Re:
Publié : 13 juin 2011 00:11
par mouais
on peut aussi très bien vivre en ne lisant jamais rien, on peut se contenter de rester passif, se conduire en enfant gâté eu égard à ceux qui ont tout perdu pour avoir un jour le droit de vote, on peut ne pas voter du tout, angie, mais si le fn parvient un jour au pouvoir, faudra pas venir pleurer, mais sourire, pourquoi pas ?
Re: AS et de droite
Publié : 13 juin 2011 01:30
par charles
Déjà, je suis pas un droitard convaincu, mais je ne suis pas un internationaliste non plus. Je suis souverainiste et pour un modèle confédéral européen (pas fédéral). Voilà en gros mon positionnement politique.
Je vous propose ma lecture, et je vais tenter d'expliquer en quoi il existe une sensibilité sociale de droite. Non pas une droite UMP ou néo libérale, mais de droite quand même.
Je vais théoriser certaines postures et vous donner des exemples ayant faits débats durant ma formation et au travail.
On peut dire que la gauche est dans l'immanence et la droite dans la transcendance.
En gros: la gauche est dans l'horizontalité, la droite dans la verticalité.
Un type de droite dira la France, c'est l'Histoire, la langue,les grands hommes. Un gauchiste dira la France, c'est un mélange de peuples et de cultures et des petites gens. Bref, l'un dira c'est hier, l'autre dira c'est aujourd'hui et demain.
Dans mon travail, j'agis pas en Kantien, c'est à dire, je ne me dis pas "J'agis comme devrait agir tout humain dans ma situation", mais en aristotélicien "j'agis afin de servir les intérêts de la cité pour y intégrer la personne". Rousseau parlait de l'Homme, ce à quoi Mestre répondait "Je n'ai jamais vu l'Homme, mais des français, des prussiens des italiens".
Maintenant, le cas d'école: Si quelqu'un truande les aides sociales, je ne le dénonce pas (j'ai pas le droit, ni l'envie) mais il est possible selon la situation que je demande à l'usager de régulariser la situation et malheureusement, il est très possible que je demande une aide car je suis obligé de l'instruire, mais que je mette 'avis négatif". Je relis toujours la situation aux intérêts de la société (pas de l'Etat) ,et pas seulement à la situation personnelle de l'individu.
Mon angle de vue va du bas vers le haut. Mais aussi de haut en bas, donc je n'aime pas Sarkozy spécialement en politique intérieure, et encore moins l'autre qui dit n'importe quoi sur le RSA car je n'aime pas qu'on oppose le peuple. De plus, d'un point de vue économique, vu que le RSA est perçu par des personnes ne pouvant épargner, il est tout de suite dépensé et c'est bon pour le marché si j'en crois Keynes. Je suis à 100% pour la redistribution.
Je conçois très bien que certains confrères considèrent que la nation n'a rien à faire dans l'affaire, et que si un couple se déclare colocataires à la caf, c est pas grave. Je respecte l'idée, elle se conçoit et je suis conscient que les grandes avancées sont faites par les gens comme eux, pas comme moi. Mais d'un autre côté, l'avancée ne naît pas des seuls révolutionnaires, mais du combats entre les révolutionnaires et contre révolutionnaires. C'est aussi pour ça qu'il faut respecter les conservateurs.
Je suis autoritaire. Pourquoi? Ça vient de "autore" qui signifie acteur, auteur. Quand je suis à mon bureau,je mets mon habit d'assistant social comme un avocat met sa robe, et je considère que je fais autorité en matière de social, comme par exemple appuyer dans un mémoire une thèse avec Bourdieu est une citation d'autorité. Donc je ne me place dans un rapport d'égalité avec la personne, de même que mon médecin m'est supérieur en matière de santé biologique. Je ne suis pas là pour être confident, mais pour proposer mon service.
