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Re: dur ! la réputation d'as

Publié : 08 févr. 2006 19:01
par JPP
bonjour Lili,

c'est vrai que nous (et je) sommes parfois enfermé dans nos certitudes. Nous posons des étiquettes, travaillons avec des préjugés...

Il est souvent plus facile de s'enfermer dans des certitudes que de douter. Souvent, on nous demande des résultats, on met une certaine pression. Souvent, on doit faire et obtenir des résultats. Or; nous sommes soumis à une obligation de moyens, non pas de résultats. Nous sommes soumis à des règles professionnelles, une déontologie qui doivent guider nos actes professionnels quotidiens.

Or, le contexte est parfois "maltraitant" envers les professionnels, nous oublions alors nos fondements et reproduisons cette maltraitance.

Donc, Lili, tu as raison, les AS sont parfois tout puissant. Nous sommes ceux qui détiennent le savoir (droit de la famille, dossiers administratifs...)et donc le pouvoir (nous connaissons les règles du jeux). Il est parfois difficile de briser cette situation, ds'autant plus que nous n'en sommes pas tous conscient.

Par contre, la signature me gêne. Je vais polémiquer...

QUand tu dis :"une mère pas si défaillante", je dit que cela ne veut rien dire. Qu'est-ce que la défaillance d'une mère? Y'a des mères parfaites? J'aimerais bien en connaître!!!
je suis totalement imparfait!!! Comme nous tous. La perfection n'existe pas. Ce qui est important c'est de vouloir changer et aller vers du mieux être.

Nous partons tous dans la vie avec des handicaps , une histoire particulière, des vécus...

Notre travail c'est de prendre en compte l'histoire de chacun, de ne pas juger et de l'aider à aller de l'avant. PLacer un enfant peut se "justifier". Mais avant de le faire, nous devons nous poser des questions.

Quel est le projet du placement?
Si c'est de protéger un enfant, alors la question est: comment le protéger? Il faut toujours avoir à l'esprit que de placer un enfant, c'est d'abord un échec. Celui de la prévention, de l'aide à la famille... Cet échec est le notre. Pas celui des familles qui réagissent avec des valeurs et une histoire (que souvent nous ne maîtrisons pas).

Il est vrai que de proposer la "mise en sécurité" d'un enfant dans sa famille est souvent difficile à faire entendre et accepter.

Les équipes sont souvent hermétiques à de nouvelles pratiques, et s'enferment dans des automatismes.

Alors je dit attention aux automatismes, vive le questionnement et le respect de chacun!!

Quant à toi Lili, reprend courage. Tu n'es surement pas une "mauvaise mère", tu as des droits (et aussi des obligations) alors fait les valoir. Même si c'est difficle de faire changer des gens avec des oeillères. Et tu trouveras toujours quelqu'un pour te tendre la main... la mienne t'en tendue.

et pour finir une petite phrase pleine de sens "on ne voit bien qu'avec le coeur, l'essentiel est invisible pour les yeux" (St-Exupéry, le petit prince).

JPP

Re: dur ! la réputation d'as

Publié : 08 févr. 2006 20:22
par claire
Bonjour,

je ne veux pas polémiquer sur votre situation mais je pense que toutes les questions que vous pouvez lire sur ce site vous montrent combien les travailleurs sociaux peuvent s'interroger. Certains peuvent se montrer trop surs d'eux mais faut-il vraiment mettre tous les professionnels dans le même sac.

