Je vous envoie un résumé du rapport du professeur Schwartz sur l'insertion socio professionnelles des jeunes (à l'origine de la création des PAIO et des Missions locales). J'ai vu que certaines dans leurs pronostics parlaient de ce sujet donc j'ai pensé que ça en intéresserait peut-être. Quand à moi, si une personne ayant reçu la plupart des fiches pouvait me les faire parvenir je lui en serais reconnaissante. Mon adresse:
camille.messant@voila.fr
Faite exploser ma boite!
Merde à toute
Camille
Le rapport Schwartz de 1981
Les années 70 voient la dégradation de l’emploi en général et la montée du chômage chez les jeunes en particulier. Le système scolaire est perçu comme ne répondant pas ou peu aux besoins des entreprises.
Le Premier ministre, Pierre Mauroy, écrit dans sa lettre du 10 juin 1981, adressée à monsieur le Professeur Bertrand Schwartz :
« L’entrée des jeunes dans la vie active, après la fin de la scolarité, est devenue pour beaucoup d’entre eux une véritable course d’obstacles et une période d’incertitude et de déstabilisation. La crise économique et l’ampleur du chômage ne sont pas seuls responsables de cette situation. L’organisation actuelle du système éducatif, de la formation professionnelle et des services d’information, d’orientation et de placement, les dispositifs d’insertion professionnelle mise en place au cours des dernières années, ainsi que les aides au premier emploi ne procèdent pas d’une conception d’ensemble, mais de la juxtaposition de dispositions parfois contradictoires et souvent conjoncturelles…
Votre étude devra aboutir à un ensemble de propositions permettant d’établir une meilleure articulation de tous les services publics concernés, de telle sorte que les jeunes de cet âge ne soient jamais condamnés au chômage, ni à des emplois par trop précaires, qu’ils aient la possibilité d’acquérir la culture et la formation qui leur permettront de s’adapter aux changements à venir et qu’ils bénéficient des moyens d’orienter leur vie professionnelle vers les emplois qui correspondent le mieux à leurs goûts et à leurs capacités » (Lettre du Premier ministre, l’insertion professionnelle et sociale des jeunes, rapport au Premier ministre, Bertrand Schwartz, la documentation française, 1981).
Pour Bertrand Schwartz, « la crise accroît non seulement les inégalités entre jeunes et adultes, mais aussi les inégalités des jeunes entre eux». Ceux qui sont les moins qualifiés sont exclus. Le sentiment de malaise, les tentatives de suicide chez les jeunes augmentent, avec des problèmes relevant de la justice (délinquance). Le rapport Schwartz souligne que « le nombre des emprisonnements a augmenté de 40% en 3 ans » (L’insertion professionnelle et sociale des jeunes, p.26).
La circulaire du 29 janvier 1975 du Premier ministre de l’époque stipule qu’il faut «utiliser cette période de ralentissement de la croissance pour améliorer la formation professionnelle des jeunes demandeurs d’emploi ».
À cette époque, l’insertion des jeunes s’était traduite par des mesures permettant une intégration professionnelle avec la mise en place des stages Granet, puis celle des trois pactes pour l’emploi entre 1977 et 1980.
L’ordonnance n°82-273 du 26 mars 1982 confirma les mesures du rapport Schwartz destinées à assurer aux jeunes de seize à dix-huit ans une qualification professionnelle et à faciliter leur insertion sociale :
« Article premier - La qualification professionnelle et l’insertion sociale des jeunes gens et jeunes filles de seize à dix-huit ans constituent une obligation nationale. L’État, les collectivités locales, les établissements publics, les établissements d’enseignement, les associations, les organisations professionnelles, syndicales et familiales ainsi que les entreprises y concourent par la mise en œuvre des actions ci-après :
1 Des actions d’accueil, d’information et d’orientation ayant pour objet, notamment, d’informer les jeunes sur les possibilités d’entrée en formation et de proposer à leur choix un processus d’insertion sociale et de qualification professionnelle ;
2 Des actions d’orientation approfondie ayant pour objet d’aider ceux des jeunes dont l’orientation présente des difficultés particulières à choisir les voies les plus appropriées pour leur permettre d’acquérir une qualification professionnelle et d’assurer ainsi leur insertion sociale ;
3 Des actions de formation alternée ayant pour objet l’acquisition d’une qualification, la préparation à un emploi et l’insertion sociale.
Article deuxième - Les actions définies à l’article premier s’adressent aux jeunes de seize à dix-huit ans qui, ne se trouvant pas en cours de scolarité, ne sont liés ni par un contrat d’apprentissage ni par un contrat de travail ».
Ces actions de formation devaient apporter des solutions aux jeunes.
A - Les solutions apportées par le rapport Schwartz
L’idée principale du rapport est la suivante : face au chômage structurel, Bertrand Schwartz propose de développer une action structurelle d'insertion professionnelle qui s'inscrit dans une démarche d'insertion sociale. La démarche d’insertion sociale pour ce qui nous concerne est de responsabiliser les jeunes et les considérer comme des citoyens à part entière.
