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Re: Mémoire sur habiter en institution/ le "chez soi"

Publié : 18 sept. 2013 23:41
par nico
oui, la réponse est belle sur le papier...Avez-vous travaillé en MECS, Donni? Avec des MIE?
Parce qu'au delà de la problématique "adolescente" en MECS, il y a la problématique de jeunes placés pour avoir subi des carences, maltraitances ou négligences graves (qui n'ont rien à voir avec nos ados de nos familles, du moins je l'espère...). Dans leurs "rébéllions" se joue aussi une histoire qu'ils rejouent, une incompréhension du retrait de leur milieu familial, et le rôle de l'institution et des éducs est d'identifier ces enjeux (avec son lot de transfert-contre transfert, d'image de l'adulte symbolique -institution ou éduc), sans oublier pour beaucoup des pathologies psychiatriques sous-jacentes...Alors pour eux, c'est quoi le "chez nous"? Quelle image? Celle du domicile familial qui les a amené à être en MECS? Et s'il touche au frigo même si l'institution lui interdit (ou plutôt "surtout" si l'institution lui interdit), les éducs sont sensé concrêtement faire quoi??
Quand un jeune qui est au téléphone avec sa mère et que celle ci lui en met plein la tête parce qu'il a dénoncé le père qui violait sa petite soeur de 4 ans (ce qu'il a subit lui-même plus jeune)et que sa mère lui reproche que c'est de sa faute si le père est en taule et que la famille n'a plus d'argent, que ce jeune pète un cable, le matériel, etc...Vous lui rappelez le règlement? Si à un moment, un jour, il arrive à me dire que dans la MECS, c'est "chez lui", eh bien je pense personnellement qu'on aura fait un grand pas....A travailler, certes, mais un grand pas vers une autre identification possible (concept éventuel de résilience)...

Quant aux MIE, une autre problématique se pose...Celle d'avoir quitté sa famille, son pays...Tout...Réussir à en connaître les vraies raisons (j'ai aussi bossé avec les ex-demandeurs d'asile, et vous risquez d'être surpris...), ce qui est vraiment vécu dans le pays ( notions du bien, du mal, du "chez soi", la place des enfants, des adultes etc...qui ne sont absolument pas des valeurs universelles). Et quel est leur "chez eux"?
Alors, non, ils ne cherchent pas forcément qu'à échapper à toute autorité, comme n'importe quels ados....Les ados qui ont la chance de pouvoir se construire "normalement" ne sont pas en MECS, et ceux qui y sont n'ont pas eu cette chance.

Autre petit exemple parlant : une ado qui a subi l'inceste...Réfractaire à toute forme d'autorité (avec entre autre hygiène déplorable, ben oui, la crasse "ça protège"). Et bien elle était carrément insuportable avec les éducatrices...( et parfois séductrice avec les éducs hommes)Pourquoi? Parce que sa mère n'avait pas su la protéger, et qu'elle en voulait encore plus à l'image maternelle qu'à l'image paternel : tout lui faisait violence, toute loi, étant donné que la plus universelle (l'inceste), elle l'avait subie...

Alors je pense que la "problématique" de ces jeunes est un peu plus complexe et mérite un approfondissement autre que les notions "basique" de l'éducation normale. Et effectivement, la notion du "chez nous", "de passage", "qui en accueillera d'autres" sont à manier avec les plus grandes précautions, en fonction de l'histoire de chacun, et de la signification voire violence que ces mots peuvent avoir pour chacun d'entre eux....différence de signification selon l'histoire, le pays d'origine,etc....La notion de "chez soi" n'est pas la même en France, en RDC ou au Kosovo...

Il y a là à mon avis un beau sujet de mémoire, très beau même...Et comme d'habitude dans notre secteur, pas de réponse globale ni de règle absolue, mais une adaptation de la réponse selon chaque jeune et chaque histoire....
Vous pouvez prendre contact avec l'"ANDESI", ils pourront sans nul doute vous aider dans vos recherches, ainsi qu'avec les CADA, assos diverses qui oeuvrent pour les demandeurs d'asile etc...

Ce n'est que ma petite contribution à une vraie réflexion ...
Bon courage pour votre mémoire et vos recherches

Re: Mémoire sur habiter en institution/ le "chez soi"

Publié : 19 sept. 2013 12:18
par donni
Bjr nico,

Si je vous rejoins sur certains points liés aux spécificités inhérentes au public MIE (culture différente, déracinement), je suis quelques peu surpris de certaines spécificités que vous semblez leur accorder : vous parlez de jeunes ayant subi la maltraitance, l'inceste, etc.

