Re: signalement pour personne vulnérable
Publié : 07 sept. 2011 18:27
Bonsoir,
Mes problèmes de connexion internet sont résolus. Voici mon message.
Je me suis occupée de plusieurs patients présentant un profil similaire à celui de votre mère. Ils vivaient dans l'incurie (parfois) totale. J'ai souvent été confrontée au désarroi de l'entourage. Aussi je devine vos inquiétudes. Néanmoins il est difficile, pour les professionnels comme pour vous, d'intervenir auprès de votre mère si elle s'y oppose.
Voici quelques éléments de réflexion et des pistes de solutions susceptibles de vous aider dans vos démarches...
Le dossier à la banque de France :
J'imagine que vous avez constitué un dossier d'endettement- surendettement, avec l'aide de l'assistante sociale du Conseil Général.
Le Procureur de la République, le Juge des Tutelles :
Je crains que vous n'ayiez fait des raccourcis trompeurs dans votre écrit.
• Toute personne qui n'a pas de lien professionnel, avec la personne vulnérable (= à protéger), doit solliciter directement le juge des tutelles.
• Les professionnels sont obligés de rédiger un signalement au Procureur de la République qui transmettra le dossier au Juge des Tutelles, si nécessaire.
o Lorsqu'un procureur mandate un médecin spécialiste pour réaliser une expertise médicale, c'est qu'il estime, que cela est justifié.
o Le Procureur transmet le dossier (administratif + expertise) au Juge des Tutelles. Suite à cela, le Juge des Tutelles auditionne la personne vulnérable. Pour finir, il prend une décision.
• Dans le cas de votre mère, le juge a estimé qu'elle n'avait pas besoin d'être placée sous protection judiciaire.
Voici quelques raisons potentielles :
o Le rapport du médecin expert.
"protection provisoire" le juge peut alors penser que la personne pourra récupérer son autonomie dans les prochains mois. Or, quand on sait les lourdeurs de mise en place d’une mesure de protection, cela n’en vaut pas la peine si "la personne est vulnérable aujourd’hui et elle ne le sera plus demain".
Les médecins experts croient souvent qu'ils doivent recommander une tutelle, une curatelle, sauvegarde de justice. C'est faux! Ils doivent apporter suffisamment d'éléments médicaux et conclure en écrivant des phrases telles que "Au vu du tableau clinique passé et actuel et des risques liés à x maladie ... Me X est dans l’incapacité permanente d'assurer la gestion de ses affaires et de défendre ses intérêts courants, c'est pourquoi une mesure de protection judiciaire au long cours apparaît pleinement justifiée.".
Le syndrome de Diogène est souvent parallèle à des pathologies neurologiques ou psychologiques. Exemple : une personne âgée atteinte d’une démence, peut présenter un syndrome de diogène. Une personne dépendante de substances interdites peut être atteinte d’une maladie de Korsakoff et présenter un syndrome de Diogène.
• Votre mère a pu réussir à minimiser, ou à camoufler certaines de ses difficultés, lors de l’audition.
• Une protection judiciaire pourrait "aggraver" l'état psychique et physique de votre mère.
Je me souviens d'un juge qui avait refusé de prononcer une mesure de protection judiciaire car cela risquait d'aggraver fortement les problèmes psychiques de la personne vulnérable...
• un conflit familial : conflit entre la personne vulnérable et ses proches, rivalités entre les proches etc.
• Dans le cas de votre mère, un mandataire judiciaire pourrait tout au plus gérer ses comptes bancaires, s’assurer de l’ouverture et du maintien de ses droits sociaux. Il n’aurait en aucun cas le pouvoir de lui imposer de se soigner, de recevoir de la visite, de se tenir propre, de déménager etc.
Je me souviens d’un patient sous curatelle. Sa curatrice s’évertuait à lui proposer le portage des repas, des aides à domicile. En vain. Ce patient est sorti de l’hôpital avec des difficultés pour marcher. Il est rentré dans son appartement qui était très encombré et sale. Puis, il a repris son train-train quotidien : déjeuner tous les midis au fast-food du coin + alcool.
