Bonjour à tous,
Merci d'avoir apporté quelques réponses. Je vais éviter de me disperser, mais j'aimerais vous faire part d'une lettre par mail que j'ai écris à la personne qui fut autrefois ma référente. Elle n'en a probablement pas pris connaissance mais j'aimerais vous en faire part. Ca indique pas mal de choses au fond que je souhaite partager, ensuite je préciserai certaines de mes pensées à propos d'un dispositif qui génère beaucoup de troubles et de maux. Après, dire qu'il faut se faire soigner, c'est un peu facile... surtout quand on se trouve dans une situation qui octroie à fortiori le droit de juger quelqu'un comme "ne répondant pas à ses devoirs" parce qu'on lui octroie un droit, celui pour beaucoup de subvenir à leurs besoins primaires et vitaux.
Je ne crois pas à la thèse du profiteur sous un tel régime. Selon moi il est inadmissible d'inclure une procédure de suspension de droits au niveau du rmi qui est le minimum vital lorsqu'on ne dispose d'aucune autre source de revenu pour vivre. N'en déplaisent à beaucoup le rmi n'est pas en réalité un revenu d'insertion, c'est un revenu pour subvenir à ses besoins, aujourd'hui pour beaucoup de personnes, le rmi est un revenu à part entière.
Ca ne veut pas dire que ces personnes, dont je fais parti, ne sont pas disposées à travailler ou retravailler et celà ne veut pas dire surtout qu'elles ne veulent rien faire de leur vie. Croyez-vous que l'être humain est fait pour ne pas travailler ? Et la définition du travail, quelqu'un prétend t il la connaître ? Aussi je déplore le manque de soutien flagrant pour les personnes choisissant une alternative et voulant développer quelque chose dans leur vie. La vie c'est un parcours, un passage aussi, et pour beaucoup un projet.
":Pour donc l'exemple de cette jeune fille, je suis désolée mais elle profite du système et je maintiens que CERTAINS considèrent le RMI presque comme de l'argent de poche!!! "
Absolument pas. Il faut aller plus loin que le discours qu'une personne peut tenir pour comprendre. Cette personne s'est repliée chez elle, c'est une évidence. Evidemment elle estime que le rmi est un dû pour elle est c'est tout à fait normal. Elle a probablement du subir bien des galères pour réagir pareillement et la reléguer au rang de profiteurs est la marque d'une profonde méconnaissance de notre société.
Le rmi est aussi et surtout un dédommagement légitime que nous percevons. Tant qu'on ne retrouve pas l'accés à l'indépendance financière, j'estime qu'il est dans le devoir de la société de nous octroyer de quoi subvenir à nos besoins, de pouvoir nous poser et de nous reconstruire. Ca ne fait pas de personnes aussi fragilisées des handicapés pour autant. Et croyez bien que derrière les mots parfois sous la défensive, se cache une volonté et une envie de vivre souvent refoulée. Dans un dispositif comme celui là si tu es apparemment "bien" dans le sens pas dépressif à la limite celà n'est pas normal. Non rien à faire au bout d'un temps c'est plus fort que tout, il faut absolument enfoncer des gens en leur parlant de "devoirs" quelle absurdité ! Comme si la plupart de ces gens n'ont pas fait ce qu'il fallait depuis qu'il se sont mis dès leur abordage vers le monde professionnel à se mettre à chercher que ce soit formation et ou emploi. C'est ridicule de parler de devoir alors que durant plusieurs années certaines personnes se sont confrontées aux limites de notre système car dans les faits, il n'y a belle et bien PAS DE PLACE POUR TOUT LE MONDE et ce à tous les niveaux, et on rajoute des couches quand on se trouve tout en bas de l'échelon ou en dehors, tout dépend comment vous le voyez.
J'ai écris ça à ma référente (ex plutôt) qui je crois bien n'en a pas pris connaissance, mais celà n'est pas grave et j'aimerais vous partager cet écrit :
"Juste un petit bonjour amical.
