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l'amour dans la relation éducative
Publié : 18 févr. 2009 19:48
par kiara
Dans le cadre de mon mémoire, il serait interessant que des personnes acceptent de témoigner de leurs expériences ainsi que de leurs points de vue:
Vous sentez vous attaché aux personnes que vous accompagnez? Que pensez vous du concept de l'amour dans la relation éducative?
merci de m'aider dans mon enquête.
kiara
Re: l'amour dans la relation éducative
Publié : 18 févr. 2009 20:50
par Manon
Attachée ? Plus ou moins mais je pense que ça peut arriver quand on travaille avec l'être humain... Après il y a attachement et attachement, comment "s'attacher" tout en restant dans une relation professionnelle et l'attachement est-il une composante de la relation éducative, ça serait ça ta question ?
Re: l'amour dans la relation éducative
Publié : 18 févr. 2009 23:02
par audrey
l'amour dans la relation éducative (en tant qu'accompagnant, éduc) est un mot qui me dérange .
s'attacher à des usagers que l'on suit oui. mais il ne faut pas que cela aille jusqu' a l'amour.
car nous ne sommes pas substituts à leur famille (mère, père, conjoint, frère, soeur).
et la notion de distance, fait partie des choses importantes vue en formation.
s'attacher oui, bien sur, nous ne travaillons pas sans sentiments. et les usagers son humains comme nous, ce qui nous rapproche.
de plus, il y a des situations, des personnes qui peuvent nous toucher, nous émouvoir, nous rendre sensible.
mais justement le travail d'équipe est là aussi pour cela. ne pas induire de relation trop proche entre un éduc et un usager.
n'oublions que nous sommes dans notre travail . et l'humanité, l'altérité existe bien sur.
toutefois, trop d'attachement nuirait à la relation éducative (et à la relation éduc-usager)
nous pourrions peut-être éventuellement parler de l'amour du genre humain (un travailleur social s'interesse à l'humain) et s'interesse aux problèmes humains, au bien être humain. ce de manière général.
Re: l'amour dans la relation éducative
Publié : 18 févr. 2009 23:03
par Kiara
Ma question centrale tourne autour autour des ''protections'' de l'éducateur. L'amour serait-il un tabou dans notre profession?
Re: l'amour dans la relation éducative
Publié : 18 févr. 2009 23:34
par Kiara
cher audrey, je n'avais pas encore eu ton message en répondant à Manon.
Cependant tes réponses m'interessent. En quoi l'attachement et l'amour sont-ils si différents (il n'est pas question de relation amoureuse nous sommes d'accord) ? Si nous ne sommes pas des substitus familiaux, certains jeunes n'ont pourtant plus personnes autour d'eux ou presque plus, ces jeunes là n'ont t'ils pas besoin de pouvoir aimer et de se sentir aimés par les personnes qui les accompagnent au quotidien? (sans que ceux-ci ne remplacent pour autant leur parents, l'un empêcherait-il l'autre?). N'est t-il pas important de se sentir aimé pour se restructurer?
Re: l'amour dans la relation éducative
Publié : 19 févr. 2009 00:24
par audrey
peux-tu développer ?
de quelle genre de "protections" parles-tu ?
pourquoi tabou, non je ne pense pas. à mon sens, un éduc n'a tout simplement pas à mettre de sentiments d'amour dans sa profession.il apporte soutien, confort, sécurité, accompagnement, suivi, écoute.
l'attachement existe oui bien sûr nous ne pouvons le nier. nous sommes humains, et des sentiments passent entre usager et éduc, bien sûr.
mais l'éduc doit aussi avoir du recul , de la distance face a ses émotions. pouvoir analyser aussi cela.
et n'oublions pas aussi qu'il peut y avoir transfert. donc, il faut être capable d'avoir du recul.
cela protège usager comme éduc d'ailleurs.
Re: l'amour dans la relation éducative
Publié : 19 févr. 2009 03:20
par stef
Non je ne pense pas que ce soit un tabou c'est vrai que le mot "amour" est un peu fort mais dans le boulot on s'attache (en général) souvent à certains jeunes.
Je repense notamment à un jeune mineur étranger isolé qui n'avait aucune famille, peu d'amis (il ne parlait pas très bien la langue française), donc l'équipe éducative était très proche de lui.
Après dans certaines structures comme les lieux de vie, les associations telles que l'Arche, le fait de vivre au quotidien avec des personnes amène forcement à un certain attachement et oui éventuellement à de l'amour pour ces personnes.
Et puis c'est vrai que ce boulot on le fait "par amour pour notre prochain"

))
Re: l'amour dans la relation éducative
Publié : 19 févr. 2009 06:56
par jean-marc
Je pense qu'effectivement l'amour est un tabou. Il n'y a qu'à lire les réactions. Je pense qu'il peut y avoir de l'amour dans notre métier. Le problème quand on en parle c'est que l'on tombe sur le vieux cliché de l'éduc pétri de compassion religieuse et cela ne fait pas pro. Or un gamin (ou n'importe quelle personne) a besoin d'aimer et d'être aimer. Qu'est-ce que l'on met derrière le mot attachement si ce n'est de l'amour?
Personnellement, j'emploie le verbe attacher quand il s'agit d'objet ou d'animaux.
