hello,
Hier, j’ai eu mon premier rendez-vous MVE (Mouvement Vers l’Emploi). Quelque part dans ma tête, je me disais « Ca ne va rien donner du tout, comme d’habitude », et quelque autre part j’essayais de me dire que, si, ils auraient des idées. Dans ma grande naïveté, encore une fois, et d’après ce que j’avais compris de mon entretien à l’ANPE, cet organisme s’occupait des personnes ayant des « problèmes périphériques », donc ils étaient spécialisés, donc nous allions faire le point de mes compétences, trouver un projet professionnel prenant en compte mes acouphènes, et élaborer une stratégie. Que nenni ! Je ne décolère pas depuis hier. Quelle imbécile je suis de croire une seule seconde dans les soi-disant « aides » mises en place par ce gouvernement de marionnettes, qui après osent s’étonner qu’il y ait toujours autant de chômeurs. Quelle mascarade !
D’abord, j’arrive devant leurs bureaux et je vois un grand panneau « Veuillez faire le tour de la maison par la droite et entrer dans la salle d’attente ». Bien, monsieur, ‘dame. J’arrive effectivement devant une porte avec un grand panneau « Salle d’attente ». Wow… parcours fléché impeccable. J’essaie d’ouvrir la porte, fermée à clé. Bon, il est à peine 14h00, ils ne sont peut-être pas encore arrivés. Mais j’entends une voix derrière la porte, sans comprendre ce qu’elle dit. J’essaie à nouveau d’entrer et la une femme ouvre. Je salue, j’esquisse un mouvement pour m’avancer mais la femme me dit :
- Non, non… je suis en entretien.
- Mais, ce n’est pas la salle d’attente ?
- Non, il faut aller à la porte d’entrée.
- Mais j’en viens !
- Oui, mais des fois ça fait salle d’attente, des fois ça fait pas salle d’attente.
Et ben… si leur organisation est pareille, ça commence fort. Ne râlons pas déjà.
La dame me conduit dans une autre pièce, puis une personne vient me chercher et nous nous installons dans son bureau.
- Ah, encore une Isabelle! s’exclame-t-elle, je vais m’y perdre avec toutes ces Isabelle(excuse-moi, t’aurais préféré que je m’appelle Roger ?).
Bien, je lui explique mon problème d’acouphènes :
- Ah oui, j’ai vu ça à la télé ! (nous avançons d’un grand pas ; apparemment elle n’en sait pas plus que ce qu’elle a vu à la télé, mais c’est toujours ça… si ce n’est que je m’attendais à rencontrer des personnes qui connaissaient bien tous les « problèmes périphériques »)
Je lui dis que je ne peux plus exercer mon métier à cause de ces sifflements ininterrompus.
- C’était quoi votre métier ?
- Assistante commerciale trilingue.
- Quelles langues ?
- Anglais, italien.
- Italien ? Oh j’adore l’italien… on va continuer l’entretien en italien, ça me rappellera des souvenirs (tout ça me semble un peu léger comme conversation mais bon… du coup je lui réponds en italien).
- Come vuole, non è un problema per me. Mi fa piacere, anzi !
Elle me regarde avec des yeux écarquillés… visiblement nous ne continuerons pas en italien !
- Et vous ne pouvez plus exercer ce métier ? C’est parce que vous ne l’aimez pas ? (mais bon sang pourquoi m’a-t-on envoyée ici ?).
- Non, répété-je, c’est parce que j’ai des acouphènes et que je ne supporte plus les milieux bruyants, et notamment le téléphone.
- Ah oui ? Ah c’est embêtant (je pense bien ma bonne dame…). Mais qu’est-ce qu’on va bien pouvoir trouver ?
- Je ne sais pas, c’est pour ça que je suis là, non ? Déjà ça a été très difficile la dernière fois que j’étais au chômage : j’avais plus de 40 ans, j’ai envoyé 500 candidatures et je n’ai eu que deux ou trois entretiens.
- Pas possible, me coupe-t-elle, c’était mal ciblé. (sympa… appelle-moi débile si tu veux…)
- Comment ça, mal ciblé ?
- Vous n’avez pas envoyé aux bonnes entreprises, ou bien votre lettre de motivation était mal rédigée.
Calme-toi, Chonchon, calme-toi, tu ne vas déjà te mettre en colère au bout de 15 mn.
