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Re: la domination masculine

Publié : 16 mai 2011 12:24
par CHIB
De la domination masculine
Résumé du livre
Pierre Bourdieu s'interroge sur la permanence de la domination masculine. Pour la mettre en évidence, il s'appuie sur une étude ethnographique qu'il a menée auprès des Berbères de Kabylie, une société entièrement construite autour de l'homme, archétype d'une culture méditerranéenne. La pensée relative à la différence des sexes y est profondément enracinée, permettant ainsi de dégager les structures Symboliques qui perpétuent la domination de l'homme sur la femme.
Son œuvre sociologique est dominée par une analyse des mécanismes de reproduction des hiérarchies sociales. Bourdieu insiste sur l’importance des facteurs culturels et symboliques dans cette reproduction et critique le primat donné aux facteurs économiques dans les conceptions marxistes. Il entend souligner que la capacité des agents en position de domination à imposer leurs productions culturelles et symboliques joue un rôle essentiel dans la reproduction des rapports sociaux de domination. Ce que Pierre Bourdieu nomme la violence symbolique, qu’il définit comme la capacité à faire méconnaître l’arbitraire de ces productions symboliques, et donc à les faire admettre comme légitimes, est d’une importance majeure dans son analyse sociologique.
Le monde social, dans les sociétés modernes, apparaît à Pierre Bourdieu comme divisé en ce qu’il nomme des champs. Il lui semble, en effet, que la différenciation des activités sociales a conduit à la constitution de sous-espaces sociaux, comme le champ artistique ou le champ politique, spécialisés dans l’accomplissement d’une activité sociale donnée. Ces champs sont dotés d’une autonomie relative envers la société prise dans son ensemble. Ils sont hiérarchisés et leur dynamique provient des luttes de compétition que se livrent les agents sociaux pour y occuper les positions dominantes. Ainsi, comme les analyses marxistes, Pierre Bourdieu insiste sur l’importance de la lutte et du conflit dans le fonctionnement d’une société. Mais pour lui, ces conflits s’opèrent avant tout dans les différents champs sociaux. Ils trouvent leur origine dans leurs hiérarchies respectives, et sont fondés sur l’opposition entre agents dominants et agents dominés. Pour Bourdieu, les conflits ne se réduisent donc pas aux conflits entre classes sociales sur lesquels se centre l’analyse marxiste.
Pierre Bourdieu a également développé une théorie de l'action, autour du concept d’habitus, ( Habitus, en sociologie, un ensemble de dispositions durables et transposables.) qui a exercé une grande influence dans les sciences sociales. Cette théorie cherche à montrer que les agents sociaux développent des stratégies, fondées sur un petit nombre de dispositions acquises par socialisation qui, bien qu'inconscientes, sont adaptées aux nécessités du monde social.
L’œuvre de Bourdieu est ainsi ordonnée autour de quelques concepts recteurs : habitus comme principe d’action des agents, champ comme espace de compétition sociale fondamental et violence symbolique comme mécanisme premier d’imposition des rapports de domination.

Re: la domination masculine

Publié : 16 mai 2011 12:25
par CHIB

En effet, Bourdieu préfère appuyer la majeure partie de son discours sur les exemples donnés par la société kabyle des années 1960 qu’il connait bien, ayant été envoyé en Algérie pendant la guerre, à partir de quoi il a Réalisé plusieurs ouvrages sur le pays (bibliographie de Bourdieu); il n’hésite pas à utiliser des exemples tirés de nos Sociétés comme pour mieux nous prouver la persistance de la domination masculine. Certes, il contredit ainsi son objectif affiché d’éviter l’occultation involontaire de certains faits due à une trop grande familiarité avec l’objet étudié, objectif qui lui a Fait choisir une société plus « exotique », mais cela nous montre bien à quel point les racines de cette domination sont Profondes pour que des décennies de féminisme n’aient pas réussi à en affranchir l’Occident.
Enfin, sa dernière raison pour avoir choisi comme objet d’étude la société kabyle de préférence à la société française est le fait que, contrairement à la société de la Grèce antique souvent prise comme modèle de comparaison, la société kabyle existe toujours. Sa position géographique fait Qu’elle a été relativement épargnée par l’occidentalisation des pays issus de la décolonisation tout en étant suffisamment atteinte pour qu’elle puisse servir de référence même lointaine à nos sociétés et à la plupart des autres sociétés Méditerranéennes en général.
P. Bourdieu utilise ici pour évoquer la domination masculine des notions qu’il a déjà définies dans des ouvrages précédents :
L’habitus, les champs et l’économie des biens symboliques et, plus largement, tout ce qui concerne le symbolique (capital, entendu également pour des domaines autres que l’économie; violence symbolique…). Pour lui, l’habitus est la façon dont «l’extériorité s’intériorise », autrement dit comment les structures sociales s’inscrivent dans les corps et les esprits des agents.
Au contraire les champs représentent une « extériorisation de l’intériorité » et deviennent ainsi des espaces relativement autonomes, organisés autour de relations, de ressources et d’enjeux qui leur sont propres (on a ainsi un « champ politique », un « champ culturel »…). Ce sont également des espaces de concurrence et de lutte pour l’appropriation des ressources spécifiques et des diverses formes de capital. Pour illustrer ces notions, Bourdieu n’hésite pas à employer un grand nombre d’exemples concrets.
Pour expliquer la domination, Bourdieu procède en trois étapes majeures qui correspondent au découpage des chapitres de son livre. Tout d’abord il analyse les manifestations, plus ou moins visibles, de la domination masculine (Une image grossie p.17-78), avant d’exposer les visions des deux sexes que cela engendre, en faisant référence notamment à Virginia Woolf (L’anamnèse des constantes cachées p.79-112), et de montrer par quels mécanismes se reproduit cette domination et son évolution (Permanences et changements p.113-152). Pour finir, il évoque plus particulièrement en annexe l’impact de cette domination sur les couples homosexuels, sujets de comparaison, récurrents dans cet ouvrage (Quelques questions sur le mouvement gay et lesbien p.161-168).
-« On se détachera ici de la division formelle des chapitres que fait Bourdieu pour dégager les idées principales qui sous-tendent ce livre. D’abord, la façon dont les corps sont construits socialement, en insistant plus particulièrement sur les conséquences pour la gent masculine, avant d’aborder l’économie des biens symboliques, fondamentale puisqu’elle décide de la place de la femme dans le champ symbolique. Ensuite on analysera la façon dont la structure ainsi décrite se reproduit et son évolution dans le temps. Pour finir on fera un retour sur la définition de l’amour comme une trêve dans la domination masculine ainsi que sur l’homosexualité.