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Re: Lettres à Karen, chargée de mission rmi.

Publié : 18 mai 2006 18:43
par Bizarre
Bonsoir,
c'est étrange ce dernier post ne reflète pas l'excellente qualité syntaxique des écrits auxquels tu nous as habitué...Combien de theD êtes-vous? :za!ar:

Re: Lettres à Karen, chargée de mission rmi.

Publié : 20 mai 2006 19:55
par TheD
"Bonsoir,
c'est étrange ce dernier post ne reflète pas l'excellente qualité syntaxique des écrits auxquels tu nous as habitué...Combien de theD êtes-vous?"

Bonsoir,

L'excellente qualité syntaxique est une chose, moi en est une Autre.

Pourquoi mesurer la syntaxe ? A quoi ça mène si ce que vous faites c'est "lire une écriture auquelle je vous ai habitué" ?

Les habitudes...

"Combien de TheD êtes-vous ?"

Je suis plein d'humour, donc très nombreux, forcément... :-)

Ce dernier post reflète un message, surtout et avant tout.

Avec mes respects,
Thierry.

Re: Lettres à Karen, chargée de mission rmi.

Publié : 17 juil. 2006 11:20
par TheD
Lettre du mardi 11 juillet 2006, non expédiée.

Mademoiselle L N,

Pour vous, quelques nouvelles de moi suite à ces mois passés sans nullement que vous ne preniez plus aucun brin pour me lire. Au regret de n'avoir pu au plus juste vous informer, si ce n'est précision de ma conscience propre à ne plus vous déranger, certes, mais quelques lettres ne voudraient pas vous porter à tort ni crainte. En terme évident, j'ai changé.

Plus de recul pour ne faire que vous informer de ma situation la plus présente, et de mon engagement à agir. Comprenez mon approche vers vous, avant mon hospitalisation, comprenez mes lettres et même ma déclaration comme étant le fruit d'une recherche, celle de la liberté. Un mot bien vague, qui ne veut rien dire si ce n'est que cette dite liberté est le vécu d'un tout constitué de sentiments, avant tout. Le sentiment d'être libre... celui d'être vivant et de ne rien devoir à quiconque, surtout pas à ceux qui me refusaient le droit d'être formé dans tel ou tel domaine pour accéder au monde du travail. Accéder au monde en tant qu'être social. Je m'en sors. Je m'y emploie.

Aujourd'hui, pensez à vous comme cela vient ne m'échappe plus, si vous l'entendez, de mes grands rêves. Je suis serein, je suis en corps, je suis en moi. Lorsque je pense à vous, c'est un bien-être, ce n'est plus douloureux puisque, sachant m'en défaire, je m'en suis remis. Non pas d'avoir mal vécu l'impossibilité de mieux nous connaître, mais le fait de n'avoir pu endurer pleinement votre fuite : com-prise en son entièreté. J'ai vécu l'instant en tout conscience, à vrai dire, je m'en rendais compte à chaque souffle. Oui, je m'en rendais compte. Tout comme je fus en tout points acquis de votre gêne réelle lorsque je viens à la circo. Vous me dites bonjour, mais n'osez pas passer à nouveau, comme si je n'étais plus qu'un mal, une pathologie vivante. Alors que j'endure et travaille au mieux la pathologie familiale, pour retrouver la voix - la voie aussi. Je comprends mieux vos peurs quand j'annonce ne pas être «dangereux», en tout cas ne portant pas à n'agir uniquement dans l'urgence à mon encontre, si ce n'est qu'il faille attendre - malheureusement - l'urgence pour agir. Une urgence dit comme telle qui rassure. Je ne porte plus en tout cas les fautes de ce pourquoi mon intégration sociale échoua. Je sais seulement avoir travaillé pour progresser. De toute façon, vous en savez autant, si ce n'est davantage que moi en la matière. Un peu comme les personnes homosexuelles qui doivent être «plus blanches que blanc» pour prouver leur pleine existence, il en va ainsi pour les personnes atteintes de «troubles psychiques», terme remplaçant à des fins non stigmatisantes celui de «maladie mentale». Mais on me le rappelle quand même de temps en temps, comme la fois où je me suis rendu pour signer le dernier contrat d'insertion. Cependant, permettez-moi de vous partager le fait que ce soit moins simple que cela. On ne nait pas «malade mental». Le fait d'entrer dans la négation, c'est un conditionnement long et martelant jusqu'à l'état chronique et durable. Et vous transmettre au plus proche mes pensées serait prendre plus de temps à vous écrire. Sachez enfin que je suis conscient de coûter très cher, en ce moment. Quelque part, je ne le vole pas. On me le doit bien, ne croyez-vous pas ? Et puis, j'ai envie de m'en sortir. Quand je prends connaissance des réflexions de gens qui n'ont pas connu cette «misère» de l'existence à être refoulé de partout, dans sa recherche de formation et d'emploi, avant le RMI (étape déstructurante importante), cela m'effraie. Comme si vivre ainsi serait un confort, comme si ne pas travailler c'est profiter, comme si ne rien faire est reposant. L'inactivité, c'est au contraire fort épuisant pour le psychisme et le corps. Et puis, vivre cette vie depuis des années sans même ne pouvoir être assez «homme» aux yeux d'une personne avec qui partager tout ce quoi un être humain aspire, je vous le dis, ça n'a rien d'enviable. C'est la merde, c'est être réduit à un état qui se veut être simplifié à l'extrême par ces puristes qui pensent : les inutiles, les incapables, les étrons : au four ! Vous voyez, tout ceci faisait parti de ma souffrance. Je devenais cet état, celui d'être un état paumé dans un Etat perdu. Et puis, j'ai peut-être quelques ressources, mais ne vous y leurrez pas, je suis faible. Cependant, j'apprends à en être fort de mes faiblesses. J'ose vous écouter et même vous entendre lorsque vous me partager sans même me connaître cette sûreté que je sois intelligent. En fait, peut-être êtes-vous la première personne à mon encontre à penser ce que vous dites. J'ose y croire. «Je me lance» à le saisir, en tout cas.