- Est-ce que vous avez envoyé aux entreprises qui utilisent les langues étrangères ? reprend-elle (non, non, j’ai fait que les boucheries-charcuteries…)
- Bon, attendez, je vous arrête… Je sais ce qu’est une lettre de motivation, je sais ce qu’est un CV, et je sais ce que c’est que cibler des entreprises. Je vous rappelle que j’ai 48 ans, je ne sors pas de l’école. En ce qui concerne les langues étrangères, sur notre région, il n’y a presque rien, donc le « ciblage », excusez-moi c’est juste une vue de l’esprit. Quand on ne trouve pas de travail, on ne cible pas, on appelle TOUTES les entreprises (bon, pas les boucheries-charcuteries, d’accord).
- Oui, oui, je comprends… Mais vos langues, tout de même, c’est un plus.
- Oui, ce SERAIT un plus si notre région en avait besoin.
- Forcément, l’italien… ça ne doit pas être très demandé… c’est rare (mais ma parole, elle ne connaît rien au marché du travail !).
- Mais détrompez-vous ! En admettant qu’il y ait des offres, des gens qui parlent italien ici, contrairement à ce que vous croyez, il y en a à la pelle ! Quand j’étais assistante Italie, pour me seconder, ou pour les remplacements intérimaires, le chef claquait des doigts et dès le lendemain matin on avait quelqu’un.
- Ah bon ?
- Oui… Avec la mobilité, l’immigration, l’ouverture de l’Europe, y a plein de gens qui ont un parent d’une autre nationalité. Des gens d’ascendance italienne, il y en a plein… vous n’avez jamais remarqué tous les patronymes en i que nous avons en France ? Les langues qui sont demandées maintenant, c’est le russe, le chinois, l’arabe, et les langues de l’Europe de l’Est. Et puis maintenant, avec la mondialisation, les entreprises qui travaillent à l’international n’embauchent pas des Français, soit elles prennent des personnes du pays cible, soit elles ouvrent carrément des agences là-bas. C’est ce qui m’est arrivé avec l’Italie. C’était une entreprise qui n’avait pas du tout une vocation internationale et qui a maintenant des agences dans plusieurs pays d’Europe.
- Ah bon ? (je me demande qui est le coach, qui est l’élève !)
- Oui, c’est comme ça. Moi j’avais bien pensé à traducteur en free-lance, comme ça je pourrais travailler à la maison, dans le calme, avec des sociétés sur Paris ou Strasbourg (c’est là que ça se passe). Mais j’ai laissé des CV, pas de réponse, et le niveau qu’ils demandent n’a rien à voir avec le mien. En plus, dans les petites annonces, presse, ANPE, Internet… il n’y a eu aucune offre dans la région depuis trois mois !
- Ben oui mais le problème, c’est que je ne vois pas du tout ce que je vais faire pour vous ! (génial… mais à quoi sert cette agence, nom d’un petit bonhomme en bois ?). Ah au fait, avez-vous créé votre espace emploi sur le site ANPE ? (très important en effet).
- Non.
- Ah, mais il faut le faire !
- Bien je vais aller voir, mais s’ils me demandent une profession, je mets quoi ?
- Ah ben oui… il faudrait mettre assistante… ah ben non… du coup ils vont vous envoyer des offres et si vous ne répondez pas, ils vous mettront en rouge…
- Bon alors je ne le crée pas ?
- Ben non.
- C’est bien ce que je pensais, ça ne sert à rien. D’autant que pour les offres, ils téléphonent, et moi en un an et demi ils ne m’en ont transmises que deux, dont une pour de l’espagnol…
Après un moment de flottement, elle se reprend et se met à m’expliquer leur mission : on va élaborer un projet professionnel, je ferai des stages en entreprise et si je n’ai pas trouvé de travail d’ici six mois (non, mais ils rêvent !!! s’il faut que je fasse une formation, et que, du coup, je deviens débutante à 49 ans – mon anniversaire est en mai – comment pensent-ils que je vais trouver un job aussi facilement ?), on peut repartir sur une nouvelle période de six mois. Super.
- Vous êtes d’accord ?
- Oh bah oui !
Je n’en dis pas plus ; je pense que c’est maintenant à elle de m’éclairer plus précisément, de me proposer des idées. Ah une idée géniale, elle en a une : on va remplir des formulaires ! Youpi ! La France et sa paperasserie, c’est dingue. On a rempli quatre imprimés : un contrat (entre moi et eux), une acceptation du « règlement intérieur » (qu’est-ce que j’en ai à faire de leur règlement intérieur ?), un dossier candidat, où je recopie ce qu’elle a déjà (mon identité, adresse, mes études, mon problème) et pour finir un planning avec plein de dates de rendez-vous. Ah, je suis contente, on a bien avancé. J’ai des rendez-vous ; on ne sait pas ce qu’on va y faire, mais bon, on a des rendez-vous, à l’ANPE ils seront contents.
