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Re: situations tabous
Publié : 05 août 2010 08:43
par Désabusée
Juste pour répondre à soeur Marie-Thérèse, qui est peut-être elle-même religieuse ! qui sait !
Pour ma part, lorsque je vais en VAD, c'est, (dans ce cas là)pour analyser la candidature de cette personne qui souhaite devenir assistante maternelle. Cette évaluation fait partie de mon travail. Je trouve qu'il est dommage que cette personne soit "prise" dans autre chose... Même si elle abandonne son projet, il aurait été professionnel d'évoquer avec elle ce rennoncement..
Ce qui m'intérroge dans ce type de proselytisme c'est que cela se fait sur le temps de travail, et que les personnes "utilisent" le vivier des usagers pour le faire.
Que cette collègue fasse, après son temps de travail la tournée des popottes, cela ne me regarde pas ! effectivement, les gens fragiles ont besoin de croire, mais il faut faire la différence entre le religieux et le laïc, qui sont deux temps différents qu'il ne faut, à mon avis, ne pas mélanger.
Re: situations tabous
Publié : 05 août 2010 09:14
par marjorie
on a tout à fait le droit d'être croyant, par contre cela relève de la sphère privée, de même que les opinions politiques, et par là-même, je pense que cela n'entre pas dans le cadre de notre accompagnement des usagers. nous avons pour cela des outils mis à disposition par les institutions dans lesquelles nous bossons, nous n'avons donc pas à faire intervenir nos croyances ou nos opinions dans notre travail.
diriez-vous en entretien à un usager de prendre sa carte au PS ou au FN??? je doute... par contre si vous recroisez cette personne en dehors du travail dans un meeting ou dans une église, rien ne vous empêche là d'aborder le sujet, car justement vous n'êtes pas au travail.
je pense que nous devons savoir faire la part de ce qui entre dans le cadre du travail et ce qui doit rester du privé. dans le travail, nous ne sommes pas Mme Untel ou Mr X mais "assistant(e) social(e)" et l'usager ne vient pas voir Mme Untel ou Mr X mais l'assistant(e) social(e), identique à tout autre ASS, sans distinction de religion ou d'opinion.
voilà ce n'est que mon avis, mais la neutralité me semble être une des conditions sinequanone de notre profession.
Re: situations tabous
Publié : 05 août 2010 09:53
par linoute
bonjour,
je suis très surprise que le débat tourne comme cela. sans nier qui nous sommes, il me semble qu'il est demandé à tout agent d'un service publique de ne pas "afficher" ses croyances, alors pour une AS moi je dirai encore plus. pour moi il n'est pas question d'authenticité mais de neutralité. Je comprend tout à fait que la religion puisse être un soutien très important pour les usagers que nous rencontrons mais il me semble que c'est à eux de le choisir et d'en choisir une et surtout pas à nous de leur en suggérer.
pour moi la situation décrite constitue une faute professionnelle, je ne dis pas qu'il faut dénoncer la collègue loin de là mais j'ose espérer que si un usager informe l'encadrement ils sauront reprendre les choses et recadrer l'AS concernée.
en tout cas je comprend que ça puisse faire "bouillir" et j'espère que tu arrives à préserver "tes usagers" lors de tes fin d'entretien.
Re: situations tabous
Publié : 05 août 2010 10:36
par corrine
j'aime le discours de soeur marie thérèse et de pastèque jaune.
pour revenir sur le poste de Marjorie : le sujet que je vais évoquer n'a plus rien à voir avec la religion.
hier, en visite à domicile, j'ai vu dans la maison un ruban tue mouche.
et j'en cherche deséespérement.
j'ai demandé à la dame où elle l'avait acheté.
alors là ça ne va gêner personne dans ses convictions, ses engagements, ses valeurs.
pour autant, le papier tue mouche revêt un caractère privé, et non professionnel.