J'ai été stagiaire en Espagne, là bas on dit pas "asistente social", mais "trabajador social" parce que comme me disaient mes confères "suena como un servicio, no como una relacion". Bon, ben moi je suis un service, je représente une institution. La relation de confiance que j'ai avec mes usagers ne naît pas que de mon empathie, mais aussi de la confiance qu'ils ont en mes qualifications et compétences. Et dans le contrat d'aide que j'ai stipulé avec eux.
Dans mes rapports professionnels, j'attends que mes supérieurs hiérarchiques tranchent les décisions et fassent leur travail de chef. Je ne veux pas qu'ils me disent "je te comprends", "moi aussi j'ai été AS ou ES" et qu'on fasse des débats de 5 mois sur un conflits. (je l'ai vécu)
Pourquoi? Si je ratifie l'avis d'une autre personne (la grande gueule, le syndicaliste) et que je me plante, je pourrai pas me plaindre, car le conseiller est rarement payeur. Par contre, si j'applique une directive institutionnelle légale (par contre, les arrangements et vademecum illégaux, ils peuvent se les carer où je pense), mais qui ne me convient pas, au moins je pourrai aller gueuler ou pousser les gens à faire un vote sanction.
D'autres ne supportent pas l'autorité, je le comprends totalement, mais je crois que ce n'est pas bon non plus l'anti-autoritarisme.
Autre cas facheux:
Sur l'assimilation et l'intégration. Je considère que l'éducation n'est pas un doux chemin, mais un arrachement à un état vers un autre, j'aime Platon en effet. Je trouve très bien que les gens aient une communauté, car de la communauté on tire une force et une identité. Quand je suis en dehors de mon travail je parle portugais et espagnol avec grand plaisir, au travail je représente une norme française. Non pas la France qui a peur de l'étranger, mais celle qui voit en l'étranger un futur fils. Je vous donne un exemple typique: les gitans (pas "les gens du voyages", mais los gitanos). Quand je les reçois au travail, je leur demande de s'adapter à la culture institutionnelle. Ainsi, je reçois à la limite un couple, mais pas question pour moi de recevoir 10 personnes, même si leur culture est clanique. De même, je n'aime pas que l'on fasse des messes basses dans une autre langue devant moi, et pas que pour moi, mais aussi parce que ca ne se fait pas.
Question : est ce que ce positionnement est violent? Oui, sans aucun doute. Mais les gens l'acceptent car je pose un cadre sécurisant, englobant.
Je reconnais parfois que c'est ultra violent de demander à quelqu'un un extrait de compte courant pour étudier son budget. C'est quand même vachement autoritaire de dire : "C'est ça ou avis négatif". Mais la situation ne dégénère pas précisément parce que le cadre est là, que je ne suis pas une maman et que je ne vais juger que son budget et pas sa vie, parce que j'explique que la situation des gens n'est pas entièrement de leur faute, et que l'on va trouver une solution.
On va dire que d'un point de épistémologique, je suis de gauche. Car la droite explique les choses par l'histoire, la morale, la tradition. La gauche explique par la science, et ce serait complètement idiot pour moi de regarder une situation sociale par la politique, la tradition. Non, il faut de la psychologie, de la sociologie bref, de la science.
Je vais regarder une situation budgétaire avec l'aide de ma collègue CESF qui des clefs de compréhensions psychos et socios, proposer un atelier budgétaire et jamais avoir de jugement dessus.
Le problème de la science, c'est l'action je trouve. J'ai entendu un sociologue dire :"Il ne faut pas tenter de fonder un groupe sur l'identité, parce que l'identité sclérose et rejette ce qui n'est pas soi". Bref, il faut toujours tout relativiser.
Est ce que si je vous disais " Non mais, tu crois que ton corps à 20 ans, mais la matière et l'énergie qui te composent sont aussi vieilles que l'univers" vous arriveriez à vous identifier, à développer une identité? Non évidemment. Et je vous assure, nous avons tous 6 milliards d'années. Mais au bout d'un moment, il faut se fonder sur un critère discriminant, cad différenciant et on a choisi la date de naissance, comme on aurait pu choisir la date de conception.