Vivez-vous en France nico? Ecoutez vous les infos ? Avez-vous travaillé en MECS autres qu'avec des MIE ? N'êtes vous pas informé que certains de "nos" enfants accueillis en MECS ont également subi la maltraitance, le reproche d'une mère envers sa fille qui aurait dénoncé l'inceste, l'abandon par des parents dans l'incapacité d'élever leurs enfants ? De même, les jeunes issues de l'immigration ne sont-ils pas confrontés au "déracinement culturel" ? Aussi, s'il y a bien des spécificités liés au MIE, il y a aussi beaucoup de similitudes avec certains enfants / ado aux parcours fracassés.

Et les objectifs institutionnels, thérapeutiques et éducatifs, rentrant dans le cadre des politiques publiques, sont-ils si différents en MECS pour MIE que dans toutes autres MECS ? Votre action vise-t-elle leur intégration dans leur pays d'origine ou dans notre pays ? Auquel cas, tout en tenant compte de leur spécificité culturelle, il me semble que c'est bien l'adaptation à nos codes sociaux qui est visée, dans la mesure où, contrairement aux pays anglo-saxon, nos politiques publiques sont basées sur l'intégration par "assimilation" par opposition aux communautarismes.

Enfin, vous faites un très beau développement, très théorique pour le coup, sur la prise en compte des particularités individuelles, mais celui-ci n'éclaire en rien la problématique soulevée par clem, à savoir la vie en collectivité : celle-ci implique que, malgré les particularités de chaque individu, malgré leurs souffrances et leur parcours douloureux, ils adoptent les codes, usages de la vie en société ... en occident, et non en république démocratique du congo ...

Après, on peut en effet considérer que, au regard de leurs parcours douloureux et/ou des codes sociaux de leur pays d'origine, ils peuvent faire ce qu'ils veulent de ce qu'il y a à l'intérieur du frigo. Si vous pensez que c'est le meilleure moyen de les intégrer dans notre société, pas de souci, c'est votre droit.

Sauf qu'a priori, ceci semble questionner l'équipe, confrontée à une violence extrême et, dans ces cas, j'ai bien peur que la compassion ne suffise pas.

Salutations,

Re: Mémoire sur habiter en institution/ le "chez soi"

Publié : 19 sept. 2013 22:21
par nico
Désolé, il me semble pourtant avoir bien différencié dans ma réponse MECS et MIE...?

Et la réalité est que les MIE sont aussi bien souvent accueillis en MECS (beaucoup de régions où il n'y a pas d'établissement spécifique, comme la MECS où je travaille...), accueillis en foyer de l'enfance (non spécifique) etc...Et oui, je vis en France, à moins que le jura ne soit devenu indépedant? Et ai aussi été éduc à l'ASE 5 ans...

Donc bien placé pour savoir ce qu'il en est des maltraitances, négligences et carences. Vraiment pas besoin d'écouter les infos pour ça ...Et vous? Parce que si votre seule référence sont d'écouter les informations, je comprends mieux la teneur de vos propos.

Et je parlais bien des parcours de certains jeunes en MECS : Relisez mon message...

Quant aux politiques sociales "d'assimilation", encore faut-il prendre le temps de leur expliquer qu'ici, la notion de "chez nous", du "bien", du "mal" n'est peut-être pas la même que la leur, et pour cela, faut-il déjà en avoir conscience et connaître leurs références pour pouvoir leur expliquer les nôtres....Si vous en restez à "c'est mal" , ces mots n'auront pas forcément le même sens et l'incompréhension sera totale...Bonjour (ou plutôt "au revoir") l'assimilation!

Alors oui, dire seulement à une famille congolaise qu'on ne laisse pas des enfants de 5 ans jouer seuls dans la rue ne sert à rien si on ne prend pas la peine de comprendre que chez eux, tous les adultes contribuent à l'éducation de tous les enfants, et que de ce fait, les enfants au pays ne sont jamais seuls : ça permet de comprendre qu'ils ne sont pas de "mauvais parents" et de leur expliquer qu'en France, le fonctionnement n'est pas le même...Grand dieu...J'espère que votre parcours de formation d'éduc va vous permettre d'intégrer à minima ces approches...

Et je suis curieux de savoir comment vous comptez vous y prendre concrètement pour que des ados cassés adoptent les codes et usages de la société : parce que la violence en MECS, est chose courante, parfois quotidienne.

Vous ferez quoi face à 12 ados qui pètent les plombs parce que vous imposerez "vos règles", votre "on touche pas au frigo", avec votre collègue (ben oui, on est souvent 2 à travailler, 3 les jours de fête)??? La relation individuelle est effectivement ce qui peut permettre de réguler à minima les phénomènes de groupes, et un éduc n'est pas un boxer ou un rugbyman qui doit coller un jeune au mur parce qu'il refuse d'obéir à ses ordres! Faites un de vos stage en MECS, et quand vous vous serez frotté à cette réalité, je pense que cette discussion sera un peu plus intéressante.

