Page 1 sur 6

Prévention spécialisée... à l'aide! Déprime!

Publié : 27 août 2009 14:35
par Douba
Bonjour à tous!

J'ai besoin de vous pour me rassurer et échanger au sujet de la prévention spécialisée!

Je suis ES en poste depuis plus de
deux ans dans un service de prev et je doute serieusement de mon action...

Je vous explique: j'ai un cursus assez varié (PJJ, mecs, foyer d'acceuil d'urgence, Hp...) où l'action éducative était concrète et réèlle. Je me suis laissée tenter par la prev. J'aime la liberté d'action, d'innovation, être sur le terrain auprès des jeunes et considérer le jeune dans son ensemble (environnement, famille, groupe d'amis...)
Je ne sais pas si c'est un souci d'institution ou personnel... mais j'ai l'impression d'être seule au monde!!!! Je suis la seule ES de l'équipe et toute seule sur toute une ville. Je n'ai pas l'impression de faire mon boulot éducatif mais d'être conseillère en insertion... En effet, tous les accompagnements que je fais restent sur le plan insertion pro. Je n'arrive pas à aller au fond des choses avec les jeunes et à mener une réèlle action éducative. Je ne m'y retrouve plus... J'ai l'impression d'être amputée de compétences et de capacités... J'ai laisser du temps en pensant que les choses allaient changer... mais rien. Les institutions sont absentes, je suis seule sur le terrain et les jeunes ont du mal à adhérer jusqu'au bout (libre adhésion du public). J'ai l'impression de me "battre" seule face à cette fatalité de quartier, ni les partenaires, ni mon institution, ni même les jeunes ne se bougent! Je donne toute mon énergie dans ce métier et tout mon coeur... mais que faire pour que ça évolue?
Un collègue est prévu pour travailler avec moi mais réèllement deux educs au lieu d'un vont-ils changer les choses? Je ne pense pas...
C'est un peu brut de pensée ce que j'écris alors désolé pour le manque de cohérence...

J'ai fais pleins de projets avec les jeunes qui ont super bien fonctionnés sur le moment (3 séjours, expos, actions de solidarité...) mais l'après projet, là où tout dervrait commencer a toujours été un échec (je ne revoyais plus les jeunes, toujours pas d'accompagnement "éducatif"...)
Les jeunes viennent me voir pour des recherches d'emplois, de formations, des problèmes de papiers(amendes)ou pour que je leur donne une bonne image devant le Jap 3 jours avant leur rdv! Et après plus rien! Je n'ai pas rencontré une famille en 2 ans et j'ai l'impression de régresser...

Bien sûr j'ai aussi en 2 ans bossé avec des jeunes en grandes difficultés (toxicomanie, errance +++, addictions et mises en danger, violence à la maison)... où il y a eu un véritable accompagnement riche de sens, où j'ai pu mettre tous mes acquis en pratique et me sentir revivre professionnellement! Enfin des jeunes... 2 jeunes plutôt! 2 situations éducatives en plus de 2 ans!

Ca peut choquer certains mais croyez moi, c'est difficile de ne pas faire le métier qu'on aime ou de ne pas y arriver. Je me sens inutile et d'une efficacité douteuse!

Alors je ne sais pas, est ce un problème d'institution qui fait que je me sens impuissante et seule (toute seule sur 3 gros quartiers, peu de supports et pas de soutien des partenaires), suis je trop impatiente pour faire ma place (2 ans et demie de terrain) ou est ce la réalité de la prév?

Comment faire pour axer mes accompagnements sur ce que je sais faire et enfin faire mon métier d'éduc?

Comment viser le bon public (Jeunes marginalisés ou en voie de marginaliation) et ne pas s'arreter à des rdv avec la mission mocale ou l'anpe?...

Je pense partir car j'ai tant donné à ce service, à cette ville et à ces jeunes... mais je ne vois pas comment faire évoluer tout ça...

J'ai vraiment besoin d'échanger avec des éducs qui connaissent la prévention spécialisée car je crois tellement à cette action que je ne veux pas m'y résigner si facilement!