Préconisation hospitalisation en psychiatrie:
Même lorsque qu'un médecin préconise une hospitalisation, il ne peut pas l'imposer à un patient qui s'y oppose. Sauf si, ce patient relève des critères d'une Hospitalisation à la Demande d'un Tiers (HDT) ou d'une Hospitalisation d'Office (HO).
Logement insalubre
Si je me fie votre description de l'état du logement de votre mère, celui-ci n'est pas insalubre. Il est très sale, très encombré, voire incurique. Mais, il n'est pas insalubre selon la définition utilisée par les services d'hygiène de mairie ou par la préfecture.
Le chat
Votre mère n’a, de son point de vue, aucune autre solution que de pouvoir se replier sur elle-même. Elle est dépassée, envahie à tous points de vue. Elle ressent probablement de la peur, de la honte ou de la culpabilité envers vous. Cela, même si vous lui exprimez le contraire.
Elle nourrit son chat mais elle n’a plus ni la force ni la volonté de nettoyer ses excréments. A ses yeux c’est le seul être vivant qui continue de lui apporter son affection sans la juger.
Peut-être a-t-elle une amie, une voisine, une gardienne, un vétérinaire etc. avec qui elle partagerait son intérêt pour les animaux ? Pourquoi ne pas chercher à tisser un lien de confiance par ce biais ?
Une proposition de séjour dans une structure où les animaux sont bienvenus faciliterait une éventuelle acceptation de sa part.
Si votre mère ne s'occupe pas correctement de son chat, vous pouvez en informer la SPA qui évaluera la nécessité d'une intervention, voire d'un retrait (provisoire ou définitif) de l'animal. Un tel évènement devra alors être préparé. Car, elle risque de très mal le vivre et de basculer dans un état nécessitant une hospitalisation....
Les démarches que vous pouvez faire :
Compte- tenu de la situation que vous décrivez, vous avez eu le bon réflexe en sollicitant l'Assistante de Service Sociale du Conseil Général.
Voici d’autres interlocuteurs auxquels on ne pense pas toujours :
• La Coordination gérontologique, le Centre Local d'Information et de Coordination gérontologique (CLIC) et ou les réseaux (gériatriques, gérontologiques) de secteur.
Ce sont les meilleurs interlocuteurs concernant tout ce qui touche à la personne âgée de plus de 60 ans. Il y en a partout en France.
Prenez contact avec la Coordination gérontologique (le CLIC, les réseaux) qui dessert la commune de votre mère, pour une intervention rapide et concrète.
Sollicitez la Coordination gérontologique (le CLIC, les réseaux) de votre commune afin de vous faire aider. Les professionnels qui y travaillent proposent régulièrement des ateliers d’aide aux aidants et ils peuvent se mettre en relation avec des professionnels susceptibles d'intervenir auprès de votre mère.
Où trouver les coordonnées des CLIC ?
Vous trouverez leurs coordonnées en tapant « clic personnes agees » sur Internet(http://clic-info.personnes-agees.gouv.f ... hercher.do).
• Le Centre Médico- Psychologique (CMP) ou le CSAPA (Centre de Soins d’Accompagnement et de Prévention en Addictologie) de secteur;
• Les Assistantes de Service Social de la "Sécurité Sociale". Ces professionnelles sont mandatées pour intervenir auprès de tout assuré social du régime général. Elles tiennent des permanences et elles se déplacent au domicile.
Malgré la débauche d’énergie et de moyens mis en œuvre il vous faudra, peut-être, accepter que vos efforts n’aboutissent pas. Vous devrez alors vivre avec vos angoisses, votre colère ou votre révolte. Vous serez confrontée à des revirements de situation, des espoirs, des déceptions. Vous réagirez comme vous le pourrez. Veuillez à ne pas vous laisser entrainer dans la maladie de votre mère. Vous avez le droit et même le devoir de ne pas culpabiliser et de vous protéger : distance, rupture etc. Cela, même si vous vous inquiétez.
Souvenons- nous que toute personne (hormis les auteurs d’actes répréhensibles), a le droit de vivre sa vie comme elle l’entend.
