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Re:

Publié : 13 oct. 2014 08:35
par Darwin
Pour Bulbik : personnellement, je m'en fiche totalement que le DRH connaisse ou pas les usagers, c'est franchement pas le sujet. Le Président d'un Conseil Général (ou son DRH), un maire, un proviseur de Lycée, etc connait-il tous ses administrés ou tous ses élèves ?!? Vous avez une vision très "rurale" de notre société (et j'adore et vis à la campagne !).

Et merci à Carole pour sa contribution : le chômage des éducs, jusque là, c'était à cause de moyens en baisse (bien qu'ils augmentent, je le répète). Et, maintenant, c'est peut-être de la cause du coût exhorbitant des bureaux des directions ...

Les mots me manquent ...

Re:

Publié : 13 oct. 2014 15:19
par Carole
Darwin,

Vous répétez que les moyens augmentent, mais je n'ai pas pu faire ce constat... La solution consiste alors à avoir des chiffres précis sur la distribution des budgets ( quels établissements, structures, ... etc) mais également de savoir comment est utilisé cet argent... D'après ce que j'ai vu, connu, lu ou entendu; il m'est réellement difficile de penser que le budget pour les associations ou les structures du social augmentent...
Le dernier service dans lequel j'ai travaillé à fermer. Avant cela, j'étais contractuel dans la fonction publique..: le service éclatait, les professionnels étaient sous pression, trop de suivis et de responsabilités à gérer, pas assez de personnel.. (ils comblaient par l'emploi de qq contractuels par ci par là). Avant encore, je travaillais dans sur un dispositif dont l'existence était remis en cause chaque année...
ALors peut être qu'il ne s'agit que d'une réalité locale, mais j'en doute..

Pour moi, les budgets baissent en ce qui concernent les moyens pour les publics reçus dans les structures et en ce qui concernent, entre autres choses, l'emploi des éducs (cf. nombre d'offre et nombre de postulants...).

L'autre point est qu'il y a également à l'oeuvre dans le social une logique entrepreunariale, ainsi que des phénomènes de monopoles et de mises en concurrence entre institutions. tout cela a de multiples conséquences. Une des conséquence peut effectivement être que les budgets servent davantage à nourrir les directions (lorsqu'il s'agit d'une grosse structure, par exemple) que l'action.(l'exemple des nouveaux bureaux de la direction, ce n'est pas une invention de ma part ...).

Après j'ai bien conscience qu'à un moment, il faut appuyer ses dires sur des enquêtes ou des éléments officiels. je ne suis absolument d'accord.. Vous parlez d'une référence celle de l"ONDAM qui en 2015 va progresser de 2%". Mes courtes recherches la dessus m'amènent sur des textes qui expliquent que l'objectif national d'assurance maladie (l'ONDAM) s'inscrit dans un plan d'économie des dépenses... ALors, si vous en avez, donnez moi des références précises ou je peux comparer les différents bugdets alloués aux association, aux structures du sociales dans les dernières années..

Vous êtes un peu rapide quant aux éléments que je mets en lien. .. Pour moi, il y a un manque de moyens et de postes d'éducs dans le social et dans certaines régions plus que d'autres. Cette évidence, je dois, il est vrai l'appuyer sur des enquêtes ou analyses.. que je n'ai pas encore trouvées.
Il y a également des évolutions dans la gestion des structures sociales qui répondent de plus en plus à ces logiques que j'appelle "entrepreneuriales" avec pour possibles conséquences: perte de proximité (pour moi,c'est un élément important qui guide les propositions d'actions et leur pertinence), dérives technocratiques (direction éloignée qui coûte cher, pratique managériale en vue de remporter les appels d'offres, en vue de se faire une image, oubli du bien-être des salariés et du public, recherche du chiffre et non de la qualité..).
-le manque de poste et l'évolution dans la gestion des structures a un impact direct sur les publics reçus.
-Le manque de budget pour les associations ou pour le social est directement lié aux politiques socio-économiques. La marchandisation, la rationalisation de l'activité (qui sert souvent de prétexte pour justifier des économies), ... toutes ces politiques et ces tendances ont des impact sur la nature même de travail social, sur l'investissement public et privé dans ce domaine et dans ce qui n'est pas directement rentable, sur les emplois dans ce domaines et sur la prise en charge du public...

Re:

Publié : 13 oct. 2014 16:52
par Darwin
"qu'il y a également à l'oeuvre dans le social une logique entrepreunariale, ainsi que des phénomènes de monopoles et de mises en concurrence entre institutions".