Alors, je vais grandement mieux. Il faudrait que je reprenne contact avec mme xxx pour, disons, resituer un peu les choses, faire le point. Pas maintenant ceci dit. Enfin, je vous l'exprime parce que j'aurais du mal à le faire. J'espère par ailleurs vraiment que le malaise est dissipé, je suis vraiment très très très loin de ce que j'étais quand ça n'allait pas du tout. Mais pour ma vie, j'ai pris certaines décisions, assez radicales, tout en ayant pour volonté d'être pragmatique avec mon environnement.
J'ignore ce qui a été fait, ou pas, pour que je perçoive toujours le rmi. Disons que maintenant, sans ce revenu, il faut bien admettre que je ne pourrais pas subsister. Je peux concevoir encore le percevoir à durée indéterminée. Je veux dire par là, le travail pour moi porte une définition alternative, et insertion est un concept qui va beaucoup plus loin que les lois du marché et de l'emploi. Enfin, ce n'est pas évidemment à ma place de ne pas culpabiliser malgré tout. Je suis heureux qu'on m'ait fichu la paix. J'en avais grandement besoin. Maintenant j'assume un rôle différent, celui d'une libre expression et je souhaiterais en faire quelque chose, que celà me fasse gagner ma vie ou pas. J'ai fais le deuil d'une vie normale, et je ne conçois plus travailler sur un marché qui reflète un monde que je ne reconnais plus, que je n'accepte pas. Trop de gens se sacrifient pour nourrir des illusions qui sont les leurs et les rêves de ceux qui assujetissent. Je ne suis pas un marginal. J'aime l'idée de vivre en société, de vivre pour soi dirais je parmi les autres. Franchement je n'ai pas l'impression d'idéaliser, ni même d'espérer un monde qui serait utopiste, c'est dangereux ce type de pensée, on a vu où ça pouvait mener. La réalité c'est ce qu'on en fait maintenant pour soi et parmi les autres.
Sur le plan matériel, ça va mieux. Ce n'était pas évident durant les premiers temps. Je suis assez content à l'idée que ce soit le rmi et seulement ce revenu qui m'ait servi à m'installer. Cette année je vais pouvoir faire quelque chose. Alors, c'est en marge des besoins actuels et nécessaires pour dit on redresser l'économie, mais encore une fois, ne serait ce que par mon propre parcours, je connais bien nos paradoxes sociaux pour en avoir été pratiquement la conséquence. Ca fait tout drôle quand on pénalise chez vous ce que vous recherchiez pourtant. C'est cette politique répressive que je ne supporte pas, c'est stérile et aliénant. C'est pathogène pour utiliser un langage plus professionnel. C'est insensé et non réaliste. Ca ne peut que faire du mal, tout simplement, et souvent à des gens dont très peu peuvent se mette à leur place. Je ne moralise pas car on a déjà assez tenté comme ça de me jeter des paroles usées de poncifs que l'on sort au visage de ceux que l'on croit immoraux ou disons jugés comme ne voulant pas accomplir leurs devoirs etc... c'est absurde. Durant deux années, depuis début 2006 (merci à mon hospitalisation, antiphrase) j'ai pu rencontrer un public très divers, reflétant une large population, dont malgré tout une majorité de personnes vivant dans la précarité. Je n'ai pas rencontré l'ombre d'un soi disant "profiteur". Des victimes d'une misère pour la plupart, et cette misère n'est pas la leur mais celle souvent de ceux qui se donnent le droit de vous donner ou de vous oter ces droits fondamentaux. Enfin je n'ai pas attendu ce sort difficile pour prendre conscience car pour dire j'ai toujours été sensible à certaines questions...