La vie en collectivité ne peut devenir viable que si l'individualité y trouve sa place et une reconnaissance (le coeur des projets individualisés, entre autre).

Mes propos n'indiquent absolument pas qu'il ne doit pas y avoir de règles. Les vôtres indiquent uniquement la règle avec en face quoi...la sanction?. C'est oublier bien vite la compréhension et la notion de réparation ...On ne "dresse" pas des jeunes, et l'éducation implique d'autres nuances.

Et il ne s'agit pas de "compassion", mais d'un métier qui s'apprend. Je vous souhaite donc un bon apprentissage, qui vous permette d'aller au delà de vos idées reçues et "plaquées", et d'excellentes recherches à cléms.

Les propos de Claire tendent à prouver qu'effectivement, pour certains jeunes, l'institution est leur "chez eux". Certains d'ailleurs, il ne faut pas l'oublier, n'ont presque connus que les institutions depuis tout petit bien avant la MECS...Alors c'est quoi "avoir un appartement" pour eux? ça n'a sans nul doute pas la même signification que pour nous, puisqu'ils ne se sont pas construits sur un schéma "papa/maman/maison = vie normale", la seule identification possible est peut être l'institution. La vie normale pour eux, leur seule référence est peut être l'institution...ça peut être une piste...

Re: Mémoire sur habiter en institution/ le "chez soi"

Publié : 19 sept. 2013 22:32
par nico
pour Claire :
autre éventuelle piste :
on se construit un réseau social quand on a la référence de parents, d'une famille qui en ont un (amis, collègues reçus, qui invitent, à qui on fait la conversation etc...). On apprends alors depuis enfant ces notions.

Mais quand on a pas eu ces repères, quand le seul est l'institution, le groupe qui était aussi le seul lien à l'autre, on ne sait pas forcément comment faire à l'extérieur, dans son appartement, car il n'y a plus d'éduc qui médiatise, induit, organise etc...On ne sait même pas forcément ce que veut dire "recevoir quelqu'un", ni tisser seul des liens...C'est une autre possibilité...Il y en a sans doute d'autres à creuser...Si vous travaillez sur ce sujet, je serai intéressé pour avoir accès aux fruits de vos réflexions (sujet qui me semble aussi extrêmement intéressant)Merci

Re: Mémoire sur habiter en institution/ le "chez soi"

Publié : 20 sept. 2013 08:10
par donni
Re Nico,

Je pense que vous vous méprenez :

1. Je ne suis pas en formation d'éduc mais professionnel depuis plus de 15 ans ;

2. J'ai dirigé 2 MECS, donc je pense être au moins autant crédible que vous ; je connais donc parfaitement le discours des éduc qui n'entendent que l'accompagnement individuel et refusent tout cadre collectif (pas besoin d'être rugbyman pour gérer un groupe d'ados, même en MECS, mais d'éducateurs qui sont en capacité d'appréhender l'individu dans toutes ses singularités tout en tenant compte d'un cadre collectif et d'objectifs éducatifs fixés, et en veillant à faire respecter ce dernier : c'est le BA BA du travail éducatif)

3. Vous évoquez les familles congolaises, hors on parle de MIE : ISOLE, il n'y a pas / plus la famille, mais cela vous a sans doute échappé ;

4. Le Jura fait bien partie de la France, j'ai travaillé en Franche Comté (votre pinard est pas mal, mais pas aussi bon que le Bourgogne ou le Bordeaux)

Enfin, mes propos démarraient par "il me semble" (cf. ma première réponse), ce qui implique qu'ils doivent être pris avec nuance, car pour ma part, je ne connais pas le contexte exact dans lequel travaille Clem. Je lui ai donc indiqué une piste de réflexion autour de la problématique qu'elle soulevait car visiblement, elle considérait que le fonctionnement actuel de l'institution n'était pas adapté. C'est à elle d'apprécier si ces éléments font échos avec la situation qu'elle rencontre, ce qui semble être le cas.

Je vais donc me satisfaire de son retour.

Bonne continuation à vous,

Re: Mémoire sur habiter en institution/ le "chez soi"

Publié : 20 sept. 2013 13:34
par nico
bonjour donni,

Merci pour notre pinard pas mal (c'est vrai, il est un peu "spécial", et je suis d'accord, selon mes goût aussi, pas l'équivalent d'un bon bourgogne...)
Ah, vous avez dirigé deux MECS! Avez vous été éducateur auparavant dans le secteur? Car autant je conçois le rôle du cadre qui pose le cadre institutionnel (effectivement, cela éclaire vos propos), et je ne vois pas comment vous pourriez de votre place en tenir d'autres, mais concrètement, comment avez-vous permis à vos équipes de le décliner sur le terrain (respect du cadre collectif)?
Quels actions lorsque les jeunes ne le respecte pas? quels outils? Quelles réponses aux équipes confrontées à la violence, et réponses faites aux jeunes? Quelle prise en charge thérapeutique et avec quels moyens?