Carole,

Vous arrivez, dans la même phrase (?!), à mettre en exergue à la fois les "phénomènes de monopoles" et "de mises en concurrence". Vous m'excuserez, mais la première de ces logiques n'est pas compatible, par essence, avec la deuxième. Alors ? Que dénoncez-vous ? les monopoles ou la concurrence ?!?

Ce qui explique en grande partie le problème du chômage des éducs, ce sont les évolutions dans les formations et l'organisation du travail social, auxquelles ne se sont absolument pas adaptées les écoles dites de formation en travail social, et les ES eux-mêmes (cf. les nombreux commentaires où les ES se plaignent des ME et des AMP qui leur piquent leur job ... lamentable). Il y a 30 ans, on ne formait "que" des ES qui pourvoyaient tous les postes (je schématise bien sur). Aujourd'hui, il y a aussi des ME, des TISF, des AMP, ... et j'en passe.

En résumé, le nombre de personnes qualifiées a lui très fortement augmenté, alors que les créations de postes continuaient à croître, mais de manière moins rapide (or, une croissance moins forte, ne veut pas dire "une baisse de moyens" !!!).

Donc, rien à voir avec une supposée baisse de moyens, et encore moins au coût des bureaux de Direction (ce n'est pas parce que vous y avez été confronté qu'il faut en tirer des généralités .. sinon, c'est la théorie du "tous pourris", mais je suis sur que vous ne tombez pas dans ce genre de facilité).

Re:

Publié : 13 oct. 2014 21:01
par Luna
Il serait peut-être intéressant, du haut de ma grande naïveté, que les éducs au chômage viennent déjà combler les postes restés vacants, au lieu d'attendre que d'autres postes s'ouvrent ailleurs.

Re:

Publié : 13 oct. 2014 21:03
par Carole
Mettre en concurrence grosses structures et petites associations fait que, bien souvent, ce sont les grosses structures qui l'emportent et qui petit à petit se trouvent en situation de monopole. (les crédits leurs seront plus facilement alloués; les petites structurent disparaissent où se font avaler).

les formations et les métiers du social sont de plus en plus nombreux: ME, AMP, TISF, CESF, ASS, ES, EJE, Animateur socio culturel, conseiller d'insertion, animateur social, médiateur familial.. il y a aussi maintenant des licences professionnelle d'intervention sociale.. Effectivement, on est de plus en plus nombreux sur le coup. Effectivement comme vous le dites, des ME ou des AMP sont parfois embauchés alors qu'auparavant le poste était celui d'un-e éduc..
Pourquoi? Parce que les employeurs n'étaient pas satisfaits des éducs? Je ne dis pas que les éducs sont parfaits et d'ailleurs on ne peut généraliser, mais la principale raison est: réduire les coûts.. Pourquoi les employeurs veulent faire des économies, car leur budget est trop court pour embaucher des personnes plus qualifiées. Pourquoi leur budget est trop court pour embaucher: moins de budget de l'état et ou de la collectivité territoriale, plus de publics, et éventuellement plus de frais de gestion (c'est là que la taille de la structure intervient)...

Je ne parle pas que de mon expérience. j'aime interroger les collègues et autres personnes du secteur social, médico social, hospitalier, associatif... . la plupart me dit que c'est de plus en plus compliqué.. Le secteur social ce n'est pas que les personnes âgées ou handicapées, c'est un tissu de structures, d'associations avec des missions fort différentes (prévention, formation, jeunesse, réussite éducative, grande précarité, toxicomanie,....). Par exemple,selon le Collectif des associations citoyennes,d'ici 2017, Un emploi sur six serait menacé au sein des associations... En cherchant un peu, on lit pas mal de témoignages sur la situation actuelle: manque d'effectifs, pas de remplacements des départs en retraite, plus de moyens pour les publics (par exemple, place en CHRS, place d'hébergement d'urgence...), pas de pérennisations des CDD... . (par contre, effectivement, je n'ai pas de chiffres précis.. j 'en recherche)

Je ne pense pas inventer.

Alors, oui un individu formé n'est pas toujours compétent. Mais cela est valable pour tous corps de métiers.. Oui on peut s'améliorer, la formation peut s'améliorer; mais je ne pense vraiment pas que le problème se situe ici. Souvent l'évolution des formations sociales est justement de s'inspirer du modèle technico-gestionnaire. Ainsi les personnes formées (pour peu qu'elles trouvent un emploi)pourront s'adapter plus facilement aux nouvelles formes de gestions des structures sociales, où ce qui n'est pas quantifiable et mesurable, sera mis de côté.