Bien sur il est nécessaire de rester pro. dans la relation éducative et c'est ce qui est dur. Mais comment faites vous avec vos propres enfants? Est-ce que vous leur céder tout ce qu'ils demandent parce que vous les aimer? Bien sur que non. Alors?....
Re: l'amour dans la relation éducative
Publié : 19 févr. 2009 17:09
par audrey
coucou !
justement comme tu l'écris nous ne devons pas devenir des substituts familiaux.
et notre formation est là pour nous apprendre plein de choses, et en autre la notion de distance.
et j'estime que rester pro (comme tu dis jean marc) c'est justement savoir s'analyser aussi.
éprouver des sentiments, s'attacher plus à tel jeune (car ceci ou cela dans sa situation, son caractère, ses comportements, etc ..)oui bien sûr, cela est tout à fait compréhensible. de plus, notre travail est fait d'interactivités quotidiennes.
et en général, on choisit ce métier car on s'intéresse à l'humain.
toutefois, "amour" me semble un terme trop fort. car nous ne sommes pas leur famille. et nous sommes auprès des usagers car nous travaillons.
et nous n'avons absolument pas le rôle de parent. certes, il y a échange, sentiments, ressentis, attachements (et voir le contraire aussi, car un éduc peut aussi un jour éprouvé le contraire envers un usager). mais nous devons pouvoir travailler de manière inconditionnelle ce quel que soit l'usager. cela demande d'être à l'écoute de nos propres ressentis, et savoir s'écouter, c'est aussi pouvoir comprendre et analyser notre propre sensibilité.
ce serait dangereux pour un éduc de ne pas avoir assez de distance.
cette analyse et le travail en équipe permettent justement de garder une protection.
n'oubliez pas non plus qu'un éduc est souvent (notamment avec les jeunes) l'enjeu de transferts. c'est aussi son travail de comprendre/analyser ce qui se joue pour l'usager. c'est aussi cela les aider. et les faire avancer, c'est également savoir être dans le tranfert et contre transfert.
notre rôle n'est pas parental mais éducatif. (même si effectivement certains jeunes nous voient plus souvent qu'ils ne voient leurs parents).
voila pourquoi le mot "amour" me parait bien trop fort. et dans le cadre d'un mémoire, en plus, je crois que cela pourrait être casse gueule. parler "d'attachement" serait à mon sens plus parlant et plus évident à traiter.
Re: l'amour dans la relation éducative
Publié : 22 févr. 2009 23:49
par kiara
Merci à chacun d'entre vous de partager vos points de vue! on nourrit sa réflexion en la construisant avec celle des autres, donc MERCI!
Salut Audrey!
Quand je parle de protection, c'est de tout ce dont se protège l'éducateur dans son accompagnement. l'autre que l'on accompagne nous bouscule dans ce que nous sommes. Il touche à des zones intimes et j'ai le sentiment qu'au lieu d'affronter ce qui "résonne", l'éducateur parfois se protège et ce, il me semble, au détriment de la personne. J'ai aussi le sentiment que "l'idéologie de la distance" règne. Pourquoi parlons nous de "bonne distance" et non pas de "bonne proximité?". Si cela semble un détail, il me semble malgré tout qu'il fait la différence. Ne nous protégeons pas du terme amour dans notre pratique parce que notre culture professionnelle nous l'interdit? On dit bien qu'on aime son chien ou un mars glacé. mais il est inconvenant de dire qu'on aime les personnes que l'on accompagne. Il y a quelque chose qui m'interpelle..Tu me parles du transfert, justement parlons-en, de nombreux auteurs s'accordent pour dire que le transfert c'est de l'amour, notamment joseph Rouzel. Rémi sainterose lui, dit: "le transfert en institution, en dehors de la cure analytique, c'est de l'amour tout court". je pense qu'aimer les personnes qu'on accompagne n'est pas forcément ne plus être en capacité d'analyser ses ressentis. De plus si l'éduc est soumis a du transfert de la part des personnes, il l'est également soumis à ses propres contre-transfert. Quand une ado handicapée mentale me dit "je t'aime" avec toute sa spontanéité,quand une ado sans handicap me le dit aussi (et je coupe court à toute suspicion du registre amoureux, pour bien connaitre ces deux jeunes, il n'était pas question de cela) j'hésite à répondre parce que j'ai le sentiment que c'est inconvenant et pourtant intérieurement je réfléchis et me dis "bein oui moi aussi je t'aime un peu". et je ne vois pas le mal finalement qu'il y a à aimer les gens. Parce que c'est le cas, j'ai le sentiment d'aimer les personnes que j'accompagne et pour lesquelles je m'investit. j'ai même le sentiment finalement que c'est ça le moteur de mon investissement, mon amour des autres. En suis je moins professionnelle pour autant? Je crois qu'il est important que les personnes fortement carencés puissent sentir que les professionnels qui les accompagnent ont un réel souci de qui ils sont, je crois qu'il est important pour pouvoir se développer, de se sentir aimé.
Merci cependant Audrey de te positionner même si on ne partage peut-être pas le même point de vue.
Jean-marc merci de ton positionnement affirmé et franc, je ne rencontre que peu de personnes qui partage mon point de vue, c'est réconfortant.
Stef, merci de ton témoignage.
Manon, je n'avais pas pris le temps de répondre à ta question mais oui en effet, c'est un peu ça ma question, en tout les cas c'est une des questions à laquelle je tenterai de répondre dans ma dernière partie.
Sur ce, bonne semaine à tous!