La science explique, relativise tout. Mais on peut pas tout faire à partir de la science, il faut hiérarchiser, normer les choses.
Alors, j'estime que je ne peux pas dire à un gitan : "Pour vous, votre culture repose sur l'oralité et d'un point de vue anthropologique c est tout à fait défendable, donc, pas de problème je vais faire remonter les besoins et on va travailler à métisser votre culture à la culture livresque française".
Le trait est gros, je sais.
Je reprends mon cas budgétaire: je comprends tout à fait que c'est important ceci ou cela, cependant "les faits sont têtus" et même si dans votre dynamique culturelle, sociale, familiale c est super important de faire ceci ou cela, vous allez devoir vous adapter à cette situation. Et moi, j'ai des collègues qui préfèrent demander une aide fi tous les mois parce que comme ça les décideurs augmenteront le RSA d'après eux.
Autre cas, et selon moi le pire: le déclassé social. Celui qui était d'un point de vue socio professionnel supérieur à nous et qui se retrouve à devoir me montrer son budget. C'est ULTRA VIOLENT. Et bien encore une fois, pour faire
passer la pilule, je fais preuve d'autorité, je me place en expert, et quand la personne est prête, je fais un contrat d'aide.
Je l'admets, je suis autoritaire : je fais comprendre:" on n'est pas égaux sur ce point là, je suis meilleur que toi et tu vas devoir l'accepter et t'en remettre à moi"
Je le suis pour éviter la prise de pouvoir. Je m'explique: dans une relation hiérarchique, si on se pose en égal, il y aura un moment ou celui qui est en face dira :" Qui es tu pour prescrire cela?" Et là soit la relation se brise, soit on doit jouer les gros bras.
Donc, d'une certaine manière, j'évite le pouvoir, et une violence encore plus grande.
Parce que c'est super violent d'aller pointer à Pôle Emploi, devoir appeler la CAF, venir nous voir ; et le meilleur moyen que j'ai trouvé pour faire passer la pilule, c'est de dire : "elle est dégueu, mais prends la".
Donc, ma posture c est science à gauche, et action de droite : la société est là, je vais pas la changer.
Maintenant, considérons les normes:
Certains collègues militants de gauches voudraient faire des actions co pour promouvoir le rap dans les centres villes et expliquer en quoi la culture des quartiers est magnifique, bref, que Joey Starr soit enterré au Panthéon.
Je ne considère pas pour parler en philosophe que Platon est "ontologiquement" supérieur à Paulo Coelho ou même Hessel, ou que Vivaldi est largement au dessus de Booba. Cependant, relativement à la culture académique française, ils sont supérieurs.
Je suis donc conscient de certaines normes, de certains fonctionnement sociaux. Par exemple, je trouve ça affreux de contrôler quelqu'un au faciès ou quand les flics me contrôlent parce que je suis dans une super5. La criminalisation du pauvre et de l'étranger existe, comme le racisme et l'homophobie, et ce genre de choses doivent être combattues tous les jours.
Par contre, certaines normes existent pour créer du liant entre les gens, certaines hiérarchies existent aussi. Moi j'aime les Xmen, ça me va tout à fait que ça reste une sous culture, je parle portugais chez moi et j'attends pas des forces publiques qu'elles promeuvent cette culture (les associations font ce qu'elles veulent).
En tant que fonctionnaire territorial, je préférerais amener les banlieues à l'opéra plutôt que l'inverse. Au passage, je rappelle que les CG sont majoritairement à gauche, et qu'ils ont des compétences sociales. Comme l'a dit Mélanchon, quand on a tous les départements et Régions, cad le social et l'enseignement, ca craint de rien faire.