L'exemple du bureau est une illustration des dérives technocratiques.. Un exemple n'a pas de valeur universel, il fait part.

Re:

Publié : 13 oct. 2014 22:20
par Charlen
Carole,

J'ai également pu voir ce que tu décris. J'ai travaillé dans de nombreux établissements privés et publics, ainsi qu'au CG (hé oui! c'est au moins l'intérêt que je trouve à la précarité: acquérir une vision plus globale des choses) et le manque de moyens est une réalité très concrète.

Par exemple, quand vous proposez un projet d'activité avec des résidents ou quand vous demandez de simples fournitures de bureau, un peu de mobilier pour améliorer la vie à l'internat ou que sais-je encore... Et que l'on vous refuse parce que le budget est insuffisant.
Ou alors quand vous faites des heures sup à gaver pour remplacer un collègue malade, que personne ne peut vous payer et que vous essaierez de récupérer tant bien que mal...

Quand vous faites un remplacement et que vous constatez que la somme de travail est trop importante parce que vos collègues comme vous-mêmes croulez sous le boulot au point d'emmener les rapports à faire chez soi et qu'il manque au moins deux temps complets dans l'équipe, que vous savez que dans deux mois vous allez, avec un peu de chance, trouver un poste à la supérette du coin, c'est juste révoltant.

Alors de lire le commentaire de Luna qui ne sait visiblement pas ce qu'est le chômage et qui s'imagine sans doute que c'est un choix, je m'inquiète de l'aveuglement de certains!

Personnellement j'ai la chance de ne pas avoir beaucoup connu le chômage, mais j'ai parfois travaillé de nuit en usine entre deux contrats en tant qu'ES, j'aurais bien évidemment préféré exercer mon métier de manière stable et pouvoir en vivre.

Le chômage des ES n'est pas uniquement lié au manque de moyens, bien entendu. Mais ces deux réalités existent bel et bien. Le social se porte mal depuis plusieurs années, c'est indéniable.
Maintenant on peut toujours se demander...
Comment inverser la tendance?

Re:

Publié : 14 oct. 2014 08:43
par Darwin
"Le secteur social ce n'est pas que les personnes âgées ou handicapées" : certes, mais il en font partie aussi me semble-t-il. A contrario, j'ai envie de vous dire que le secteur social (et donc médico-social), ce ne sont pas que les CHRS et la prévention de la délinquance ! Les personnes en situation de handicap et/ou âgées font aussi partie des personnes vulnérables de notre société qu'il convient à ce titre de "protéger", d'aider. Votre analyse concernant la question du post (le chômage des éduc), ne peut s'appuyer en "oubliant" un des pans entiers de ces politiques publiques !

Mais ce qui me gêne le plus dans vos réflexions, c'est en toile de fond une forme de négativisme, de "c'était mieux avant" (on croirait lire un Zemmour "socialisé") ... personnellement, quand d'anciens éducs me parlent de leur travail il y a 20/30 ans, je n'ai franchement pas le sentiment qu'ils avaient plus de moyens !!! En revanche, il faisait beaucoup avec peu, étaient créatifs et n'avaient pas le regard fixé sur leur compteur d'heures (la question des récup ou du paiement des heures supp. ne se posait pas!!!).

Concernant votre remarque sur les AMP (on les embauche parce qu'ils coûtent moins cher), on le lit souvent. C'est extrêmement réducteur encore une fois. Que certaines directions pensent ne pas avoir le choix et veulent faire des économies en recrutant des personnels moins qualifiés, sans doute. Mais arrivez-vous seulement à envisager que certaines directions ne pensent pas qu'à la taille de leur bureau ou à faire des économies mais à améliorer la qualité de l'accompagnement en recrutant des personnels formés aux tâches qu'on va leur confier et qui ne feront pas la tête parce qu'on leur demande simplement de répondre à des besoins primaires (toilettes, aide au repas, ...) des personnes accueillies, pendant que d'autres professionnels (ES entre autres) pourront se consacrer beaucoup plus utilement aux missions pour lesquelles ils sont, cette fois, formés et compétents ? Visiblement, vous ne pensez pas qu'une direction soit capable d'amorcer un minimum de politique RH au service de nos missions sociales ou médico-sociales. Là encore, vous avez une vision bien négative des choses ... C'était sans doute beaucoup mieux quand les directeurs étaient tous des ES, pas ou peu formés à la gestion ...