Cette lettre - en dehors du fait que le besoin s'en faisait sentir de vous emmener dans les mots - est peut-être une demande. J'ai perçu la dernière fois votre malaise, enfin votre gêne plutôt, et cela m'a affecté sur le coup. Ensuite, j'ai pu mieux raisonner la nécessité vôtre de ne plus du tout souhaiter m'approcher. Vous remerciant fort bien de ne pas vous planquer derrière vos collègues en ma présence, de ne pas écouter cette bêtise. Sachez quand même que mes troubles ne relèvent pas de la psychopathie, d'une part, et d'autre part que vous pouvez me croiser sans danger et même me serrer la main sans courir. J'espère de tout coeur ne pas vous avoir trop ébranler, trop destabilisé dans votre vie. Il y a des rencontres parfois si puissantes et pleines de douceur qu'elles en deviennent non-souhaitables pour l'autre. Je regrette faire parti de ces rencontres non-souhaitées mais je l'accepte plutôt très bien. J'arrive à nouveau à m'imaginer batifoler. Le principe de plaisir revient. Celui de la réalité, je ne le nie aucunement, au contraire ; sans pouvoir maintenant mieux vous l'expliquer, j'étais «dans la matière», LA réalité plus que vous ne pouvez vous-même y songer autrement que par le fait d'y être fixé, lorsqu'on n'a «plus le choix» (face à une menace procédurière et administrative, par exemple). Cette hospitalisation nécessiteuse n'était que due à ma volonté de vouloir trouver un dialogue. L'hospitalisation est trop radicale mais toutefois, cela me permet d'être face à l'Autre tel qu'il est. Face à qui il est et ce qu'il est. Être matière, être sous-vide.

Je n'étais pas dépersonnalisé, mais en perte de pensée plus que de conscience. Il me faut me personnifier, et c'est mon travail présent. Je suis pleinement en mesure de ressentir ce que l'Autre éprouve. Cependant, il m'a fallu beaucoup de temps pour que l'Autre puisse enfin se mettre à ma place. Pour percevoir que ma lucidité à ressentir le monde est bonne, non erronée. Preuve en est, je vous connais à présent bien mieux et pourtant on ne s'est que peu vu. Le pourquoi du comment, je ne cherche même pas à savoir. Je n'explique rien et cela ne sert même à rien que de vouloir absolument tout raisonner. Je fais beaucoup plus confiance maintenant en ma part inconsciente. Elle me sert énormément. Je suis plus proche de mes rêves. Mon cerveau se restructure naturellement, même si ça prend un peu plus de temps. Heureusement, avant mon H.P., que j'ai lu certaines choses sur la politique de la santé. Heureusement.

Je me suis réellement protégé contre «ce qui doit», sinon mon corps lui même ne serait plus le même ; je veux dire, le prix à payer pour être un Autre que ce quoi l'autre ne m'acceptait pas, était certainement trop cher. Sachant être conscient et surtout sachant subir les effets pervers d'un dispositif absurde, il me fallait être très présent pour choisir le refu, sans toutefois nier ma réalité. Un grand effort, mais qui commence à porter ses fruits. Non seulement je ne prends aucune chimio, mais en plus je me sens allé vers la capacité à reprendre ma vie en mains. C'est moins évident, du côté de ma mère, mais il y a des détails que nous ignorez, et je préfère les taire parce que notre lien à nous n'y tient pas.

Ceci pour, en définitif, conduire ma vie... j'y crois mieux parce que j'ai choisi un parcours de vie qui me correspond. Donc, une volonté à trouver ma formation existentielle et formuler au mieux ma profession. Parce que j'y compte bien à m'établir (non pas dans «la norme», Karen, tel que vous pourriez le penser à mon égard) mais dans vie, dans la durée. La vie individuelle devient elle aussi une existence à développement durable. C'est un message que j'aimerais fort et qui indique aussi autre chose que de porter de l'importance uniquement «aux choses», et non aux êtres, aux Autres - entendez Autres/différences.

