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Qui croit encore en la psychanalyse?

Publié : 15 août 2009 00:31
par laios
Bonjour,

Je suis étudiant en troisième année et je me demande si vous utilisez au travail ou en stage les outils de la psychanalyse et comment?

Re: Qui croit encore en la psychanalyse?

Publié : 16 août 2009 21:01
par Pere Castor
Dans le cadre de la prise en charge de l'autisme la psychanalyse et les prise en charge qui s'en inspirent sont hélas encore très présentes. Alors que c'est une aberration française abandonnée par le reste du monde depuis longtemps dans ce domaine.

Re: Qui croit encore en la psychanalyse?

Publié : 17 août 2009 01:43
par litote
C'est ça qui est étonnant. On sait tous que la psychanalyse n'est d'aucune utilité pour ce qui concerne l'autisme et tellement d'autres choses. Mais les institutions si accrochent comme si leur vie en dépendait.

Re: Qui croit encore en la psychanalyse?

Publié : 18 août 2009 12:43
par mimi
Ayant une licence de psycho, je suis assez sensible à l'approche psychanalytique. Après je ne suis pas psychologue et ce n'est pas notre boulot d'ES, mais je suis convaincue de l'utilité et de l'importance de cette approche.
Après c'est comme tout y a des choses à prendre, d'autres à laisser, ça ça dépend de votre sens critique (capacité à reconnaître ce qui est intéressant comme ce qui est à laisser de côté), et de ce dont vous avez besoin dans votre pratique.

Donc même si je ne connais pas bien la question de l'autisme et de la psychanalyse, j'ai juste pu observer qu'une approche totalement inspirée de la psychanalyse n'est peut être pas la plus adaptée, mais il y a des choses fondamentales à prendre (place de sujet,....
Le comportementalisme a la part belle en ce moment, et c'est justement dans ces moments là qu'il faut avoir assez d'esprit critique pour en voir les limites.
Donc ne diabolisons aucune de ces méthodes et essayons de repérer ce que chaque méthode a à apporter...

Re: Qui croit encore en la psychanalyse?

Publié : 18 août 2009 14:47
par lud
bonjour,
j'ai abordé dans mon mémoire la question de la psychose infantile au travers d'une lecture psychanalytique.
Il m'a semblé important comme l'a dit"mimi" au dessus, de ne pas m'enfermer dans une théorie en la "buvant" comme vérité. simplement j'ai repéré dans ma pratique éducative que bp d'éléments faisaient écho à ce que l'approche analytique exprime. aussi j'ai pris ça comme une lecture de ma pratique parmis bien d'autres. je crois qu'il ne faut pas s'enfermer ds une théorie mais faut bien néanmoins avoir une grille de lecture des situations, et des éléments théoriques sur lesquelles s'appuyer. alors ensuite je pense que c'est à chacun d'aller lire à droite à gauche et de se forger son opinion professionnel en se gardant l'ouverture de bousculer de tps à autre son savoir pour l'ouvrir sans cesse à la remise en question et à de nouvelles grilles de lecture des situations.
bonne continuation.

Re: Qui croit encore en la psychanalyse?

Publié : 18 août 2009 15:32
par Pere Castor
C'est très bien, les "éclairages" ou autres que la psychanalyse prétend apporter sur tel ou tel sujet. Mais dans le domaine de l'autisme ça n'aide pas les enfants. Je vous invite à parcourir ce guide de bonnes pratiques pour la prise en charge de l'autisme rédigé en Espagne en 2006 (un document de ce type est en cours d'élaboration en France dans le cadre du plan autisme 2008-2010):

http://pagesperso-orange.fr/arapi/fichi ... DE-TSA.pdf

Vous verrez notamment dans le tableau page 20-21 que les méthodes psychanalytiques sont inefficaces pour aider les autistes.

Si la psychanalyse, largement utilisée en hopital de jour en France, était utile pour les autistes, la France n'aurait pas 40 ans de retard dans ce domaine. Le "comportementalisme" comme vous dites n'est pas le seul domaine à prendre en compte, il faut aussi utiliser les apports des sciences cognitives. A ce titre les deux méthodes les plus efficaces sont le TEACCH et l'ABA, méthodes éducatives avant tout.

Re: Qui croit encore en la psychanalyse?

Publié : 18 août 2009 16:31
par i
il serait bien de ne pas se focaliser sur l'autisme.
pour repondre a laios je suis d'accord avec mimi mais je pense qu'il faudrait accorder plus de place a la psychologie clinique, et eventuelement étayer avec l'approche de quelques concepts psychanalitiques.

Re: Qui croit encore en la psychanalyse?

Publié : 18 août 2009 18:27
par Laïos
Merçi de vos réponses, qui vraiment m'intéressent.

Mimi,
Je trouve intéressante ton approche qui si je peux me permettre de la résumer serait d'en prendre et d'en laisser.Justement ce qui m'intéresse c'est que laisses tu et que prends tu? Tu évoques la place du sujet, pour toi , en quoi la psychanalyse offre une place pour le sujet qui serait plus intéressante que d'autres formes thérapeutiques, par exemple? Merci de répondre.

Même question pour Lud, à quel moment vas tu a droite ou a quel moment vas tu à gauche.

Pour le père Castor qui prend le cas spécifique de l'accompagnement des personnes autistes. Je n'ai que peu d'expérience dans le domaine. De ce que je connais la position des psychanalystes Bettelhiem en tête a finalement été plus un problème qu'une résolution. Il soulève aussi la question de la place de la psychanalyse en France.

Re: Qui croit encore en la psychanalyse?