Bien à vous...
Mes problèmes de connexion internet sont résolus. Voici mon message.
Je me suis occupée de plusieurs patients présentant un profil similaire à celui de votre mère. Ils vivaient dans l'incurie (parfois) totale. J'ai souvent été confrontée au désarroi de l'entourage. Aussi je devine vos inquiétudes. Néanmoins il est difficile, pour les professionnels comme pour vous, d'intervenir auprès de votre mère si elle s'y oppose.
Voici quelques éléments de réflexion et des pistes de solutions susceptibles de vous aider dans vos démarches...
Le dossier à la banque de France :
J'imagine que vous avez constitué un dossier d'endettement- surendettement, avec l'aide de l'assistante sociale du Conseil Général.
Le Procureur de la République, le Juge des Tutelles :
Je crains que vous n'ayiez fait des raccourcis trompeurs dans votre écrit.
• Toute personne qui n'a pas de lien professionnel, avec la personne vulnérable (= à protéger), doit solliciter directement le juge des tutelles.
• Les professionnels sont obligés de rédiger un signalement au Procureur de la République qui transmettra le dossier au Juge des Tutelles, si nécessaire.
o Lorsqu'un procureur mandate un médecin spécialiste pour réaliser une expertise médicale, c'est qu'il estime, que cela est justifié.
o Le Procureur transmet le dossier (administratif + expertise) au Juge des Tutelles. Suite à cela, le Juge des Tutelles auditionne la personne vulnérable. Pour finir, il prend une décision.
• Dans le cas de votre mère, le juge a estimé qu'elle n'avait pas besoin d'être placée sous protection judiciaire.
Voici quelques raisons potentielles :
o Le rapport du médecin expert.
"protection provisoire" le juge peut alors penser que la personne pourra récupérer son autonomie dans les prochains mois. Or, quand on sait les lourdeurs de mise en place d’une mesure de protection, cela n’en vaut pas la peine si "la personne est vulnérable aujourd’hui et elle ne le sera plus demain".
Les médecins experts croient souvent qu'ils doivent recommander une tutelle, une curatelle, sauvegarde de justice. C'est faux! Ils doivent apporter suffisamment d'éléments médicaux et conclure en écrivant des phrases telles que "Au vu du tableau clinique passé et actuel et des risques liés à x maladie ... Me X est dans l’incapacité permanente d'assurer la gestion de ses affaires et de défendre ses intérêts courants, c'est pourquoi une mesure de protection judiciaire au long cours apparaît pleinement justifiée.".
Le syndrome de Diogène est souvent parallèle à des pathologies neurologiques ou psychologiques. Exemple : une personne âgée atteinte d’une démence, peut présenter un syndrome de diogène. Une personne dépendante de substances interdites peut être atteinte d’une maladie de Korsakoff et présenter un syndrome de Diogène.
• Votre mère a pu réussir à minimiser, ou à camoufler certaines de ses difficultés, lors de l’audition.
• Une protection judiciaire pourrait "aggraver" l'état psychique et physique de votre mère.
Je me souviens d'un juge qui avait refusé de prononcer une mesure de protection judiciaire car cela risquait d'aggraver fortement les problèmes psychiques de la personne vulnérable...
• un conflit familial : conflit entre la personne vulnérable et ses proches, rivalités entre les proches etc.
• Dans le cas de votre mère, un mandataire judiciaire pourrait tout au plus gérer ses comptes bancaires, s’assurer de l’ouverture et du maintien de ses droits sociaux. Il n’aurait en aucun cas le pouvoir de lui imposer de se soigner, de recevoir de la visite, de se tenir propre, de déménager etc.
Je me souviens d’un patient sous curatelle. Sa curatrice s’évertuait à lui proposer le portage des repas, des aides à domicile. En vain. Ce patient est sorti de l’hôpital avec des difficultés pour marcher. Il est rentré dans son appartement qui était très encombré et sale. Puis, il a repris son train-train quotidien : déjeuner tous les midis au fast-food du coin + alcool.