Certains collègues de gauche voudraient qu'on bousille les normes et qu'on promeuvent les normes autres au même titre que celles qui existent dans la société française. Bref, ils sont dans l'horizontalité. Moi, je comprends les normes, je les prends pour ce qu'elles sont. Mais comme je crois que l'homme est un animal politique, un être à socialiser, je préfère largement expliquer aux gens les étiquettes, plutôt que leur dire "il n'y a pas d'étiquettes". C'est complétement, suffit d'aller voir les commissions d'attributions des aides pour voir à quel point la gauche aime les étiquettes et comme il faut faire pleurer dans les chaumières à coup de "mère courage" qui élève seule ses enfants.
Plutôt que d'abolir l'identité sociale qui, de toute manière nous poursuit, j'explique pourquoi ça se passe comme ça quand on est un usager chômeur, pourquoi les gens vous considèrent comme ça, et qu'est ce qu'on peut faire pour y remédier plutôt que d'essayer d'expliquer à mon boulanger que ce n'est pas bien de critiquer les chômeurs, puisque de toute manière, il veut le croire.
Concernant l'identité sociale, regardez les immigrés de deuxième génération qui ont le cul entre deux sièges et osez me dire que c'est beau de choisir son étiquette, parce qu'à part Yannick Noah, ça ne leur plait pas des masses. Là, pareil, je préfère parler de psychologie sociale aux usagers plutôt que leur faire croire que la france est raciste.
Voilà ma posture, elle est de droite dans le sens où les hiérarchies, les normes, les représentations sont là et que je n'ai pas à coeur des les changer. Parce que toutes, absolument toutes sont infondées scientifiquement.
Je reprends quelques points, j'ai tenté de démontrer que la droite fondée sur la verticalité avait des valeurs sociales ; que l'autorité était un outil à savoir manier qui a été mon mémoire qui n'a pas fait hurler le jury (je vous renvoie à l'ouvrage "Le corps de l'enseignant dans la classe", que les normes étaient toutes infondées, certes mais qu'au lieu de les remplacer par d'autres, je préférais m'appuyer sur elles.
Si vous n'êtes pas d'accords, je le conçois, mais ne me mettez pas dans le camps des collabos ou ne faites cas d'allusions ad hitlerum, Ce serait cool. J'ai pas non plus envie de faire le coup du "j'ai des copains arabes".
J'aimerais beaucoup que vous me parliez de ce que vous pensez de l'autorité, de l'assimilation et surtout, la question que je trouve centrale: sommes nous la pour les personnes, ou pour la société?
Moi j'ai pris l'angle de l'intégration des personnes, et je trouve que le développement personnel n'est pas notre priorité.
Re:
Publié : 13 juin 2011 14:14
par angie
Je n'ai pas dis que je ne votais pas, et quand bien même, j'estime avoir le droit de pouvoir choisir.
Maintenant, les élus n'ont pas toujours apportés des réponses favorables au travail social, non ?
Alors, je reste sur ma pensée qui est de dire que quelque soit notre choix politique ou notre choix de non vote, cela n'empêche en rien d'être un bon travailleur social.
Il serait, me semble t-il trop simpliste de dire qu'un bon travailleur social est celui qui se rend à l'urne pour voter un parti imposé, non ?
Re: AS et de droite
Publié : 14 juin 2011 11:59
par Denver le dernier dinosaure
je pense que c'est tout à fait possible oui.
on peut être complètement contre tout ce qui est "assistanat" (exemple, une dette de loyer, bingo j'ai gagné 2000 € au FSL) et être une bonne as quand même.
pour être honnête, je n'ai aucun parti politique. mais j'en ai parfois ras le bol de voir des gens au rsa se complaire dans leur situation et profiter du système, alors que des travailleurs à temps plein font l'effort d'aller bosser, mais se retrouvent juste au dessus des barêmes pour le FSL et autres formes d'aide.
on peut estimer que la politique sociale est mal faite, et bien faire son travail.
donc à la question de départ, je réponds oui !
et maintenant j'attends vos post pour me dire que vous faites des bons de 2mètres en lisant mon message... je kiff !