A bientôt

Re: dur ! la réputation d'as

Publié : 08 févr. 2006 21:48
par lili
Fort heureusement pour moi et pour ma capacité de dicernement, je ne mets pas tous les professionnels dans le même sac. Fondamentalement, je considère, par principe, que les services sociaux et les juges pour enfants sont utiles : il se passe des horreurs inimaginables notamment dans des familles, les professionnels y sont confrontés et ils s'efforcent de trouver les moins mauvaises réponses. C'est vous dire que je ne doute pas de l'utilité sociale de vos institutions et de vos professions.
Toutefois, dans le cas qui m'occupe, le mien, force m'est de constater que les procédures n'ont pas été totalement respectées et que les interventions se font sur la base d'analyses standardisées nourries aux mamelles de la psychanalyse. Il se trouve que j'ai fait un bout d'études de psy et aussi une longue analyse. Les concepts de la psy, je les connais un peu, un peu seulement, mais suffisamment pour discerner la manière dont ils ont été plaqués, sans grande finesse, sans grande précaution, et parfois dans la précipitation, sur notre "problématique". Trop souvent depuis le début de notre "affaire", j'ai eu l'impression qu'un prêt à penser était utilisé pour nous qualifier. J'ai eu le malheur de faire remarquer que la réalité familiale ne s'organisait peut être pas tout à fait comme ces Messieurs-Dames le disaient. Que n'avais-je pas dit ? Tout cela a été mis à notre débit. Donc, sur le conseil de mon avocat, je me la ferme désormais, mon mari aussi, je souris, je fais le gros dos, j'attends que ça passe mais surtout -parce que c'est la seule forme de résistance qui me reste- je ne collabore pas à un processus dont la pertinence me parait, depuis le début, inapproprié.
Inapproprié, est-ce un mot que vous connaissez ? Sérieusement, vous arrive-t-il de douter ? Vous arrive-t-il de changer d'avis, d'écouter une famille et de vous dire qu'elle peut aussi dire des choses pertinentes ? Vous dites que oui. Moi, je n'ai encore rien vu de tout cela. Alors, il n'y a que deux solutions ; soit je suis givrée et je ne comprends rien à notre situation familiale. Soit je suis tombée sur des intervenants, disons, un peu butés...
Ce qui est grave, voyez-vous, c'est que tout ce que je peux faire, c'est le dire ici, anonymement, une méthode détestable qui est la seule restant à ma disposition qui soit sans conséquence et sans coût. Savez-vous ce que coûte un avocat à qui, pourtant, le juge ne donne que marginalement la parole ? Et qui ne peut intervenir auprès de l'éducateur. Et après on nous dira que la loi de 2002 garantit le contradictoire...Laissez moi rigoler !

En revanche, je suis incapable de discuter des remarques que vous faites sur les placements. C'est une situation à laquelle je n'ai, par chance, pas été confrontée.
En conclusion, j'ajouterai que les divers rapports sur les relations avec les usagers que j'ai pu lire, notamment le rapport Romeo, me donne à penser que les professionnels que vous êtes ne réfléchissent pas assez à la notion de soutien aux familles. Très souvent, la notion "d'aide" est mise en avant. Elle parait bien contestable. J'ai entendu récemment un éducateur connu, Jean-Marie Petitclerc le dire avec fermeté. Il reproche à cette notion d'aide son côté "vertical". Petitclerc préfère une approche plus "horizontale", de soutien, d'accompagnement, de mis en avant des compétences des familles, des ados, des personnes accompagnées. Tout cela, je le sais maintenant, est théorisé et débattu dans vos milieux -et bravo de le faire- mais je vois aussi, notamment en lisant les débats sur ces forums, que beaucoup d'entre vous oublient de les mettre en pratique...
Je ne prétends évidemment pas donner de leçon à quiconque, n'ayant aucune compétence pour cela. Je voulais juste vous faire partager le ressenti d'un "usager" dont la situation n'est, paraît-il, pas trop grave... et vous dire aussi combien je pense à l'accablement voire l'effroi qui doit saisir d'autres usagers qui n'ont, eux, pas les moyens matériels et intellectuels que j'ai pour me défendre.

Re: dur ! la réputation d'as

Publié : 08 févr. 2006 22:11
par lili
En tous cas, merci de vos réponses et d'avoir accepté ce dialogue. j'ai beaucoup apprécié.

Re: dur ! la réputation d'as

Publié : 08 févr. 2006 22:53
par Déborah
Lili,
Je ne suis pas encore AS mais j'ai trouvé ton intervention interessante! Tu es quelqu'un qui accepte le dialogue il me semble et c'est très bien!
Car c'est dur de se faire comprendre sur internet...Bravo aussi aux intervenants professionnels ou non qui savent se remettre en cause et qui ne demandent pas à un intervenant de partir lorqu'il est pas d'accord (sur certains forum ça se fait!)
:oups!:

Re: dur ! la réputation d'as

Publié : 09 févr. 2006 06:47
par JPP
faute professionnelle quand tu nous tiens....!!!

