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Mémoire sur habiter en institution/ le "chez soi"

Publié : 10 juil. 2013 10:38
par Clém
Bonjour à celles et ceux qui me liront!

Je serai à la rentrée prochaine en 3ème année de formation d'ES.
Afin d'appréhender le travail qui m'attend, je suis en pleine réflexion sur mon sujet de mémoire qui doit porter sur mon stage actuel que je réalise auprès d'ados (14-18 ans) dans un foyer d'action éducative. Ce foyer est divisé en 2 et bientôt 3 unités de vie soit 9 ou 10 jeunes par unité avec 5 ou 6 chambres et 4 studios.

Plus de la moitié des jeunes accueillis sont des MIE.

Ce qui m'a interpellé: certains jeunes MIE ou français disent "je suis chez moi j'fais ce que je veux",
"je rentre à la maison",
"c'est chez nous",...

Est-ce que pour vous les personnes accueillies en institutions sont "chez elles" ?

Pensez-vous qu'en creusant plus, je pourrai dégager une problématique sur ce thème?

Je suis un peu perdue à vrai dire!

merci d'avance

Re: Mémoire sur habiter en institution/ le "chez soi"

Publié : 11 nov. 2013 23:39
par Laura
Bonsoir,

Je vais te répondre en tant qu'ancienne "jeune", pour reprendre leur jargon: je ne me suis jamais sentie chez moi. Que ce soit en mecs ou dans un studio laissé à disposition par le "foyer". Le terme "foyer" en devient ironique tant les rapports de dominations étaient forts, les éducateurs abusant moralement les jeunes. C'est simple, au risque de te choquer, je suis sortie de cette expérience avec le sentiment que les éducateurs sont à la base des sous-merdes qui y ont vu une opportunité d'abuser des personnes placées en situation d'infériorité, de précarité tant psychique (j'étais dans un foyer où nous avions toutes vécues des agressions sexuelles, des maltraitances graves voire des tentatives d'infanticide) que matérielle. Parlant de précarité, comment se sentir chez soi quand le JAF ou les éducateurs peuvent te mettre à la rue du jour au lendemain? Pour moi, un chez-soi, c'est quelque chose qui se construit avec le temps, la stabilité, un abri au monde où l'on peut se retrouver, où notre sécurité psychique et physique sont garanties, où nos valeurs peuvent s'exprimer. Dans l'institution où j'étais, il y avait de la violence entre filles (comment faire cohabiter autant de vécus où les traumas, dénigrés par "l'équipe éducative", ne cessent de s'exprimer?), mais rien de comparable à la violence des éducateurs. Enfin, on n'avait pas le droit de se plaindre. C'était ça ou un retour à l'abattoir, voire la rue et le tapin.

Ma réponse est peut-être heurtànte, dense et confuse. Mais... vois comme quelques années après cette expérience me remue encore.


Et par pitié, lis Muriel Salmona. Elle est spécialisée dans la prise en charge des victimes de violences. Elle est l'auteure d'un "livre noir des violences sexuelles" et d'un site très bien documenté, memoiretraumatique.org
Ne pas avoir ce savoir élémentaire, c'est risquer de devenir comme les éducateurs que je décris, un petit tyran de merde. Et ne pas donner aux "jeunes" l'occasion de se défaire des déterminismes de la violence subie.

Re: Mémoire sur habiter en institution/ le "chez soi"

Publié : 12 nov. 2013 10:43
par Baleste..;
Merci Laura pour ce témoignage.

Je suis toujours (et il y a longtemps que ça dure) consterné par l’attitude de certains "éducateurs" comme ceux que tu évoques.

Une des premières fois où je me suis fâché contre mes collègues est la NUIT où je les ai vu lâcher un gamin de dix huit ans sous la halle de la ville au prétexte, qu'ayant atteint dix huit ans, il n'était plus pris en charge !

Cette désinvolture me rend malade.

Par dessus le marché, ils sont incapables de garder un peu d'ordre et de paix dans leur groupe de vie...

Si vous avez l'occasion, lisez le livre "Moi, Gilbert Gavens, meunier depuis 400 ans..." Ce vieux monsieur raconte, je le crois, un des secrets de la vie.
Etre attendu à la maison !!!

Les enfants qui sont attendus à la maison ne font pas de bêtises... C'est aussi simple. Si il y a violences, indifférence, voire maltraitance, les enfants n'ont pas envie de rentrer et se vengent à l'extérieur.
C'est un peu simple, dit comme cela, mais sur un post de quelques lignes c'est difficile de faire plus.

Une autre question en passant. Est-ce que ces jeunes gens qui disent "la maison" pour parler du foyer ont un petit coin à eux ? (Les ados, par exemple qui aiment bien mettre leurs posters dans les chambres) ou, est-ce que la "maison" est toujours ce monde anonyme peint en vert hôpital que l'on rencontre parfois ??? en d'autres termes est ce que la maison est vraiment investie par les gens qui l'habitent ou péniblement tenue debout par des gestionnaires qui ne peuvent pas faire autre chose pour cause de petits cerveaux ?

Amitiés