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Re: Accusés, prouvez votre innocence

Publié : 19 janv. 2007 16:17
par Elle
Je viens de terminer ma précédente réponse et revien très vite pour répondre au dernier post de Myriem que je n'avais pas vu.
Juste pour rebondir sur le fait que ce soit le même sort réservé aux profs, aux éducs...Je ne crois pas, non! La famille d'accueil a son bureau dans sa maison, ses collègues sont les membres de sa famille...ils sont seuls. De plus, la précarité de leur emploi et le fait qu'ils se retrouvent sans salaires en attendant que la lumière soit faite entrainent d'autres conséquences...


L'engagement, l'amour, l'énergie, le temps, les nuits blanches, les partages du meilleur et du pire de toute une famille font qu'une telle situation est intolérable.
Non, ils ne sortent pas indemne: c'est le choc, la colère, puis le dégoût et la dépression, c'est la rupture d'un couple...le suicide ou l'enfermement et la désocialisation...c'est l'impossibilité de reprendre pied, de trouver un nouveau travail, la honte, la solitude...
Remarquez, il y a d'autres éducs qui travaillent dans le domaine de l'insertion, ils pourront les prendre en charge!

Elle

Re: Accusés, prouvez votre innocence

Publié : 19 janv. 2007 19:10
par myriem
il faut bien être clair sur ce qui se passe, quand un enfant fait "des révélations" : le professionnel qui reçoit ces "révélations" doit en faire un signalement; ce n'est pas lui qui fait l'enquête. ça, c'est le procureur qu'en s'en charge. c'est pourquoi je dis que notre fonction reste l'accompagnement éducatif, y compris dans la réorientation du jeune. notre boulot n'est pas de savoir qui dit vrai. je dirai même qu'il ne faut surtout pas qu'on s'en mêle. et on doit bien expliquer aussi cette position et au jeune, et à la FA. on n'est pas les pros dans ce domaine. on est dans un travail d'écoute, surtout pas de positionnement sur "l'affaire".
tout ceci n'enlève rien au sentiment de colère que l'on peut avoir face aux conséquences terribles pour une famille d'accueil. et je redis que c'est aussi le sort d'autres professionnels dans de pareilles circonstances : un prof accusé de viol par un(e) de ses élèves, n'est-il pas gravement atteint professionnellement (est-il maintenu en poste ?) et personnellement (conséquence sur la vie familiale) ?
je crois que les familles d'accueil sont gravement touchées dans beaucoup de domaines, sans qu'il y ait de suspicions de maltraitance : il suffit de parler avec les propres enfants de la FA pour comprendre les enjeux compliqués qui existent pour chaque membre de la FA. on est une famille, avant d'être une famille d'accueil. la sphère privée devient la sphère professionnelle. j'en suis même à m'étonner (au bout de 10 ans d'ASE) qu'il n'y ait pas plus de difficultés à remplir cette mission de FA !

Re: Accusés, prouvez votre innocence

Publié : 20 janv. 2007 15:56
par Elle
Myriem,

Devant ton expérience professionnelle à l'ASE, je suis très intéressée par ton témoignage.
Aussi, si tu l'acceptes pourrais-tu, nous faire part de ton ressenti quant au fait que je remmette en cause le bien de notre intervention en placement familial. Je vais essayer de m'expliquer un peu plus clairement:

- Je pense que le placement familial fait autant voire plus de dégats que le maintien en famille naturelle.Ce pour tous les enjeux concernant le placement familial mais aussi pour des raisons plus "matérielles et organisationnelles" (beaucoups de situations par professionnel; une formation peu adaptée à ce type de travail, tant pour les éducateurs que pour les familles d'accueil, d'ailleurs...)

- Je pense que les familles d'accueil, sont des professionnels peu considérés comme tel dans de nombreuses situations: Lorsqu'elles se plaignent le service sait leur rappeler qu'elles sont "des professionnels" mais en terme de partenariat, de travail d'équipe, de réflexion commune, d'analyse...on leur renvoie que ce n'est pas leur place! Les modes d'intervention varient d'un département à un autre mais aussi au sein d'une même équipe. Il me semble difficile pour les familles d'accueil de trouver leur place en tant que professionnel.

- Enfin, pour revenir au sujet de départ j'aimerai que tu me dises comment tu parviens à "vivre", professionnellement et humainement, ces inévitables situations où des familles d'accueils sont détruites par de fausses révélations. je te pose cette question, car pour moi, cette réalité du travail de l'éducateur en placement familial me parait intolérable.