Merci pour vos réponses ou du moins pour votre lecture!

Douba

Re: Prévention spécialisée... à l'aide! Déprime!

Publié : 27 août 2009 17:19
par fifounette
Bonjour,
j'ai passé 2ans en prév, effectivement ce n'est pas toujours facile. Y'a-t-il eu un dignostique sur les problématiques des quartiers avant de monter le club? Ca fait combien de temps qu'il est sur place? Car il faut compter minimum 5ans pour être bien repéré sur le quartier. Tu ne travailles pas avec les collèges / écoles? les AS de secteur? Comment se fait-il que tu n'es pas de binôme? Car tout seul c'est encore plus dur et on a du mal à prendre du recul.

Re: Prévention spécialisée... à l'aide! Déprime!

Publié : 27 août 2009 19:37
par Douba
Bonjour!

Alors le service est en place depuis 5 ans mais le peu de personnel fait qu'il est longtemps resté inactif (5 éducs pour 4 communes!). Je ne bosses pas avec les collèges car vu que je suis toute seule je ne peux pas tout couvrir, au risque d'être dépassée... Je suis obligée de cibler les partenaires, tout comme mon champs de travail de rue. Je bosse bien avec les AS mais elles ne font pas appelle à moi, c'est plus moi qui leur oriente des personnes. Au niveau diagnostic je n'en ai pas entendu parler...
C'est vraiment dur de faire face seule...
Mais le plus dur pour moi, comme je le disais, est d'accrocher les jeunes et surtout d'avoir accès aux jeunes les plus en difficultés. Ce qui me rassure c'est que tu dis qu'il faut 5 années avant d'être repérer et reconnu sur le territoir. De plus une équipe de médiateur est en place depuis longtemps et du coup les jeunes ont beaucoup de mal à me distinguer d'eux. Les accompagnements restents sur un plan professionnel ou de démarches administratives...
Est ce normal vu le jeune âge du service? Est ce ma manière de faire? Y'a t-il des "astuces " à connaître?
Au bout de 9 ans d'expérience, c'est la première fois que je doute de mes compétences...

Re: Prévention spécialisée... à l'aide! Déprime!

Publié : 28 août 2009 09:47
par fifounette
Oui, la prev ce n'est pas facile pour tout ça. 5 ans c'est vraiment pas beaucoup. C'est pas évident d'expliquer son travail d'éducateur en prev, alors les jeunes ne comprennent pas trop non plus ce qu'on leur veut. D'autant qu'éducateur, ça veut dire les problèmes derrière, pas évident de reconnaître qu'on en a peut être besoin. Ce qui m'étonne, c'est que tu sois seule, car pour accrocher les jeunes on a pas 36 solutions, on s'appuie vraiment sur les activités, les sorties (quitte à être confondu avec des animateurs), la différence c'est qu'un éducateur a toujours quelque chose en tête et que l'activité n'est que le début et non une fin. Mais faire des sorties seule avec des jeunes, c'est pas bon, on doit être 2 minimum. Et le travail de rue, si tu n'as rien de concret à leur proposer, c'est difficile. Effectivement, si on ne leur parle que de recherche de boulot, d'insertion... Il n'y aura que les plus motivés pour répondre et ceux qui auraient vraiment besoin d'un accompagnement nous échappent. Je crois vraiment que ton problème vient du fait que tu sois seule, car pour établir la relation et "attirer" les jeunes, je ne vois que les activités et seule c'est pas possible.

Re: Prévention spécialisée... à l'aide! Déprime!

Publié : 28 août 2009 11:16
par xav
Bonjour Douba,

Je ne pourrais pas t'apporter grand chose car je n'ai pas d'expérience en prév mais je tenais à laisser un petit mot car les témoignages de cette qualité et honnêteté là font du bien sur ce forum!

Tu as certainement raison de te poser des questions sur le sens de ton boulot -c'est même souvent salutaire et on peut avoir tendance à l'oublier!, mais ne te déqualifie pas non plus.
Perso, je retiendrais la notion de temps nécessaire comme le dit une autre collègue. C'est qu'il en faut du temps pour une rencontre qui aille au delà d'un projet ciblé ou d'un entretien. D'autant plus que t'es isolé professionnellement et difficile à repérer et investir de par ton statut.