Publié : 18 août 2009 18:58
par litote
Bonsoir,
En préambule, je dirais que je suis pour la "dispute" celle du moyen-âge qui ne représentait pas une altercation violente mais un débat théologique ou philosophique dans une école. Je dis les choses avec franchise pour ne pas perdre de temps dans des circonvolutions consensuelles stériles. Il en serait surement autrement à l'oral; l'écrit ne permet pas toutes les nuances non verbales de l'échange direct. je fais ce préambule car il m'est déjà arrivé de me "disputer" avec quelqu'un sur un forum et l'ensemble des gens répondaient sur la forme et non sur le fond. Je pense par honnêteté intellectuelle que les débatteurs doivent accepter d'être heurté dans leur conviction. sinon a quoi sert le débat. Je suis prêt à être heurté dans mes convictions pour avancer.

La question est "qui croit en la psychanalyse?" La question n'est pas "y a t'il des choses à récupérer de la psychanalyse?" C'est très différent.

Mimi dit qu'il faut prendre ce qui est intéressant. C'est pour moi une façon d'éluder la question (même si ce n'est pas son intention).

La mythologie grecque nous a beaucoup apporté. Il y a des choses très intéressantes à récupérer et ce n'est pas les psychanalystes qui me démentiront. Pourtant à la question crois-tu en la mythologie grecque? je réponds clairement non. ma réponse ne peut pas être en demi-teinte.

Le centre de la question est la notion de la croyance. je crois, là, qu'il y a matière à réflexion.

Pour répondre à la question de ce topic. Je réponds non aussi. Mais cela ne veut pas dire qu'il n'y a pas des choses à préserver. Par exemple, ce n'est pas parce que je ne crois pas en Dieu que je pense qu'il faut bruler la bible, l'art religieux et les églises et ce n'est pas parce que j'aime lire la bible, l'art religieux et les églises que je crois en Dieu. Pour moi, l'inconscient tel que l'énonce Freud est très réducteur. les différents stades, le complexe d'oedipe et tout le toutim pseudo théorique, (j'affirme pseudo puisqu'elles sont invérifiables)sont complétement obsolètes.

Cependant le scénario construit pendant l'analyse elle même peut être "constructive" justement.

Re: Qui croit encore en la psychanalyse?

Publié : 19 août 2009 12:50
par mimi
Laios,
Ta question est très vaste et j'aurai du mal à te faire une réponse complète.
Mais ce que je prends dans la psychanalyse, c'est la place de sujet dans la situation qu'il vit, peu importe sa situation. Je trouve ça intéressant de se demander à un moment donné, dans quelle mesure la personne a-t-elle "choisi" ou désiré sa situation. Bien sûr cette question prend en compte l'aspect inconscient et ne fourni aucune réponse. C'est extrêmement difficile de savoir si la personne est prise dans un système de répétition et lequel, ce n'est pas notre travail. Mais je pense qu'en tant qu'éduc on doit se poser la question pour ne pas se positionner en "sujet supposé savoir": ce qu'elle vit n'est pas bon pour elle, elle ne veut pas ça ou ça,...
La psychanalyse est une source énorme de questionnement et de remise en question. Une personne peut dire je veux m'en sortir et faire tout le contraire. Ben c'est là où la psychanalyse peut intervenir pour commencer à se questionner : questionner son désir d'éduc (auquel les personnes peuvent adhérer pour faire plaisir à l'éduc...je schématise), le désir de la personne (conscient/inconscient qui peuvent s'opposer), la manière dont on s'y prend,...
Il faut évidemment travailler en équipe pluridisciplinaire (avec un psychologue si possible) pour pouvoir réaliser un réel travail.
Et faut évidemment relativiser tout ça, à un moment donné, car la personne n'est pas non plus entièrement responsable de sa situation (c'est là où on diabolise cette méthode). C'est pour cela que le travail en équipe est essentiel, intéressant (et si en plus les personnes n'ont pas tous le même système de référence)et complexe !
La psychanalyse est pour moi un moyen de se demander ce que veut réellement la personne (en ne se basant pas uniquement sur sa parole qui ne dit pas tout), de s'intéresser à sa place de sujet et donc de respecter autant que possible cette subjectivité.
La psychanalyse ne cherche pas à supprimer systématiquement les symptômes que les personnes présentent (quand c'est de l'ordre de la subjectivité et non de l'ordre du somatique). Elle prend en compte ce que la personne dit, par cet intermédiaire, et travaille sur la cause plus que sur le symptôme lui même. Pour moi c'est la base de notre travail : face à un comportement violent, mieux vaut comprendre la cause pour travailler ça plutôt que de s'obstiner à supprimer cette manifestation gênante pour tout le monde (cf deligny)

Pour ce qui est de la question de la croyance, pour moi il n'y a pas à y croire où non. C'est une méthode thérapeutique qui fait ses preuves. Comme toute thérapie, elle ne s'applique pas à tout le monde. On peut s'inspirer de certains aspects pour tenter de l'adapter aux différents publics.
Voilà pourquoi je ne répond pas complètement à la question : pour moi c'est une réelle méthode thérapeutique, qui peut inspirer le domaine de l'éducatif ou le compléter, tout comme d'autres méthodes. Et comme toutes les méthodes, pour moi elle ne peut pas se suffire à elle même et c'est pour ça qu'il faut proposer des prises en charges sur plusieurs dimensions, avec plusieurs approches. Mais pour ça, il faut réussir à garder une certaine ouverture, et c'est pas évident de bosser avec des personnes d'inspiration différente...