même si ça n'a pas été simple pour moi d'oublier dans un premier temps sa réponse...
Lors de la visite, on savait toutes 2 que je ne venais pas pour des histoires de papiers et d'aide ménagère à payer, mais pour se dire simplement aurevoir. J'ai été un des témoins de ses derniers jours de vie. Elle m'a décrit ce qu'elle vivait, sa reconnaissance d'être si bien accompagnée dans ce service par des gens qui l'entouraient à tous points de vue, et aussi la difficulté de dormir, la peur... Mais elle a conclu en disant "tant qu'il y a de la vie, Madame, il a de l'espoir...".
Elle est morte 5 jours après.
Je ne l'oublierai jamais. J'ai du me poser mille questions pour savoir quoi faire de cette rencontre, de ce moment de passage dans lequel elle m'a invitée. Et j'ai du me poser la question du sens de ma propre vie.
Tout s'est mis à changer en moi dans mon rapport à la vie, je ne peux pas expliquer pourquoi.
Et maintenant, quand je reçois quelqu'un qui est malade, il sent qu'il peut parler de sa mort, de sa peur et me remercie, car il y a peu d'endroits où ces questions peuvent être abordées, et que c'est mon rôle de professionnelle que de tenir en face, et de répondre.
Il me semble que le sens de la vie ne peut se penser profondément que face à la réalité de la mort. En cela je rejoins la question religieuse, qui souhaite nous imposer (c'est mon point de vue) des rituels pour pallier à notre angoisse de mourir. Allant jusqu'à nous faire croire qu'en obéissant à certains préceptes on sera vivant au delà de la vie. C'est à mon avis un non-sens. Penser sa vie, et "penser" sa mort peut être guidé, mais on ne répond pas à cette angoisse simplement, ni par la pensée magique. Et croire qu'en aidant les autres (en étant "gentil") sur la planète nous permettra d'avoir une mort heureuse (ce fameux paradis) n'est même pas rassurant, ça maintient l'angoisse.
Il appartient à chacun de cheminer pour trouver ses réponses, aucun livre ni aucune chapelle ne peut nous apprendre ça. Ca s'apprend "par" les mourants, c'est eux qui nous apprennent à vivre, c'est mon point de vue.
J'ai digressé pour expliquer comment le travail social dans l'accompagnement à la fin de vie a ouvert en moi, et à mon insu, une forme de spiritualité, et même la foi. Mais la foi au sens noble. Je ne crois ni en un Dieu ni en une église. Je crois. Je crois en quelque chose, mais je ne peux pas l'exprimer. Je crois que je n'ai pas rencontré cette dame quelques jours avant sa mort pour rien. Et la remercie. Je ne l'ai pas aidée, ou peut-être un peu en l'écoutant, mais c'est elle qui m'a aidée à comprendre le sens de la vie. Et cela guide ma façon d'être professionnelle à présent, de considérer les personnes que je reçois au delà de leur situation, mais d'être humain à être humain, et c'est tout. Le reste n'est que pouvoir et condescendance, parfois même pitié.
On aide les autres simplement « à cause » de notre qualité d'être humain, on est tous, plus ou moins consciemment, tiraillés par la même angoisse existentielle face à notre propre vie, à nos difficultés, à nos questions et on a besoin de s'aider les uns les autres pour y donner du sens. Le reste est à mon sens une pale copie du "vrai chemin". Celui qui nous permettra de dire, tous autant qu'on est, à quelques jours de mourir : "tant qu'il y a de la vie, il y a de l'espoir..."
Ce texte est un hommage à Mme S.
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rere
Re: Travail social et foi
bonne question AS83
je crois (si puis dire) deviner : un croyant pratiquant doit se flairer parfois, dans les allusions qu'il peut faire, les yeux levés au ciel, l'expressivité générale et donc, l'ombre tutélaire de Benoit est là, on se sent à Rome, un peu, foule sous la balustrade, là est le dépaysement
je crois (si puis dire) deviner : un croyant pratiquant doit se flairer parfois, dans les allusions qu'il peut faire, les yeux levés au ciel, l'expressivité générale et donc, l'ombre tutélaire de Benoit est là, on se sent à Rome, un peu, foule sous la balustrade, là est le dépaysement
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rere
Re: Travail social et foi
il est souvent question de travail social et de crise de foi par ici, c'est un autre sujet, mais notez que certains mécréants la subisse de plein fouet parfois (dont une grosse manifestation symptomatique est appelée aussi "burn out" par nos amis britanniques)
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bouh
Re: Travail social et foi
juste un avis, je suis croyante chrétienne et pratiquante, mais je n'en parle pas au boulot, c'est mon domaine personnel et j'y veille scrupuleusement. Mais si je veux être honnête y'a des domaines qui me sont pénibles et où je ne peux pas m'aventurer.
La vie est importante pour moi et ce, même dans le ventre du mère. Pour moi c'est impossible, je ne pourrais pas accompagner une femme pour qu'elle se fasse avorter.
Cela me déchire le coeur, l'accompagner dans le "après" c'est tenable pour moi mais l'accompagnement physique au planning familial ou au CHU c'est impossible.
Je relais à mes collègues ...
La vie est importante pour moi et ce, même dans le ventre du mère. Pour moi c'est impossible, je ne pourrais pas accompagner une femme pour qu'elle se fasse avorter.
Cela me déchire le coeur, l'accompagner dans le "après" c'est tenable pour moi mais l'accompagnement physique au planning familial ou au CHU c'est impossible.
Je relais à mes collègues ...