Bonsoir à tous,
Depuis quelques temps déjà, je suis ce fil de discussion et je pense qu'au delà du problème de fond soulevé ici et largement débattu, un autre point essentiel surgit au fil des discussions : le danger réside dans la stigmatisation. Stigmatisation des parents, des enfants, des professionnels, des institutions, de la justice etc... Et à mon sens c'est aussi un des problèmes majeur de notre société actuelle.
Des professionnels incompétents, dangereux, vengeurs ou tout simplement à côté de la plaque, il y en a, bien trop, et c'est vraiment grave. Mais ici, tout le monde est conscient de cela donc je ne rentrerai pas dans le détail. Il faut bien entendu mettre tout en œuvre pour les empêcher de faire du tord voire parfois de dévaster des enfants et leurs parents. C'est le rôle des professionnels, de leurs responsables hiérarchiques, des autorités de tutelle de veiller à cela et c'est rassurant de voir que des parents plus solides, plus informés ou plus soutenus que d'autres montent au créneau pour y veiller aussi.
Par contre, quand le tout vire à la chasse aux sorcières et à la stigmatisation systématique et souvent aveugle, ça devient inquiétant.
Ce que je veux dire, c'est qu'à force de ne parler que des professionnels qui ne font pas ou font mal leur boulot, on finit par croire et par faire croire que tous sont comme ça. Et ce n'est heureusement pas le cas...
Si quelqu'un vous demande son chemin à un carrefour, est-ce que vous lui indiquez uniquement le chemin à ne surtout pas prendre, ou est-ce que vous lui indiquez le ou les chemins possibles en le mettant en garde contre un chemin qui le perdrait à coup sûr?
En gros, je pense que pour avoir une vue d'ensemble, pour former correctement de futurs travailleurs sociaux, pour faire avancer une situation de façon constructive, il faut montrer l'endroit et l'envers. Sinon c'est une vue tronquée, forcément erronée et donc dangereuse.
Et dans l'ensemble c'est ce qui se passe pour les travailleurs sociaux. Ceux qui font leur boulot avec sérieux, envie et conscience professionnelle sont complètement passés sous silence et ce sont eux qui, la plupart du temps, rencontrent le plus d'embûches sur leur parcours professionnel quotidien.
J'aime mon boulot, je l'ai choisi et j'ai la chance de bosser dans une structure qui est au clair avec ses missions et son projet. Mais il n'empêche que parfois l'envie me prend de baisser les bras et d'aller élever des chèvres dans un endroit isolé car l'éduc qui veut faire correctement son boulot est confronté à une série de paramètres assez décourageants et qui peuvent entamer sa volonté s'il n'est pas sérieusement encré dans son boulot et soutenu par différents dispositifs (ses collègues, sa direction, les différentes réunions de reflexion etc.......).
Je pourrai développer plus tard, si certains ne voient pas de quels paramètres décourageants je veux parler, mais mon message principal est le suivant : pourquoi dénoncer les abus intolérables existants sans, dans le même temps, souligner, encourager, sortir de l'ombre, et renvoyer un peu de reconnaissance à tous ceux qui font bien leur boulot?
Car oui, les travailleurs sociaux sont des humains, et comme n'importe quels humains, ils ont de temps en temps besoin d'un poil de reconnaissance. Je ne parle pas de remerciements, je ne fais pas la charité, juste de reconnaissance : "sur cette situation, vous avez fait du bon boulot". Oui, oui, je vous promets que ca donne envie de continuer à se défoncer pour les 15 autres enfants et leurs familles. Parce que, quand on le fait bien, c'est un boulot vraiment génial mais aussi incroyablement difficile.
Merci d'avoir pris le temps de me lire et bonne continuation à vous.
