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Questions d'une apprentie CESF
Publié : 19 mars 2013 22:56
par Tulipe
Bonjour à tous,
Je suis en stage de dernière année depuis un moment, et je me pose plusieurs questions... notamment dans l'accompagnement que je peux mener auprès des personnes.
Certaines de mes questions vont peut être vous paraitre étranges mais il vaut mieux les poser, verbaliser les choses que les retenir je pense.
Que pensez vous des aides financières ? Quelle influence exercent elles sur l'accompagnement ?
Personnellement, j'ai l'impression d'être une CESF radine. Bien souvent je n'ai pas le "reflexe aide financière" comme je peux voir chez d'autres TS. Je cherche avant tout à comprendre la situation et voir ce que je peux faire avec la personne en premier lieu avant de proposer une aide financière. Mais en gros je me demande quand il faut faire une aide financière ? Quand est elle indispensable (j'ai quand même une idée mais je veux votre avis) et quand pourrait on s'en passer ? Ne crée t on pas une dépendance aux aides fi parfois ? Ne vient elle pas biaiser la relation parfois ?
Aussi, je me rends compte que parfois je me sens obligée d'aider des personnes qui n'ont pas forcément envie d'être autonomes, qui viennent frapper à la porte du service en sachant qu'elles se sont mises elles mêmes en difficultés mais qui se disent que nous sommes là pour les aider de toutes façons. Je sais que c'est du jugement, mais n'avez vous jamais vous aussi eu cette impression ? Mes propos offusqueront sans doute certains d'entre vous et c'est pour ça que je les écris anonymement car je me sens un peu honteuse de ressentir cela alors que je me destine à devenir travailleur social. Je me dis que je suis surement dans le jugement et que je dois me tromper, que rien n'est aussi simple, mais cela ne m'empêche pas de le ressentir parfois et je trouve cela négatif. Cela me questionne car cela questionne au fond le sens du travail que nous faisons. Plus spécialement, le sens du travail que je fais. Pourquoi j'accompagne ? Suis je obligée d'accompagner ou d'accéder à une demande ? Je n'ai pas le sentiment que nous sommes en droit de refuser quoi que ce soit aux gens. Avez vous cette impression aussi ?
Aussi, je ressens que les gens que j'accompagne deviennent vite dépendants de moi et en attente de résultats. Cela me met la pression, me stresse, au point que quand je ne parviens pas à obtenir quelque chose, je me sens incapable, incompétente. Quand je ressens cela, je peux aussi soit me bloquer ou bien à l'opposé, proposer des solutions trop rapidement, et parfois je ne trouve pas cela pertinent.
Quelque part il y a aussi une peur de décevoir la personne. Et je n'aime pas ce sentiment. Parfois je me demande si je suis prête à assumer toutes les responsabilités qui découlent de l'accompagnement de personnes.
Que pensez vous de ces pensées ? Les avez vous déjà ressenti ? Que puis je en faire ?
J'ai conscience que certaines de ces pensées peuvent choquer, mais j'espère que vous serez assez indulgents pour me répondre sans trop de jugement.
Merci pour vos réponses.
Re: Questions d'une apprentie CESF
Publié : 20 mars 2013 17:25
par Framboise
Bonjour Tulipe.
Je ne crois pas que tes questionnements soient inappropriés, au contraire je trouve cela très bien que tu te les poses. Je suis diplômée depuis quelques années, et ca ne m'empêche pas d'avoir des questionnements ou par moments des réflexions.
Tout dépend déjà de l'institution dans laquelle tu travailles/est en stage.
Chaque institution ne propose pas forcément d'aide fi. Ou je travaille actuellement, aucune aide fi existe. (peut être que tu parles aussi des aides fi légales type FSL...?)
je sais que dans certains endroits ce ne sont pas ces critères là, mais à mon sens le critère est que ce soit ponctuel, à un moment donné, innatendu, imprévisible, et que l'aide permette de débloquer situation. par exemple, une famille dont un des parents perd le travail, et il y a une dette d’électricité qui s'accumule suite à des dépenses inattendues genre frais d’obsèques. Par contre, quand le budget est disproportionné, que la famille ne paye jamais la facture, à mon sens cela ne relève pas d'une aide fi car ce n'est pas cette aide ponctuelle qui débloquera la situation. le travail est à faire en amont.