Bref, je crois que nos points de vue sont irréconciliables, je ne vais donc pas tenter de vous convaincre davantage.

On s'accordera sur un point : le chômage est toujours un passage douloureux, pour les ES, comme pour les autres, et, à ce titre, il mérite qu'on "lutte" contre. A chacun ses analyses ...

Re: educateur au chômage depuis 10 ans

Publié : 15 oct. 2014 06:42
par Charlen
Je voudrais juste reprendre l'objet de ce post, notamment le fait que les chefs d'établissements embauchent des AMP "à la place" des éducateurs.
Parmi toutes mes expériences professionnelles (je pourrais imprimer mon CV sur un rouleau de PQ, sans rire, mais là où ça me fait moins rire c'est que je me demande si mon CV ne trouverait pas là sa meilleure utilisation. BREF) oui donc j'ai aussi été "assistante de vie."

Je me suis présentée en entretien plusieurs fois récemment sur des postes auprès de personnes handicapées avec justement le gros avantage de ne pas du tout rechigner à la tâche. En tant qu'ES j'estime que mon travail est auprès des résidents et non enfermée dans un bureau à fabriquer les emplois du temps des collègues! Et bien non... Il paraît que l'éducateur est la tête pensante de l'équipe maintenant... Il est une tête et n'a plus de bras. Fini le contact.

Personnellement je n'ai pas été formée au management. Et on veut m'embaucher en tant que "coordinateur"... Bah forcément je ne suis jamais sur ces postes puisque je n'ai pas cette expérience (et en même temps j'avoue que cela ne m'intéresse pas, ça ne fait pas partie de mon identité professionnelle). Mais au fait, pourquoi il y a des coordinateur d'équipe aujourd'hui? parce que les chefs de services étaient dépassés par les évènements et contraints de délégués, parce que les directeurs eux-mêmes se trouvaient pris dans d'autres fonctions...

Tout ça pour dire que c'est soûlant d'entendre que la condition des éducateurs c'est leur choix et leur responsabilité. J'estime que ma responsabilité est de dénoncer les conditions dans lesquelles nous travaillons et l'insuffisance des moyens qui ne nous permet pas d'exercer notre métier.

Et partout où je passe je trouve d'autres travailleurs sociaux et chefs de services en colère. Tout le monde subit la pression: faites plus avec des moyens constants. Inversons la pression.

Re: educateur au chômage depuis 10 ans

Publié : 17 oct. 2014 10:56
par ES

Re:

Publié : 17 oct. 2014 21:58
par Carole
Je finirais là, car je n'aime pas trop les débats ping pong sur les forums

Darwin, vous êtes peut être chef de service ou coordinateur. Vous cherchez la qualité et c'est tout à votre honneur. Dans mon parcours, j'ai rencontré une fois cette situation où il y avait une réelle volonté d'offrir un service et un accompagnement de qualité aux personnes. Le chef de service avait une réelle fonction de coordination et beaucoup de respect pour l'ensemble des salariés de l'équipe. Une psychologue assistait à chaque réunion hebdomadaire pour approfondir les situations ..

J'étais à cette époque il est vrai beaucoup plus optimiste.. Le temps faisant, les expériences qui s'ajoutent, les rencontres, les témoignages font que je le suis beaucoup moins. Ceci ne veut pas dire que je condamne à présent toute direction ou toute hiérarchie.(même s'il est vrai que mon idéal vise plus d'horizontalité). Non, j'ai envie de parler de la nature des évolutions que je constate ou qu'il me semble percevoir...

Il ne s'agit pas de dire "c'était mieux avant". Une critique ou un constat à un instant T ne signifie pas d'arrêter le temps, de revenir "exactement à T -1".. le temps ne peut être rebroussé (ou du moins jusqu'ici). Il s'agit de regarder le chemin parcouru et de se poser des questions sur la direction prise.
Il me semble simplement que d'autres directions, d'autres volontés devraient être à l'oeuvre : chercher la qualité des services ou des actions en faveur des publics, vouloir une organisation qui permette le respect et la reconnaissance de chaque salarié, vouloir le mieux-être de tout à chacun (public reçu, salarié,...), avoir une vision globale du travail social (quelles société voulons-nous, quel travail social et pourquoi?), etc..

Zemmour? Humm humm. si j'avais su qu'un jour on me comparerait à ce monsieur.. Comme quoi, il faut que j'aille me reposer...