Je crois que le déterminant "humanisme" dans le choix d'une carrière d'assistant de service social est bien réel, mais très surévalué (notamment parce qu'il renvoie à des représentations justement très positives de la profession).
S'interroger sur les intentions morales ne dit rien des exigences de la nécessité, du déclassement des enfants de certaines familles, qui ne pouvant satisfaire aux attentes familiales se rabattent sur des métiers subalternes, d'executions, par "désinteressement" moral, ou par "intéressement" en terme de conséquence sur le prestige social.
L'humanisme, le vouloir venir en aide, c'est la raison que l'on fabrique pour communiquer, qui n'a d'ailleurs rien d'une raison puisqu'elle ne gouverne pas le choix, mais le traduit en un langage simple et entendable par tous : il s'agit donc d'un argument. Un argument susceptible de convaincre que ce choix est réalisé pour des raisons socialement "acceptables".
Il serait en effet plus pertinent de réaliser des entretiens sous couvert d'anonymat et d'aller chercher du côté de la sociologie Bourdieusienne, pour comprendre ce que le choix doit à l'intentionnalité explicite et aux déterminants extérieurs.
On pourrait ainsi mettre en valeur des corrélations probablement très parlantes entre certains profils et l'accès aux formations des métiers du social.
Des jeunes filles au bagage scolaire fragile, des familles de classe moyenne dont le capital culturel dépasse largement le capital économique, ou bien encore des familles de classe populaires, notamment issues de l'immigration, qui investissent énormément la scolarité de leurs enfants et voient dans le métier d'assistant social, un compromis entre une sortie rapide du système scolaire couteux, et l'obtention d'un statut et d'une stabilité sociale et financière pour leurs enfants (et plus majoritairement des filles).
Globalement, je crois que se pencher sur les représentations sociales positives, du seul point de vue de l'individu qui fait le choix de devenir assistant social est une erreur. Le fait individuel est minoritaire, la scolarité, y compris les études supérieures, sont d'abord le résultat de stratégies familiales, et de positionnement par rapport à celles-ci, qu'elles soient encore actives (les proches communiquent leurs désirs) ou passives (l'individu prend en compte les trajectoires et places de ses proches).
Néanmoins, pour un mémoire de certification, ce ne serait pas très judicieux. Plus intéressant certes, mais plus dangereux aussi.
C'est un triste constat, mais l'examen qui nous sert de certification est d'abord un moyen de flatter nos jurys d'avoir choisi cette profession(par procuration, par les convictions enthousiastes que nous leur faisons passer). Toute étude professionnelle reflexive doit donc avoir des conclusions rassurantes.
En somme, allez plutôt voir du côté de la psychologie, ils sont plus optimistes