Merci pour tes réponses précédentes

Elle

Re: Accusés, prouvez votre innocence

Publié : 20 janv. 2007 23:37
par myriem
bonsoir Elle,
je viense delire ton post, et je te réponds, là, comme ça, à chaud....
plus ça va, et plus je me fais mon boulot de référente ASE avec ces 2 convictions :
1- une FA est d'abord une famille, avec son fonctionnement, sa dynamique, ses interactions, son histoire, etc. Quand elle devient FA, un jeune est accueilli, la dynamique doit se modifier, forcément. les interactions changent, les enjeux entre les uns et les autres, les rivalités, etc. comme tout groupe social avec un nouveau membre. sauf que, là, le p'tit bonhomme ou la puce qui vient d'arriver là, n'a pas demander à y être, et elle arrive là avec ce que j'appellerai des comptes à régler...
- un jeune confié à l'ASE ne vit pas, de fait, une situation normale, même s'il la vit comme un soulagement.il arrive donc là avec des comptes à régler, des colères, des doutes, des incompréhensions. et cette famille qui l'accueille et qui lui veut que du bien , C'EST PAS LA SIENNE.
beaucoup de jeunes, accueillis tout petits en familles d'accueil, y grandissent "bien". arrivés à l'adolescence, ça pète ! l'ado vérifie le cadre, s'oppose aux règles de vie de ses parents, cherche à comprendre le sens de sa vie, etc etc...quelles réponses peut lui ramener cette famille qui n'est pas la sienne ?
ceci n'est qu'une représentation des difficultés d'être FA. En tant que référente ASE, je garde toujours ce type d'exemple en tête, pour mieux accompagner les FA.Je cherche toujours à les gratifier sur leur travail, toujours à les déculpabiliser en cas de difficultés (et il y en a !!!). je noue plus de relation de confiance avec elle en m'y prenant comme ça. Il faut que référents et FA osent se dire les choses, verbaliser les problèmes, chercher ensemble des solutions possible, tâtonner ensemble, et donc parfois échouer ensemble aussi.
quand je fais connaissance avec une nouvelle famille d'accueil avec laquelle je vais travailler, je commence toujours par expliquer comment je bosse, mes défauts, ma façon d'être pas toujours facile non plus...
on vit dans une culture dominée par des sentiments de culpabilité tous azimut. alors, je commence par les atténuer, autant que faire se peut...
Je ne parle pas de professionnalisme ni des FA et des référents ASE. je parle de savoir-faire. et là, on est sur un pied d'égalité.
...quand je dis à une FA que je ferai jamais leur boulot, et qu'elle me répond "je ferai jamais le vôtre non plus", alors je pense que c'est gagné...
quant à la reconnaissance du service....
Les familles d'accueil me disent souvent qu'elles ne veulent pas tout savoir sur la famille de l'enfant. Un peu comme si ça les encombrerait dans la prise en charge quotidienne de l'enfant. je ne connait pas de FA qui se plaigne de ne pas être associée à "nos" réflexions et analyses !
tu parles de vivre humainement et professionnellement les situations difficiles pour les FA. je n'ai jamais été confrontée à ce cas de situation dramatique....mais un autre cas : l'enfant accueilli a abusé de la petite-fille du couple d'accueil...outre l'arrêt immédiat de l'accueil (accepté par tous, bien sûr), cette famille s'est enfoncée dans des sentiments de culpabilité de toute part. je ne peux pas y être insensible, bien sûr. mais la mission professionnelle me rattrape très vite, et ça désensibilise les ressentiments. heureusement. parce qu'on ne peut pas porter toute la misère du monde. j'ai juste besoin de me rassurer que du monde (professionnel)soutient la FA.
mais des nuits blanches, j'en passe aussi pour des trucs beaucoup moins dramatiques que ça. Et surtout, SURTOUT, je ne reste jamais seule. l'équipe est là pour se dispatcher les tâches, pour le soutien moral aussi. la violence, les urgences, les signalements sur des trucs sordides, etc etc.
personne n'a la science infuse, et on n'est pas les meilleurs.même quand les parents sont défaillants, les meilleurs c'est pas l'ASE, c'est pas les FA. le meilleur se trouve au fond des gamins, notre boulot c'est de les aider à faire émerger ce meilleur. parcours bourré d'embûches en tout genre.et tout le monde s'en prend plein la gueule ! des trucs intolérables, il y en a plein.
mais, voilà, on tient, parce qu'on s'en prend plein la gueule de bons moments aussi.

...je crois que j'ai fais des longueurs qui ne répondent pas vraiment à ta question !!!! je n'ai pas vécu de situation précisément comme celle que tu décris. je ne peux que te décrire mes "principes" de bases pour travailler avec les FA : respect et considération.
mais sans doute faudrait-il poser les mêmes questions à des FA.

Re: Accusés, prouvez votre innocence

Publié : 21 janv. 2007 16:05
par myriem
bonjour !
je relis "à froid" (!!!)ton message, Elle. je vais assayer de répondre plus clairement :
-je n'ai jamais vécu une situation de fausses accusations d'enfant envers sa FA.je ne sais pas comment je le vivrais si ça m'arrivais.
-"comment j'arrive à vivre humainement et professionnellement" des situations "intolérables" : professionnellement, on le vit en équipe, et chacun à sa place (ça inclut d'autres institutions aussi). Humainement, on développe sans doute une désensibilisation (je n'ai pas dit
-le professionnalisme des FA : je suis sûre qu'on n'a pas tous la même définition de "professionnalisme". quand on ne parle pas de la même chose, il y a forcément des malentendus. les positions des FA, de l'institution, des différents professionnels, etc, sur le sujet divergent forcément. je pense qu'on peut mieux s'entendre sur le sujet du savoir-faire, et du savoir-être aussi. ce que renvoie l'institution aux FA n'est pas mon problème. ce que me renvoie l'institution sur ma place de référente ASE n'est pas le problème des FA.mon problème, c'est comment moi je bosse avec ces êtres humains que sont les FA, dans l'intérêt de l'enfant accueilli.
-les dégats du placement familial par rapport à un m