autre exemple, lors d'une visite à domicile également, j'ai évoqué l'éventualité, pour la dame que je recontrais, de rencontrer un magnétiseur. cette dame avait un suivi médical soutenu, j'ai précisé les bienfaits de rencontrer un magnétiseurs, en précisant qu'il ne s'agit pas d'un médecin.
figurez vous que je n'étais pas la première as à lui évoquer un tel sujet.
et ce n'est pas professionnel...
alors j'imagine qu'aux yeux de nombreuses as qui écrivent sur ce forum, je dois être une incompétente.
on a souvent entendu dans le passé, et encore aujourd'hui d'ailleurs "les problème personnels c'est à la maison, arrivé au boulot on ne doit plus y penser".
honnêtement, on est un tout. au boulot on pense à chez soi, et parfois chez soi on pense au boulot.
forcément, nos valeurs ressortent de notre être lors de notre exercice professionnel.
alors bien sure, pour revenir au sujet initial, il ne faut pas que le privé empiète trop sur le professionnel.
Mais bon, si les usagers ne se plaignent pas de cette dame, où est le problème...
Re: situations tabous
Publié : 05 août 2010 10:37
par pierre
à pastèque jaune qui se demande "pourquoi en tant que croyant ne pouvons-nous pas parler de l'amour de Dieu quand nous sentons qu'il faut le faire?" la réponse est : parce que nous sommes employés dans le cadre d'une mission de service public ou privé qui n'est pas d'évangélisation. Evangéliser n'entre pas dans le cadre de mon travail, mon employeur n'est pas l'Eglise. L'amour de Dieu n'a rien d'un dispositif connu dans nos missions, le Ciel n'est pas un partenaire ni une aide légale. Nous sommes tenus par notre statut à un devoir de réserve. Mes conviction politiques ou religieuses, qui relèvent du privé, et strictement de ma vie privée ne doivent pas interférer dans mon travail. Si c'est le cas, je mélange les genres, je n'interviens plus en tant qu'AS mais comme un croyant, et c'est assez gênant. Enfin, il est plus important de savoir que l'on croit que croire que l'on sait, dixit Socrate.
Re: situations tabous
Publié : 05 août 2010 12:53
par pierre
à corrine : le ruban tue-mouche revêt-il un caractère sacré, des prescriptions morales, et celle surtout de croire en un être Supérieur ? Demander le prix d'un papier tue-mouche et recommander à quelqu'un de dialoguer avec des tables qui bougent pour renouer avec un défunt en allumant des bougies, c'est grosso modo la même chose : très intéressant...
Il est vrai que les implications et les conséquences de la religion et d'un flytox sur la vie des gens sont à peu près équivalentes, on oublie souvent de le dire

Re: situations tabous
Publié : 05 août 2010 13:02
par marjorie
bien sur que la frontière entre le boulot et le privé est très fine mais comme je l'ai dit plus haut (AS en ehpad c'est moi aussi!) et comme le dit pierre, il ne s'agit plus d'agir comme bon nous semble mais nous avons un cadre à respecter, entre autre le devoir de réserve et de neutralité.
rien qu'en appliquant cela, la question ne se pose même plus : nous n'avons tout simplement PAS LE DROIT d'exposer au travail nos opinions et nos convictions religieuses.
parler cuisine et papiers tue-mouche avec un usager, ça détend l'atmosphère, et parfois, dire des banalités est nécessaire, et je ne traite personne d'incompétent!!!
je pense simplement qu'un cadre nous a été donné, et que nous nous devons de le respecter.
bien sur si les usagers ne disent rien on peut penser qu'il n'y a pas de problèmes... mais lorsqu'il est en situation de fragilité, l'usager peut être vulnérable et en tant que personne-ressource, il nous accorde de l'importance. nos propos sont un appui pour lui, nous devons donc avoir conscience de l'influence que nous pouvons avoir.... et je pense que le devoir de réserve a entre autre été mis en place pour cette raison-là!
enfin, oui, nous sommes avant tout des êtres humains et nous travaillons avec ce que nous sommes! toutefois, une des bases de notre formation s'appuie sur le non-jugement de valeurs, autrement dit, nous avons une façon de voir les choses, mais en aucun cas nous devons nous en servir dans notre travail. cela n'empêche que parfois, nous n'en pensons pas moins, je suis absolument d'accord!! mais cela ne doit pas dépasser la pensée....