Peut-être vos projets institutionnels sont-ils en ligne, et permettraient un éclairage sur les réflexions et solutions concrètes que vous avez décliné et qui pourraient éclairer d'autres MECS? Voire une mise en relation ? (la distance géographique n'étant du coup pas un frein)

J'avais pris l'exemple d'une famille congolaise, exemple parlant sur les incompréhensions qui peuvent naître de la méconnaissance de l'autre : un MIE a aussi eu une éducation qui n'est pas sur les mêmes valeurs que les nôtres : il n'est pas né nul part ni sans famille....Et pour certains, la famille est d'ailleurs en France mais sans papiers (donc bel et bien là): étonnant que vous ne le sachiez pas....Vous avez vraiment été éduc en MECS? (je trouve bien dans vos propos la position d'un cadre, sûrement de direction, mais pas la connaissance éducative...J'espère me tromper...)

Et une fois de plus, je n'ai jamais dit que notre travail n'était pas de veiller à faire respecter le cadre collectif!
Mais de réfléchir au "comment y arriver concrètement", afin d'aider les collègues qui, comme moi, sont sur le terrain tous les jours... question à laquelle me semble t-il, vous n'avez pas encore répondu.

J'ai aussi indiqué des pistes de réflexion à clém, me semble t-il, ainsi que des partenaires qui pourraient être précieux dans le cadre de ses recherches pour son mémoire.

Re: Mémoire sur habiter en institution/ le "chez soi"

Publié : 20 sept. 2013 14:12
par nico
PS pour clém : une autre référence indispensable, d'une très haute qualité (et incontournable) : les recommandations de l'ANESM, consultables en ligne, et qui apportent beaucoup de réponses sur les positionnements professionnels, l'éthique, les problématiques...

Ps pour donni : clém parle bien de MIE ou français qui utilisent le "chez nous" (donc MIE en MECS non spécifique...Je sais même pas si les MECS spécifiques existent à la réflexion...)Et dire que les MIE sont "sans famille" me fait quelque peu douter de votre expérience réelle dans ce domaine...De plus, Clém n'a jamais dit qu'elle pensait que l'accompagnement de sa MECS n'est pas adapté (relisez ses messages) : elle se questionne à priori sur un sujet de mémoire et sur un positionnement éducatif, recherche à échanger avec des collègues pour approfondir sa réflexion et ses positionnements ...

Vous parlez du BABA du travail éducatif...Qui est bien au delà de vos propos, fort heureusement, car vos propos s'appliquent aussi pour tout adulte en contact avec des enfants : animateurs, instits etc...voire parents (ou il faut vraiment revoir nos salaires à la baisse...ainsi que nos formations qui s'avèrent inutiles...)

A la réflexion, je doute que vous connaissiez le métier d'éducateur...Voire les MECS....Mais j'attends vos réponses pour confirmer ou infirmer ce sentiment, avec des éléments qui pourraient être constructifs et profitables à tous...Ou pas...

Re: Mémoire sur habiter en institution/ le "chez soi"

Publié : 20 sept. 2013 15:21
par donni
Nico,

J'ai répondu à clem et ma réponse semble l'avoir éclairée. ça me suffit.

Je l'ai éclairé de mon point de vue de Directeur, vous l'éclairez de votre place d'éduc : c'est à elle d'en faire ce qu'elle veut et d'alimenter sa propre réflexion, de trouver son positionnement.

Après, que vous me croyez ou non quant à mon pedigree professionnel, très sincèrement, je m'en moque!

Salutations,

Re: Mémoire sur habiter en institution/ le "chez soi"

Publié : 20 sept. 2013 21:42
par nico
Ce point de vue vous est très personnel, et à mon sens n'a rien à voir avec la fonction de directeur (j'en ai connu et en connais encore d'excellents, d'un autre niveau...), et effectivement, votre réponse me convient : votre pedigree professionnel n'a sans plus aucun doute rien à voir avec ce que vous prétendez, votre réponse le prouve...Il serait dommage que dans la réalité, les directeurs aient un raisonnement d'aussi bas étage, et une telle méconnaissance des jeunes accueillis (la majuscule à "directeur" est aussi de trop)...Même si ça peut exister. Chacun s'amuse comme il peut et s'invente la vie qu'il veut, la magie d'internet :-)
Bon mémoire Clém, et si vous repassez par là Claire, toujours intéressé par votre sujet de réflexion

Re: Mémoire sur habiter en institution/ le "chez soi"

Publié : 20 sept. 2013 23:20
par nico
Clém, autre source qui peut être intéressante pour vous :

http://infomie.net/
bonnes recherches