les mineurs isolés étrangers, dès lors qu'ils sont entrés en relation avec l'ASE, sont considérés comme enfants en danger. De là, ils bénéficient du statut ASE. Statut qui était protecteur jusqu'en novembre 2003, date de parution de la loi Sarkozy qui impose un délai de séjour + long pour pouvoir acquérir la nationalité française.
Pour ton mémoire, Nanoue,concernant la présentation juridique du concept "mineur isolé administrativement", il serait p-e intéressant que tu tu te penches sur les conséquences quant à la restructuration de la personnalité du jeune : avant et après la loi Sarkozy. Personnellement je trouve ++questionnante, éducativement parlant, la position, paradoxale, de Rosenczweig,pdt du T-E de Bobigny et membre de l'ADSEA.
Le bémol que j'émets par contre par rapport à Rosenczweig est qu'il réduit le phénomène "mineur isolé" à une émigration économique, l'ado(souvent d'origine chinoise) étant investi d'une mission parentale : subvenir aux besoins de la famille grâce à sa force de travail.
Même si je sais pertinemment que l'on ne peut certainement pas taxer Rosenczweig de hérault de la droite, son analyse me fait penser à la réduction, depuis le gvt de Giscard-Barre, de l'immigration à des fins strictement économiques.
D'autres jeunes sont arrivés en France du fait du DC des parents, ou de la disparition de ces derniers ou de l'éparpillement des membres de la famille lors de conflits "inter-ethniques".Sur ce point, silence-radio tempéré par la délivrance au compte-gouttes, c-a-d selon le bon vouloir du Prince, de cartes de séjour "pour vie privée et familiale".
De ces pays lointains minés par la guerre et/ou la misère économique, la France est perçue comme terre d'asile, terre de renaissance. De là, des histoires de vie racontées ++++fois à des TS, des psy etc...où l'arrivée en France est entourée de détails vagues, invraisemblables.
En effet, quid d'un avenir dans le pays d'origine, du moins dans la décennie qui arrive ? Pour ceux venus en France pour gagner leur vie, et celle de la famille; surtout, quand il leur reste à rembourser le prix exorbitant de leur voyage aux passeurs ? Pour ceux qui n'ont plus de famille vivante au pays ou qui ne peuvent pas prouver le DC des parents ?
La mission qui nous est confiée par l'ASE ou le JE est de préparer le jeune à sa sortie du dispositif-jeunes majeurs. En d'autres termes, qu'à son 21ème anniversaire, le jeune ait les outils pour se payer son propre logement. Donc qu'il soit titulaire d'un contrat de travail lui permettant d'accéder à un studio.
Or, les jeunes mineurs isolés à leur 21ème anniversaire n'ont pas forcément le niveau scolaire ou la formation professionnelle indispensables pour entrer, de façon durable, dans le monde du travail. Auparavant, ils ont dû consacrer +++années pour une (re-)mise à niveau scolaire et/ou linguistique.
De même, la pénurie des studios dans le parc immobilier social ne peut pas être négligée quant à l'élaboration du projet à moyen terme.
Nanoue, tu disais, notre rôle est de l'accompagner dans ses démarches, dans se décisions, ses désirs(faut-il qu'il en ait ?). Justement, comment l'accompagner pour qu'il puisse avoir, ou plus précisément s'autoriser à avoir des envies, à les exprimer et à les traduire par un projet, par son projet ? La première chose est que chacun d'entre eux puisse réellement poser son bagage qu'il n'ouvrira véritablement que si son rythme est respecté et que si l'éducateur a réussi à gagner sa confiance.
Les jeunes africains, orphelins, qui sont en général de sexe féminin dans notre établissement ont en outre pas mal souffert en arrivant en France : exploitées par des bonnes âmes charitables comme domestiques, victimes d'abus sexuels...Dans ce cas, en aval, avant leur arrivée dans notre établissement, le juge des tutelles a été saisi et a délégué l'autorité parentale soit à un membre de la famille installé en France et proche de la jeune en question, soit au président du Conseil général.
Prendre confiance dans l'adulte, après toutes ces claques dans la gueule, pour accepter de mettre enfin ses propres mots, ses mots à soi, sur son histoire. Arriver progressivement à "faire avec", pour enfin pouvoir se permettre d'être un je qui se pro-jette...sans faux-selfs induits par les attentes institutionnelles.