Hélas, trois fois hélas!! et plus encore!!!!

De dire professionnel de l'intervention sociale et oublier le respect. Le respect de la parole de l'usager, le respect de nos règles de déontologie, le respect des valeurs humanistes, le respect des valeurs de chacun, le respect tout simplement.

Quand je li Lili (ça fait beaucoup de Li), j'ai aussi cette rage. Rage contre un système, contre des personnes, contre mes pairs. Comment ne peut-on pas se rendre compte des dégâts "collatéraux" de nos interventions. Comment continuez de l'interventionnisme et harceler les familles?

Comment ne pas donner, écouter et respecter la parole des "usagers"? Comment continuer à faire "mal" alors que l'article 1 de notre déontologie demande à aider la personne à aller vers un "mieux être". Comment être en totale contradiction avec les principes les plus élémentaires et s'y enfermer?

J'ai fait des erreurs d'évaluation de situation. J'ai travaillé avec un père de famille qui avait violé ses trois enfants. Sa femme, handicapée, n'en a rien sut jusqu'au placement. Elle est resté avec son mari, le trois enfant sfurent placé (dans des lieux différents). Compte tenu des faits (inceste répété) l'équipe a actée pour le placement et pour rompre les leins avec les parents, le juge a suivi nos demandes.

J'ai eu la charge de cette situation. Personne n'en voulait (parler avec un pédophile incestueux!?!). J'ai donc souhaiter la prendre et en faire un accompagnement. Mais comment aider une personne si "détestable"; violer ses enfants, quelle abobination!!!!

après une année de travail avec cette famille, j'ai demandé à ce que les parents puissent à nouveau voir les parents ,rencontre en lieu neutre, qui n'ont rien de neutre, c'est notre service de placement, bref une ineptie de plus). En une année, j'ai rencontré des gens qui vivaient dans leur chaire une déchirure.

Mr a été violé par son père, ainsi que ses deux soeurs. Il alui même la même structure familiale. Sin fils porte un prénom composé du prénom de son père et de son grnad-père. Les enfant sfurent violés dans les mêmes conditions que leur père (âge, ordre...).

Mme n'a jamais connue son père, sa mère est morte alors qu'elle était placée en foyer. Elle fut hébergé par sa soeur à sa sortie de foyer. Mr a été placé avec ses soeurs dans des endroits différents. Il n'a pas put assister aux funérailles de ses parents et de ses grands-parents. Le service social n'ayant pas entendu leur douleur.

Mr a été placé près de 10 ans, de même pour Mme. Ils se sont rencontré et marier. Puis Mr pète les plombs et viole ses enfants.

Lors des entretien (difficiles et lourds psychologiquement) Mr m'a raconté son histoire, en disant personne ne s'est excusé de faire de moi une victime. Je ne peut pas faire autrement. La seul preuve d'amour que j'ai eu c'est ce viol.

Nous n'avions pas réenclencher le tabou de l'inceste. Nous n'avions pas entendu Mr jeune, ni Mme. Nous avons laisser ce répéter une histoire, Mr confondait son histoire avec celle des enfants (tel un schizophrène). Nous avons poser des étiquettes, stigmatisé et essayer de protéger les enfants sans protéger ceux qu'ils auront. Et les enfants n'étaieant pas plus protégés chez une ass mat qu'ailleurs.

Nous avons alors décidé d'entendre les souffrances de Mr, de nous excuser au nom du service pour nos erreurs, il en fut de même pour toute la famille. Puis nous avons proposer de travailler ensemble sur des solutions.

Mr a proposer de s'excuser et d'expliquer à ses enfants. Mme en a fait de même. L'enfant "signalant" a exprimer sa culpabilité a avoir dénoncé les viols. Le travail de déculpabilisation a été fait. L'agressuer a aider ses victimes a se reconstruire, ce qui lui a permis de se construuire...

Mais pour faire ce travail, le plus dur ne fut pas avec la famille, mais avec les collègues. Un an de réunions toutes les semaines pour faire changer les mentalités et faire que chacun puisse se retrouver mieux. Un an pour faire admettre que nous avions des oeillères!!! un an de harcèlement de plus pour la famille!!!