Sinon, je suis d'accord sur ton ressenti, et ce n'est à mon sens pas un jugement mauvais. Certaines personnes ont dans leur esprit un cliché du TS idéal. C'est agaçant c'est claire! Donc pour ma part, je cadre très fortement les choses. NON y'a pas d'aides fi, c'est à eux d'apprendre à gérer leurs dépenses, je n'ai aucun pouvoir de donner de l'argent, j'ai aucun argent, j'ai pas les codes du coffre fort de la caf.... Si tu ressens de la culpabilité, c'est souvent que certains usagers vont vouloir te faire ressentir cela. Je pense à une situation que j'ai actuellement : une famille avec un budget totalement incohérent (ne paye pas le loyer, mais s'offre une croisière, paye des écoles privées...). et lors des rencontres, se positionne en tant que victime, que je peux rien faire pour lui.... Au départ, je culpabilisais. mais un jour, le Mr m'a fait des menaces de suicide en me disant que ce serait de ma faute. Ca m'a mis bcp en colère qu'il n'endosse pas sa responsabilité, et tout de suite la culpabilité que j'avais a disparu. Tout ca pour dire que les personnes sont actrices de leurs choix, de leurs dépenses, et que certaines, si elles n'ont pas ce qu'elles veulent, vont te faire culpabiliser en croyant qu'ils obtiendront ce qu'ils veulent.
En fait, notre travail c'est aussi de rompre les clichés : non, je ne vous obtiendrait pas de logement, non, je ne vous payerai pas les factures... chaque usager connait quelqu'un qui connait quelqu'un qui a obtenu un logement grace à une AS... moué... ils se rattachent à ce qu'ils croient, ca leur donne de l'espoir, ca peut se comprendre. Mais notre travail est là : ramener la personne à la réalité, et la ramener à sa responsabilité. "vous avez contracté un crédit, vous avez pas fait X démarche... maintenant voici la conséquence de vos actes... donc moi, mon rôle, sera de vous aider à rattraper ce retard de payement, à rétablir votre situation, à éviter que ca se reproduise... "
Ca me fait aussi parler du deuxième point : la dépendance. Certes on peut ressentir que certains attendent de nous un résultat, et dc forcément, ca nous met la pression, ca ns culpabilise si on arrive pas... là encore, il s'agit de cadrer l'accompagnement : "Mon rôle, c'est de vous accompagner dans VOS démarches. Je vous conseille, mais c'est à vous de faire...".
Tout ça, c'est épuisant à faire. mais c'est ce qui te permettra de prendre du recul et de remettre la personne actrice de ce qu'elle vit. tu donnes à la personne des outils, à elle de s'en saisir.
ca me fait penser à certaines personnes qui me demandent un logement en urgence, et lorsque je leur dit de me ramener tel ou tel document (pr faire une demande 1% ou DALO par exemple), ils vont jamais le faire, ou le faire 5 mois après (et parce que je les aurait croisé et donc relancé). à ce moment là, je leur rappelle que les solutions n'aboutiront que si eux font telle ou telle démarches, et ça, ca ne dépend que d'eux...
J'espère avoir pu t'aider à réfléchir, à moins culpabiliser... n'hésites pas à me répondre, ou à me demander mon mail si tu veux en parler en privé.
mais rassures toi, si déjà tu te poses toutes ces questions, c'est que tu es sur la bonne voie et que tu feras une super professionnelle !
Re: Questions d'une apprentie CESF
Publié : 20 mars 2013 20:21
par Tulipe
Bonjour Framboise,
Tout d'abord je te remercie pour ta réponse. Je veux bien que nous poursuivions par mail. Tu peux me contacter à cette adresse :
menthealleau@gmail.com
A bientôt
Re: Questions d'une apprentie CESF
Publié : 20 mars 2013 20:27
par Cécé
Bonjour,
Tes questions ne me choquent pas moi non plus je te rassure. Justement, c'est bien d'être conscient de ce qu'on ressent pour parfois s'en dégager et prendre de la distance.