Préconisation hospitalisation en psychiatrie:
Même lorsque qu'un médecin préconise une hospitalisation, il ne peut pas l'imposer à un patient qui s'y oppose. Sauf si, ce patient relève des critères d'une Hospitalisation à la Demande d'un Tiers (HDT) ou d'une Hospitalisation d'Office (HO).
Logement insalubre
Si je me fie votre description de l'état du logement de votre mère, celui-ci n'est pas insalubre. Il est très sale, très encombré, voire incurique. Mais, il n'est pas insalubre selon la définition utilisée par les services d'hygiène de mairie ou par la préfecture.
Le chat
Votre mère n’a, de son point de vue, aucune autre solution que de pouvoir se replier sur elle-même. Elle est dépassée, envahie à tous points de vue. Elle ressent probablement de la peur, de la honte ou de la culpabilité envers vous. Cela, même si vous lui exprimez le contraire.
Elle nourrit son chat mais elle n’a plus ni la force ni la volonté de nettoyer ses excréments. A ses yeux c’est le seul être vivant qui continue de lui apporter son affection sans la juger.
Peut-être a-t-elle une amie, une voisine, une gardienne, un vétérinaire etc. avec qui elle partagerait son intérêt pour les animaux ? Pourquoi ne pas chercher à tisser un lien de confiance par ce biais ?
Une proposition de séjour dans une structure où les animaux sont bienvenus faciliterait une éventuelle acceptation de sa part.
Si votre mère ne s'occupe pas correctement de son chat, vous pouvez en informer la SPA qui évaluera la nécessité d'une intervention, voire d'un retrait (provisoire ou définitif) de l'animal. Un tel évènement devra alors être préparé. Car, elle risque de très mal le vivre et de basculer dans un état nécessitant une hospitalisation....
Les démarches que vous pouvez faire :
Compte- tenu de la situation que vous décrivez, vous avez eu le bon réflexe en sollicitant l'Assistante de Service Sociale du Conseil Général.
Voici d’autres interlocuteurs auxquels on ne pense pas toujours :
• La Coordination gérontologique, le Centre Local d'Information et de Coordination gérontologique (CLIC) et ou les réseaux (gériatriques, gérontologiques) de secteur.
Ce sont les meilleurs interlocuteurs concernant tout ce qui touche à la personne âgée de plus de 60 ans. Il y en a partout en France.
Prenez contact avec la Coordination gérontologique (le CLIC, les réseaux) qui dessert la commune de votre mère, pour une intervention rapide et concrète.
Sollicitez la Coordination gérontologique (le CLIC, les réseaux) de votre commune afin de vous faire aider. Les professionnels qui y travaillent proposent régulièrement des ateliers d’aide aux aidants et ils peuvent se mettre en relation avec des professionnels susceptibles d'intervenir auprès de votre mère.
Où trouver les coordonnées des CLIC ?
Vous trouverez leurs coordonnées en tapant « clic personnes agees » sur Internet(http://clic-info.personnes-agees.gouv.f ... hercher.do).
• Le Centre Médico- Psychologique (CMP) ou le CSAPA (Centre de Soins d’Accompagnement et de Prévention en Addictologie) de secteur;
• Les Assistantes de Service Social de la "Sécurité Sociale". Ces professionnelles sont mandatées pour intervenir auprès de tout assuré social du régime général. Elles tiennent des permanences et elles se déplacent au domicile.
Malgré la débauche d’énergie et de moyens mis en œuvre il vous faudra, peut-être, accepter que vos efforts n’aboutissent pas. Vous devrez alors vivre avec vos angoisses, votre colère ou votre révolte. Vous serez confrontée à des revirements de situation, des espoirs, des déceptions. Vous réagirez comme vous le pourrez. Veuillez à ne pas vous laisser entrainer dans la maladie de votre mère. Vous avez le droit et même le devoir de ne pas culpabiliser et de vous protéger : distance, rupture etc. Cela, même si vous vous inquiétez.
Souvenons- nous que toute personne (hormis les auteurs d’actes répréhensibles), a le droit de vivre sa vie comme elle l’entend.
Bien à vous...