Accroche toi, le fait même que tu te poses ces questions montrent tes qualités! Et au moins tu peux tacher de rompre ton "isolement" en échangeant et en tentant de développer ton partenariat.

Re: Prévention spécialisée... à l'aide! Déprime!

Publié : 09 sept. 2009 00:42
par Eléa
bonjour,
Je viens de tomber sur ton message, je viens de démissionner d'un poste d'éduc en prév que j'occupais depuis 3 ans. quand j'ai lu ton mail, je me suis complétement retrouvée dans tes mots... j'aurais pu l'écrire... malheureusement,il semble que ton constat reflète pour beaucoup la réalité. Il est vrai que le fait que tu sois seule sur le terrain ne dois pas faciliter le travail... mais si ça peut te rassurer, pour ma part nous étions 4 éduc... 2 diplômés, et malheureusemnt mes collègues se prennaient plus pour les grands frères et ne savaient pas ce que le travail d'éduc signifiait et qui plus est de travailler en équipe. le travail étant basé essentiellemnt sur la relation que l éduc arrive à créer avec le jeune, j'ai pu assister à des dérives peu professionnelles, copinage, camouflage grave,avance d'argent, les limites sont poussées parfois à l'extrème, les éducateurs acceptent d'accompagner et de faire des suivis qui d'un point de vu moral et déontologique sont tout simplement inadmissible, tout ceci pour ne pas casser une soit disante relation...j'avoue être dégoutée aujourd'hui du travail en prévention spécialisée. La direction devrait être garante du cadre(même si ce dernier est vraiment light)mais une fois encore, les dérives sont là...le peu de contôle facilitant ces dérives.. vive la libre adhésion et l'anonymat... pas de compte réel à rendre, tout peu si vite être faussé, modifié! aujourd'hui j'ai plus la sensation de faire du commerce social, il faut faire bonne figure devant les politiques.Alors on monte des projets,il faut avoir une vitrine pour atirer les jeunes on rempli, on fait du chiffre, et puis après ...rien...mais forcément tout est ok , les partenaires nous respectent, parcequ'on touche des jeunes...et qu'on ne fait pas un "métier facile". mais de quelle manière. Je n'ai pour exemple que le lieu ou j'ai exercé, j'aime penser que tous les clubs de prév ne fonctionnent pas comme cela, mais je suis dégoutée de voir commnent l'argent du contibuable est utilisé. Moi aussi j'y croyais... Les valeurs professionnelles auquelles je crois et mon ethique heureusement on eu raison des dérives de la prévention.
Ce message est peu glorieux, il y aurait tellement à dire, c'est un témoignage de terrain. Il faut arrêter de mettre les "éduc de rue" au devant de la scène...
Ne doute pas de tes compétences, demande toi surtout pourquoi tu n'es pas plus soutenue, il faut reprendre les choses à la base... Bon courage à toi.

Re: Prévention spécialisée... à l'aide! Déprime!

Publié : 09 sept. 2009 16:57
par giscle
Je partage ton point de vue Eléa. Moi je n'ai fait qu'un stage : copinage, positionnement peu adulte, opacité totale des actions menées.... on ne savait jamais qui était ou !!!! Pas d'écrit, refus de rendre des comptes....

Effectivement, la libre adhésion et le respect de l'anonymat sont mis en avant....

Peut-être que la prévention est désuette maintenant ????

Re: Prévention spécialisée... à l'aide! Déprime!