Mais si vous saviez comme je souris, si vous m'entendiez vous parler, vous useriez à nouveau avec moi de votre bon humour, de votre sourire, de ce regard qui est le vôtre. J'y pense, on a jamais parlé ensemble, finalement. Voulez-vous bien saluer Mme A, s'il vous plaît ? Je lui suis plein de reconnaissance, en si peu elle m'a apporté beaucoup et je pense régulièrement à cette personne.

M'écri'riez-vous' ?

Toutes mes Amitiés,
Thierry.

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Quelques vers à l'Âme
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Traverser le miroir pour ne plus miroiter
comme le reflet ne sait que raconter l'inverse
des contes pour enfants jusqu'à la cruauté
qui raconte tous les temps écrits à la renverse

Verser dans le buvoir pour ne pas grelotter
de soif et d'un espoir qui creuse aux mains les gerces
de l'eau qui s'évapore comme un noir émané
pour une rencontre prise d'un tremblement d'ivresse

Le bord au bord des lèvres ajoute une bouche bée
comment croire une langue dans la délicatesse
avant de n'être autant au parfum de ce fait
à goûter le bon temps d'une aimée qui m'enlaisse

Au charme de son hiver fondu d'un printemps né
d'une fée aux doigts noués à mon regard qui verse
une pluie de neige épaisse au futur dévalé
comme une grande blanche mue par une douce caresse

*

Un visage esquissé par une belle mine
Va sillonnant tout de mes plus grands élans
Epenchés sur cet être, une personne sublime
Qui se comble à elle-même d'une vie bien pleinement

Un orange partagé par une paille au soleil
Sur des notes au café et tout le monde chantait
Au fond les belles y fondent mais elle se vivant miel
Se prétendant "pure blonde", l'humour l'avait sauvé

Un éclat de fraicheur flashait de son joujou
Me prenant sans compter, me croyant prisonnier
Elle me poussait à tout du bout de son ajout
A me vouloir aux autres comme un bon fagoté

Le fin mot de l'histoire ne connaît pas le mien
Si ce n'est un regard parfois qui ne voit pas
Ce qui se passe en vrai où tout peut mener loin
Lorsque tout est la vie qui n'est pas écrit là.

*

Le soleil piégé dans une toile passagère
des avions qui lissaient des lignes à disparaître
comme des temps composés remontant la rivière
des nuages saumons, épuisés jusqu'à n'être

Une illusion dorée comme un médaillon or
qui reposait sur vous, me contait un sourire
et puis deux encore trois jusqu'à nous sans effort
épelaient la carence d'un passé sans souvenir

Ô muse dévoilée, je respecte votre nu
il entoure le monde comme un grand paradis
l'univers sans vous ne serait pas deux vers l'une
comme les mots ici même n'écriraient pas la vie

Existence à revoir, au revoir jusqu'au jour
plus rien ne peut décevoir une main qui signe
A défaut de germer dans ces lignes à l'Amour
Pour la vie à remplir 'les temps du chant' d'un signe...

*

Un passage loin de vous me rappelle ces voeux
qui furent bien loin de tout, ni les ailes et les cieux
ne pouvaient soulever ces dentelles aux aveux
qui recouvraient mes trous comme les ficelles d'un jeu

Les motifs aux abîmes n'habillaient plus les mots
vous comme une brume d'un couché au solo
Aux habits la couleur vous va comme un Rimbaud
qui partait en Afrique dériver sans ses mots

Un commun bien étreint mène la vie comme un mieux
sachez que la conscience propre à moi ignore ceux
qui parlent de mes maux comme d'un fardeau ou creux
à ne jamais toucher, à s'échapper d'un feu

Alors tout est fini ? Même votre humour au trot ?
Lire vous va comme un gant qui ne prend pas mon eau
m'écrire écoulera ce qui n'était plus beau
pour retrouver chacun un silence bien au chaud...

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**

On me parle de cette femme, vous, une rencontre commune
dans la vie si banale ; à mot dire, je n'en crois pas une...
seulement mes pas s'empressent comme des passants pressés
ceux-là même qui ne voient jamais que des corps nés

Dans un être ce décors sans voix va discordant
portant de toute errance, les membranes sonnantes
aux cornets de plaisance à ne savoir qu'en dire
vous, seulement mes passages ne cessent de l'écrire

Cette vie n'en est pas une si toutes les autres en sont
mais vous le savez bien belle d'une saine attention
que de m'y mettre à fond, à nu, sans horizon
hors lui de tracer dru pour brûler comme un rond

Joyeux dans un grand Ciel, heureux sans un grenier
il faut mettre l'habit pour ne pas faire le moine
après ces six années à chercher la pleine poigne
mais en toute vérité, vous pouvez m'appeler

Juste pour cesser cette fuite sans autant nous parler
Parce que cela me mine et ne rime plus à rien
j'ai lu tout ces regards secret(ariat) en guet
et ce n'est pas ces yeux là que je suis, c'est certain.