Pour terminer cet entretien hautement constructif, elle me donne… deux nouveaux imprimés à remplir à la maison. Une grande vague d’espoir me submerge : Chouette, ça doit être là-dessus qu’on va travailler, voir mes compétence, ce que je peux en faire, ou vers quelle orientation me diriger. Pff… même pas en rêve.
Premier formulaire (deux pages) que je feuillette rapidement, mais vu les questions, je demande aussitôt :
- Mais c’est pour les personnes qui sont en recherche d’emploi, moi je n’ai pas commencé puisque je ne sais plus quel métier exercer !
- Ca ne fait rien. Vous remplissez quand même, comme si vous cherchiez un poste d’assistante.
Ah bon.
Une fois à la maison, je regarde plus en détail et constate, désolée, la débilité des questions, du genre : Consultez-vous régulièrement les annonces ANPE ? Consultez-vous régulièrement les annonces parues dans la presse ? (oh bah non, moi je sais pas lire…) etc etc. Votre CV correspond-il à votre recherche (non, j’ai fait un CV de boucher-charcutier), etc etc. Envoyez-vous des candidatures spontanées ? (oh, non, trop fatigant… avec toutes les offres qu’il y a déjà sur le marché !). FLUTE ET CROTTE DE CHIEN, ça c’est un truc pour des jeunes qui démarrent et qui ne savent pas comment appréhender le marché du travail… C’est ça le problème à l’ANPE, ils mettent tout le monde dans le même panier et n’abordent pas les soucis spécifiques de chacun.
Deuxième formulaire… alors là, on dépasse tout ! Je croyais (vous remarquerez combien je peux être naïve… je ne me décourage jamais !) que sur celui-là, genre cabinet de recrutement, on allait faire le point de mes atouts et de mes problèmes. Pas du tout ! 7 pages de questions comme : Maîtrisez-vous le français ? Savez-vous faire une addition, une soustraction ? Acceptez-vous de vous déplacer en deux roues ? Avez-vous un dossier de tutelle ? Savez-vous utiliser un plan ? Mais c’est quoi ça, c’est un questionnaire pour attardé mental ? Je n’en suis pas là, tout de même ! Ca devient vexant leur histoire ! Qu’est-ce qu’on va bien pouvoir faire avec un imprimé pareil ? Et je garde la meilleure pour la fin : Quel est votre projet professionnel ? L’histoire du chien qui se mord la queue, vous connaissez ?
Ah non, je ne décolère pas ! Et le prochain rendez-vous, on fait quoi ? Des morpions ?
CONCLUSION : Ces gens-là parlent du chômage, culpabilisent les chômeurs mais n’ont jamais mis les pieds dans une entreprise ! Ou, s’ils y ont mis les pieds, ça a été un vrai dialogue de sourds, chacun disant à l’autre ce qu’il veut entendre : Si, si, nous avons plein de candidats motivés et compétents ! Si, si, nous avons plein de jobs à proposer. Quant à ces histoires de ciblage et de lettres de motivation qu’on nous oblige à écrire, à la main, parce qu’ils vont faire une analyse graphologique (y a qu’en France que ça se pratique, ces analyses… ça n’a rien de scientifique… d’ailleurs moi-même j’en ai eu plusieurs, ce n’était jamais le même profil qui ressortait…), bref les lettres de motivation disais-je, sait-elle, la gentille dame qui a trop d’Isabelle, que les employeurs ne les lisent même pas ? Qu’ils les mettent à la poubelle. Qu’ensuite ils regardent les photos des CV, et ils mettent à la poubelle ceux qui ne leur plaisent pas (trop colorés, trop vieux, trop moches). Je sais de quoi je parle, j’ai travaillé un mois dans un cabinet de recrutement et je suis ECOEUREE pour le reste de mes jours.
Bon, ben maintenant j’ai plus qu’à aller remplir mes deux formulaires, bien obligée… je crois que je vais me faire plaisir avec quelques commentaires de mon crû. La rebelle ne peut se taire.
PS : Je n’ai rien contre les bouchers-charcutiers, bien au contraire, j’adore l’andouillette !
http://chonchon.blog.elle.fr/2007/02/10/
chonchon