Publié : 09 sept. 2009 21:55
par fifounette
j'y suis restée deux ans et il y avait des écrits. Des fiches d'intervention chaque fois que l'on voyait un jeune ou une famille (de façon formelle et informelle). Des projets à monter, des comptes rendus d'activité, des bilans... J'ai même trouvé qu'on commencait un peu à s'éloigner du terrain tellement on avait d'écrits. Concernant les avances d'argent, ça peut se discuter, en tout cas ça doit toujours êrtre exceptionnel avec un contrat écrit. Il m'est arrivé d'acheter des tickets de bus pour qu'un jeune aille chercher du taf. Après ça dépend à qui bien sûr! Ca m'est arrivé avec un petit groupe de jeunes (3) d'accrocher particulièrement, et de me rapprocher d'eux. Ca arrive d'accrocher avec quelques jeunes... C'est humain, mais il faut être prudent

Re: Prévention spécialisée... à l'aide! Déprime!

Publié : 10 sept. 2009 23:13
par margot93
Bonjour Eléa, et bien sur Douba,

Personnellement, je suis entrée en prev par hasard, juste après mon diplome, ce mode d'intervention m'intéressait, j'ai pris trois mois avant de me décider. J'ai débuté par une implantation, rapidement une équipe a été recrutée. Malhaureusement mon équipe se composait de deux personnes en cours d'emploi et d'un cadre. Je me suis rapidement retrouvée à outre passer mes fonctions, j'étais souvent seule, et je gerais pour les absents les rdv. Trop rapidement nous avions sollicités les demandes et après seule je me trouvais debordée. Seule et sans formateurs de terrain. Après deux années j'ai jeté l'éponge.
Je me suis décidée après une prise de recul à chercher un nouvel emploi, mais j'avais trop peu d'expériences hors prévention, j'étais perdue, je postulais loin de chez moi pour travailler dans le social, je voulais de la distance et une équipe.
Chemin faisant, avec beaucoup d'appréhension j'ai refait des recherches en prev malgré mes angoisses, j'ai passé deux entretiens, je les ai fait avec mes conditions,je voulais une équipe et une structure.
Et j'ai trouvé le cadre ce qu'il me manquait, je suis arrivée sur un quartier complexe, une équipe en construction et un directeur de terrain encore présent, une espèce de passe muraille qui protège son équipe et la regarde travailler. Un espèce de pater, qui a accepté que j'ai mes conditions, que je me protège, que je prenne le temps de réfléchir, d'écrire.
Cela fait bientôt cinq ans que j'y travailles je m'y sens bien. Les choses sont parlées. Le partenariat se fait sans que l'éduc devienne un enjeu politique, c'est le rôle de la direction. Il y a des vrais bilans, nous faisons les écrits du rapport d'activités, malgré une équipe qui a du se construire et pallier au turn over commun dans le social, nous arrivons aujourd'hui à se dire que nous sommes 6 éducs et travaillons ensemble. Je me sens bien mieux, les choses se font, les coups de gueules sont fréquents. On n'est pas des petits jeunes mais une équipe entre 25 et 40 ans, et pas de traitements de faveur, nous faisons tous des horaires ap midi/soirée, les sejours les vacances sco, on s'adapte au public pas à nos envies. Nos envies c'est pour monter un atelier où l'on peut partager avec les jeunes. Je fais très peu d'acompagnement de jeunes, nous attendons de voir la capacité du jeune à se déplacer verifions ses priorités. Nous essayons de le rendre acteurs, nous faisons du travail de rue et ce à plus de 50 % du travail hebdommadaire et à pieds, on est disponible mais reportons la demande pour verifier les besoins (ap on est pas tout le temps aussi formels je l'avoue cela dépend de beaucoup de paramètres). L'équipe ne fonctionne pas en binome, ni trinome, on fait en sorte de se partager et faire de travailler de rue les uns avec les autres sans préférences.
En fait pour vous dire que le cadre structure les équipes et qu'il est possible de faire un traval efficace si la gestion est bonne, du coup il n'y a pas de vitrine, mais un travail au long cours inscrit dans la durée, et qui rassure le public visé. Plus l'équipe est stable plus elle est cohérente (même discours), moins il est difficile pour les nouveaux embauchés d'intégrer et de mener un travail de fond sur un quartier.

Re: Prévention spécialisée... à l'aide! Déprime!

Publié : 12 sept. 2009 01:52
par zazou
salut douba,

ne serais-tu pas Camille par hasard?