Le rapport Schwartz contribue à la redéfinition globale des politiques sociales en cherchant à leur faire perdre leur caractère trop exclusivement « assistantiel » et en mettant en question les clivages traditionnels entre l'économique et le social. L’insertion professionnelle permet-elle l’insertion sociale des jeunes ? Il faut qualifier socialement et professionnellement les jeunes :
« Si pour certains privilégiés, l’insertion sociale se règlera d’elle-même aussitôt qu’ils auront un emploi, pour d’autres qui sont nombreux, il n’en est rien, et pour certains, même si on leur « trouvait » un emploi, rien ne serait résolu ». Pour ce faire, le rapport Schwartz propose de « garantir une qualification professionnelle et sociale pour tous les jeunes de 16/18 ans et de favoriser l’insertion professionnelle des jeunes de 18/21 ans » (L’insertion professionnelle et sociale des jeunes, p.33).
Bertrand Schwartz écrit qu’en matière d’insertion sociale, il faut « utiliser les capacités créatrices des jeunes et les préparer à une qualification sociale ». Pour ce faire, il est nécessaire « d’associer les jeunes à toutes les décisions qui concernent la société et agir sur la société dans son ensemble». Pour que cela fonctionne, il faut un investissement personnel du jeune, il faut qu’il réalise une action et qu’il se réalise lui-même afin de retrouver l’estime de soi. L’espéranto au Centre de Soins des Glacis y contribue.
« Il convient d’inventer de nouvelles modalités d’insertion dans une société qui n’est pas fixe et immuable, mais au contraire en voie de bouleversement et de restructuration… Il faut que d’une part, les adultes soient à l’écoute du comportement des jeunes, et d’autre part, qu’on donne à ces derniers les instruments individuels et collectifs nécessaires, au premier rang de ceux-ci, l’autonomie, la gestion d’eux-mêmes, de leur travail, de leur vie» (L’Insertion professionnelle et sociale des jeunes, p.30).
Les jeunes sont perçus ici comme acteurs de leur vie.
Cette nouvelle politique d’ouverture vers les jeunes est également une des finalités de l’espéranto aux Glacis.
Les jeunes en situation d’échec ou en difficulté scolaire sont ceux qui ont le plus de mal à acquérir une formation. Ils ont besoin d’aide et surtout de suivre un parcours le plus individualisé possible. Le jeune est perçu de manière globale et non plus uniquement d’un point de vue économique.
Nous nous proposons de reprendre cette idée et de la développer dans la deuxième partie du mémoire, qui constitue le cœur même de notre travail.
Bertrand Schwartz proposait de rechercher des solutions, non pas avec la création de nouvelles institutions, mais à travers une vaste mobilisation institutionnelle et sociale, et surtout une transformation des d'actions publiques.
Dans cette perspective, la mise en place des Missions Locales manifestait l'intention d’organiser une mobilisation au plus près des jeunes. C’était une démarche locale qui devait permettre à la fois d’instaurer un nouveau type de relations entre les jeunes et les institutions, et d’adopter une plus grande cohérence dans la recherche de réponses globales mieux adaptées à leur situation.
Le rapport Schwartz a donné naissance aux permanences d’accueil, d’information et d’orientation (PAIO) et aux missions locales.
Devenues un
véritable choix politique, ces missions locales ont été fondées par l’ordonnance du 26 mars 1982 qui stipule :
« La qualification professionnelle et l'insertion sociale des jeunes gens et jeunes filles de seize à dix-huit ans constituent une obligation nationale. L'État, les collectivités locales, les établissements publics, les établissements d'enseignement, les associations, les organisations professionnelles, syndicales et familiales ainsi que les entreprises y concourent. Les Missions Locales ont pour objet d'aider les jeunes à résoudre l'ensemble des problèmes que pose leur insertion sociale et professionnelle ».
La circulaire du 9 avril 1982 précise le rôle dévolu aux missions locales : « Elles suivent les jeunes pendant leur période de formation ; elles les aident à construire un itinéraire d'insertion sociale et professionnelle et en assurent le suivi. Elles sont un relais entre le jeune et les organismes de formation. Elles se préoccupent de l'ensemble des problèmes d'insertion sociale qui se posent aux jeunes : vie quotidienne, logement, loisirs, santé… Elles recherchent, en relation notamment avec l'ANPE, les organismes de formation et les employeurs, des réponses inédites aux problèmes d'insertion, de formation et d'emploi qui se posent localement aux jeunes ».
« La loi du 19 décembre 1989 intègre les missions locales dans le Code du Travail et institue un Conseil National des Missions Locales auprès du Premier ministre. Aujourd'hui, on dénombre 365 missions locales et 226 permanences d’accueil, d’information et d’orientation (PAIO) réparties sur le territoire français. Juridiquement, elles répondent pour la majeure partie d'entre elles au statut d'association loi 1901. Elles sont cofinancées par l'État et les collectivités territoriales, avec une implantation géographique variable correspondant à une commune (pour les grandes agglomérations), à un ensemble de communes, un district, voire un arrondissement ».
Les missions locales souffrent de certaines difficultés, car l’information est trop générale et certains jeunes ne parviennent pas l’exploiter. Il faut les aider et leur expliquer. Il faut également agir au plus près des jeunes.
Ces structures manquent également de moyens budgétaires et humains dans un contexte de crise économique.
Comme l’insertion doit être globale et non pas uniquement professionnelle, il faut donc également travailler au niveau du logement, de la santé, des loisirs, de la justice, des médias… Il faut aider le jeune à être responsable et citoyen.