Je travaille dans un service médico-social, je n'instruis pas d'aides financières ou autres donc je ne suis pas confrontée aux mêmes problèmes mais plusieurs réflexions me viennent...
L'Urgence...
Quand j'ai débuté, j'avais tendance à voir toutes les situations comme urgentes : quand quelqu'un arrive, avec plein de lettres de relances suite à des dettes, des menaces d'huissier, des impayés de loyer, un découvert... ou bien une personne arrive et te dit qu'elle vit à droite à gauche, qu'elle est hébergé sur un canapé...
on se dit "ah là là, panique !!" parce que forcément (en ce qui me concerne en tout cas), je me dis que si j’étais dans cette situation effectivement je serais paniquée ! Mais comme dit Framboise, ce n'est souvent que la conséquence de leur "fonctionnement" ou de leurs actes à long terme. Et finalement, cette dette et ce découvert ne datent pas d'hier, donc ils peuvent attendre le prochain RDV, il faut essayer de relativiser. Ca peut aussi être rassurant de voir que le travailleur social temporise alors que la personne se sent prise dans l'urgence.
Le jugement :
Tu peux repérer chez certaines personnes des fonctionnements qui t'agacent : des gens qui se victimisent, qui sont en attente d'aides fi, qui ne se remettent pas en question... et à l'inverse des personnes qui vont davantage te toucher ou pour lesquelles tu vas avoir envie de t'investir plus (ex : sensibilité plus foret à telle problématique ou tel public)
C'est humain, on n'y peut rien, et c'est important de s'en rendre compte de façon à ce que le jugement (positif et négatif) que tu ressens influe le moins possible sur ton accompagnement. Même si c'est sans doute impossible de faire complètement la part des choses.
Tu n'es pas censée juger les gens, tu es censée être aussi bienveillante envers les gens de bonne foi que les râleurs ou ceux qui se victimisent. Mais cela ne veut pas dire aller dans leur sens, accéder à leurs demandes et laisser tout passer, ça n'empêche pas (au contraire d'ailleurs) de les confronter à la réalité de leur situation, de les renvoyer à leur responsabilité... Tu es obligée de recevoir chacun avec respect et bienveillance, mais tu n'es pas obligée "d'accéder à toute demande" ou de t’abstenir de leur rappeler le cadre et la réalité.
Cela prend parfois du temps de changer un fonctionnement, la personne n'est pas toujours prête à le faire ou à l'entendre. C'est la confiance que tu établis avec elle qui peut te permettre de travailler cela et de l'aider à être plus autonome et responsable. En ce sens, cela demande la patience... Parfois ce n'est pas possible car la personne n'est pas dans cette attente ou pas prête. Dans ce cas le travail n'est pas forcément possible.
Avec les gens que tu as plus du mal à "supporter" ou à aider, mettre en lien leur fonctionnement avec l'histoire de vie de la personne peut permettre de relativiser et de se dégager d'un jugement. Essayer de voir le positif chez les personnes, voir sur quelle capacité tu peux t'appuyer pour l'aider à changer, qu'est-ce que tu peux valoriser chez elle etc...
A l'inverse, être consciente que telle ou telle situation te touche particulièrement est important aussi, pour faire la part des choses, de ne pas te laisser embarquer par des situations ou l'affectivité prend trop de place.
Il ne faut pas se mentir, mon avis est qu'il y a forcément une part d'affectif ou de jugement dans les relations d'accompagnement. C'est sans doute parfois tabou, car le discours est qu'on est des professionnels, qu'on doit agir en professionnel, qu'on agit dans un cadre... mais selon moi, l'un n'empêche pas l'autre. On peut être un très bon professionnel en ayant des émotiosn, au contraire ! Ce qui est déconnant, c'est si on se met à agir "à l'affectif" sans s'en rendre compte et qu'on arrive pas à se dégager de ce qu'on ressent.