Ce que j'en retire, c'est que ce placement était peut être nécessaire, mais jusqu'où?

Mais surtout qu'on peut changer le cour des choses, mais c'est long et difficile.

Et c'est d'autant plus dégueulasse que des personnes sont obligées de se taire ou de parler anonymement. On nie la parole des gens sous prétexte que nous savons!!! Nous n'en savons pas plus que la personne elle-même!! Comment l'aider si on la nie?

Bon courage Lili, j'espère que les oeillères de certains tomberons..Mais le mal est déjà fait...

JPP

Re: dur ! la réputation d'as

Publié : 09 févr. 2006 07:46
par lili
Merci de votre longue réponse et de votre confiance. Face à la situation que vous décrivez, je trouve que vous avez été exceptionnellement courageux.
Vous voyez, dans notre famille, ce n'est un problème d'inceste ni d'enfant battus ou maltraités. C'est un "juste" conflit parents/ados un peu vif qui réactive une problématique familiale pénible : des relations très difficiles entre mes parents et sans doute, de ce fait, et par identification à ma mère, peu d'estime de ma part pour la gent masculine, encore que je m'en défende ou, pour le dire autrement, que ce soit largement inconscient. D'où une relation dificile avec mon fils... lequel va au lycée, y réussit corectement, rentre à l'heure... En conscience, rien de "trop grave". Une situation qui nécessite une bonne thérapie, oui, indiscutablement... mais le juge et les services sociaux, eux, imposent de l'aide éducative et ne poussent pas à la thérapie.
Zut, je me repète... je sais qu'il faudrait que je laisse tomber, que je traite cela par de l'indifférence et que j'attende que ça passe (plus que six mois et il est majeur !)mais ça m'insupporte. Je vais finir, moi, par reprendre un bout de thérapie, histoire de de devznir zen face à ce truc ! Et vive "l'aide contrainte", avec tout ça !!!!
En tous cas, merci à ceux qui m'on répondu, et bravo pour ce que vous faites qui est si difficile et si utile.

Re: dur ! la réputation d'as

Publié : 09 févr. 2006 11:06
par JPP
Merci surtout à vous,

ce qui est dur c'est de vivre les situations et de s'en sortir. Mon courage il n'est rien face au courage de ces personnes qui ont vécus des choses difficiles et qui y font faces et souhaitent aider les enfants.

Merci de nous renvoyer à nos limites. Merci aussi à ceux qui m'ont formé et fait que je peut entendre les "critiques".

Soyons humble devant les leçons de vie que nous enseignent chaques situations. Merci à toutes ces personnes qui nous font confiance et merci à nous de ne pas trahir cette confiance et nos fondements.

JPP

Re: dur ! la réputation d'as

Publié : 09 févr. 2006 14:37
par lili
Juste un mot, un dernier. Croyez-vous que vous réflechissiez assez à la notion "d'aide" que vous nous envoyez si souvent dans les gencives. C'est de là que vient beaucoup de mal car elle entend qu'il y en a un qui sait (l'aidant) et un qui ne sait pas (l'aidé). Je crois que tant que vous resterez arcboutés sur cette notion d'aide, les choses n'avanceront pas... Il ne m'a pas échappé qu'en principe, on parle aujourd'hui de soutien, d'accompagnement des usagers. Mais dans la réalité, et ma courte expérience le prouve, les intervenants des services sociaux sont toujours imbus de cette notion d'aide. las, s'il y a aide, il n'y a plus d'usager.

Re: dur ! la réputation d'as

Publié : 09 févr. 2006 19:12
par chc81
JPP,
j exerce depuis 19ans (j en ai 42)la profession d' as en polyvalence de secteur, et ce que je trouve le plus précieux c'est l appartenance à une équipe pluridisciplinaire(éduc,psycho,puéricultrice,mèdecin pédiatre..) ,surtout en ASE.Pas comme un "confort" d'intervention,2 pour ne pas etre seule!!,mais pour le partage,le recul,....
mon désarroi actuellement vient du manque de moyens pour exercer vraiment la prévention!mais je m 'accroche parceque... j 'aime mon boulot!19 ans plus tard,je trouve ca pas si mal!
Cordialement