On ne peut pas dire qu'il n'y a que de l'indifférence. Le monde est bien plus complexe. J'ai même l'impression qu'aujourd'hui, on comprend mieux dans l'ensemble la nécessité d'accorder un droit à pouvoir vivre sa vie à ceux qui ont eu... disons le... moins de chance que d'autres, quelqu'en soient les raisons (ça peut être tellement de choses différentes selon l'histoire singulière et unique de chacun). Personnellement, j'ai appris beaucoup et certainement, dans mon évolution à venir, ça ressortira non pas dans une vérité qui serait imposée comme une réponse, mais plutôt comme un témoignage et comme alternative possible.
Dans les faits concrêtement, je ne suis pas capable de vous dire de quoi il en retournera de mes activités qui se résument à l'écriture, au graphisme et l'informatique à travers le développement je m'en suis éloigné. Je vais surtout vers une lignée plus tranchée dans la volonté de m'exprimer dans un langage si vous voulez artistique. Alors, je verrai selon ce qui se passera ou pas. Il faut m'accorder du temps car c'est aussi vivre à travers des rencontres et des histoires. C'est important de le comprendre, disons que j'aimerais avoir l'impression d'être soutenu AUSSI par la collectivité. Et ces derniers temps, j'y travaille... surtout pour être capable de dire les choses plus justement sans perte de temps, car c'est tellement compté. Je sens que je n'ai plus de temps à perdre maintenant.
Bon, encore une fois, merci de m'avoir lu. Si vous ne me comprenez pas tout à fait, en fait celà n'est pas si grave. Je ne peux pas faire semblant si vous voulez. Je ne peux plus être trimballer comme une balle de ping pong faute de mieux. J'aurais pu accepter certaines propositions pour faire part de ma volonté à m'en sortir, mais ne serait ce qu'aller dans un centre comme le cref pour créer la synthèse de mes capacités, c'est encore me confronter à des objectifs bien établis et qui ne sont pas les miens. On ne fera qu'une chose, me dissuader d'aller au bout de mes illusions. On laisse pourtant se faire le monde par des gens qui le rêvent à coup de mises monnétaires. Peut être suis je devenu fou après tout, mais si je puis me permettre, je commence à vraiment apprécier la vie...
Au revoir

"
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Encore une fois, je passerai à nouveau pour exprimer le fond de ma pensée. Trop de gens subissent cette injustice de ne pas être considérable parce qu'il ne sont pas dans la bonne situation. C'est trop facile pour des agents anpe par exemple de nous prendre en faux(te) de nous soupçonner toujours de tenir un discours puant de bonne morale sans aucun état de conscience pour le respect d'autrui.
J'étais tombé sur un agent anpe comme ça, il a suffi de le rencontrer une fois pour que je ne retourne plus jamais à l'anpe. Je ne vais plus à l'anpe depuis 2005 je crois, ou 4 je ne sais plus trop. Je ne veux pas être pris pour du jambon. J'ai une cousine aussi qui est tombée malade à cause de trop de pression qu'on nous met dans ce dispositif qui se prétend dire réinsérer.
Mais réinsérer de quoi ? Ce n'est pas parce que je n'ai pas d'emploi que je suis marginal. Je suis insérer dans la société, j'en fais parti, j'ai un numéro de sécu, je suis citoyen, et comme tout être humain j'aspire à faire quelque chose de ma vie. Non mais vous pensez peut être que c'est évident même d'accepter ce qu'on veut bien nous imposer ?
On nous soumet à des protocoles de réinsertion qui tournent en rond ! Je n'ai pas voulu entrer dans ce jeu qui à mon sens est digne d'une mascarade ! Ca m'a amené mon refus à m'enfermer à tel point qu'on a du me faire hospitaliser sous contrainte. Cet épisode est derrière. Donc non celà n'est pas possible, il faut que vous compreniez que ce n'est pas un manque de volonté. Je reviendrai vous écrire prochainement.
Meilleurs souhaits à tous malgré tout pour cette nouvelle année...
A bientôt,
Thierry.