Le travail social nous confronte aussi à une certaine frustration et à des limites qui sont liées à la société : oui il n'y a pas assez de logements, oui il y a des gens qui dorment dehors, des pauvres, des enfants maltraités, des gens isolés et malades, des personnes handicapées pour qui tout n'est pas fait... Et en ce sens, la réalité peut aussi être frustrante car on a pas toujours les moyens d'aider, on est pas des superwomen et on ne va pas révolutionner la société...
Bon tout ça, ça s'apprend et ça se questionne chaque jour rassure-toi. Et tant que tu as en tête le respect de la personne, que tu essaies d'agir dans son intérêt et que tu essaies de donner du sens à ce que tu fais, tu es sur la bonne voie...
Je pense que tu peux aborder ces thématiques avec ton maître de stage ou tes formateurs car c'est très intéressant... ! Et tu verras j'espère dans ton expéreince que les collègues, la hiérarchie.. sont souvent d'une bonne aide pour prendre de la distance.
Cécé
Re: Questions d'une apprentie CESF
Publié : 20 mars 2013 22:28
par Tulipe
Cécé,
Merci de ta réponse ! Ce que tu dis est très intéressant.
Pour te répondre, c'est ce que j'essaye de faire, accueillir chaque personne avec bienveillance, même si je m'aperçois bien entendu que certains se victimisent plus que d'autres et se dédouanent plus que d'autres de leurs responsabilités. Je pense que j'ai du mal à redonner la responsabilité à l'autre car je ne m'y autorise pas. Pour l'instant je suis dans une dynamique où j'essaye de solutionner au mieux avec l'autre sa situation. J'ai encore du mal à poser le cadre. Peut être que je me laisse trop envahir par l'autre, notamment lorsqu'il me communique son sentiment d'urgence. Mais ce n'est pas forcément aisé, quand on apprend le métier de travailleur social, de se dire qu'on a le droit de départager les tâches de chacun dans l'accompagnement, de ne pas tout prendre en charge. Ça me vient aussi du fait que je suis dans une structure où je trouve qu'on assiste beaucoup trop.
Par ailleurs, comme tu dis, il est humain de parfois être dans le jugement. D'ailleurs je pense, et c'est mon positionnement, qu'il est complétement hypocrite pour un travailleur social de dire "non non, moi je ne juge jamais. Juger, c'est mal". Juger, pour moi en tout cas, ce n'est pas un mal, un crime. C'est, comme tu le dis, humain. Et cela n'est pas encombrant lorsque tu en as conscience et que cette prise de conscience te permets de te décaler de ce que tu ressens et le surmonter ou de le laisser derrière toi (ou à la porte du bureau). Par contre, c'est beaucoup plus embêtant lorsque tu ne t'en aperçois pas !
Ce dont je me rends compte également c'est qu'aider, ou accompagner, appelez ça comme vous voulez, c'est un métier. Ça peut vous paraitre évident, mais pour moi ça ne l'était pas. Dans un cadre professionnel, on n'accompagne pas qui on veut, on accompagne toute personne qui se présente. Encore une fois, ça peut vous paraitre évident, mais ça ne l'était pas forcément pour moi. En tout cas, qu'on ne se leurre pas, quand on est constamment dans la théorie (par exemple, quand on est étudiant et qu'on n'a jamais accompagné), c'est toujours hyper facile de dire "c'est évident". J'étais d'ailleurs la première à le dire. Mais maintenant je pense qu'on ne se rend pas compte de l'ampleur des choses tant qu'on ne les a pas expérimentées soi même. Et en ce moment j'expérimente cet aspect de la relation d'aide. Je comprends en situation réelle qu'aider c'est un métier qui n'est pas toujours facile. Aider finalement comporte des responsabilités, des contraintes. Et oui comme tu dis Cécé, heureusement que nos collègues sont là pour nous soutenir et nous aider à nous distancier. D'ailleurs je suis venue chercher ici plus d'avis sur mes réflexions.