Re: situations tabous
Publié : 05 août 2010 13:30
par Angela
@ Pastèque jaune
Bonjour,
Comme Linoute, je suis vraiment étonnée de la tournure du débat.
Je me doute bien que les collègues qui expliquent que la religion tient une place essentielle dans leur vie, qu'elle fait partie de leur essence, etc. ne passent pas leurs journées à faire du prosélytisme religieux (enfin je l'espère!), mais le simple fait que certaines en viennent à s'interroger sur la pertinence d'aborder "l'amour de Dieu" avec un usager me pose question.
Pastèque jaune, tu dis : "(...) pourquoi en tant que croyant ne pouvons-nous pas parler de l'amour de Dieu quand nous sentons qu'il faut le faire?"
Peux tu préciser à quel moment tu "sens" qu'il "faut" le faire? A quelle moment cette obligation (cf. l'utilisation du terme "faut")? intervient-elle dans ton évaluation? (c'est une vraie question, pas une attaque)
Tu te demandes POURQUOI en tant que croyante tu ne peux pas faire intervenir tes croyances religieuses dans tes rapports avec la personne. Tout simplement, je pense, parce que nous nous trouvons dans une situation dans laquelle nous avons une certaine influence, voir un certain pouvoir sur la personne qui vient nous voir. La relation entre la personne et nous est donc biaisée par son caractère inégalitaire. Cela n'a rien à voir avec une discussion avec cette même personne, en dehors du travail (dans la rue, dans une église ou une mosquée...)
Il me semble donc anti-professionnel (pour ne pas dire totalement malhonnête) de faire intervenir sciemment nos croyances dans la relation d'aide avec une personne.
Essayer de se détacher un maximum de ses croyances, préjugés, représentations... constitue la base de cette profession et de la formation que nous recevons. Même si cela n'est pas facile (et même impossible à mon avis), on doit toujours tendre vers le plus de neutralité possible (ce qui ne signifie pas, ne pas être soi-même, ne plus avoir de croyances, mais simplement en avoir conscience et les faire entrer en compte le moins possible dans la relation).
Est-ce que tu parviens parfois à mettre de côté tes croyances ?
Ne penses-tu pas que cela vaut mieux dans certaines situations délicates ? (exemple : avec une femme te demandant conseil à propos d'une IVG. Tes convictions religieuses entreront-elles en ligne de compte dans ton évaluation ?)
Pour finir, je citerai simplement le code de déontologie des AS, article 8 :
"L'assistant de service social ne peut, en aucun cas, utiliser sa fonction à des fins de propagande".
Re: situations tabous
Publié : 05 août 2010 13:37
par Angela
@ Corrine
Tu dis : "hier, en visite à domicile, j'ai vu dans la maison un ruban tue mouche.
et j'en cherche deséespérement.
j'ai demandé à la dame où elle l'avait acheté.
alors là ça ne va gêner personne dans ses convictions, ses engagements, ses valeurs.
pour autant, le papier tue mouche revêt un caractère privé, et non professionnel."
Es-tu sérieuse ? Tu ne vois pas la différence entre parler de "l'amour de Dieu" avec un usager et lui demander où il a acheté son papier tue-mouche?!
Re: situations tabous
Publié : 05 août 2010 13:43
par Angela
Juste en guise de petite synthèse à la question " pourquoi ne pouvons nous pas parler de l'amour de Dieu...?" :
1) Pour des raisons juridiques en rapport avec notre mission de service public, comme le fait remarquer Pierre.
2) Pour des raisons déontologiques propres à la profession d'AS.
Ça fait déjà deux bonnes raisons non?