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Mémoire sur habiter en institution/ le "chez soi"

Publié : 10 juil. 2013 11:06
par Clém
Bonjour à celles et ceux qui me liront!

Je serai à la rentrée prochaine en 3ème année de formation d'ES.
Afin d'appréhender le travail qui m'attend, je suis en pleine réflexion sur mon sujet de mémoire qui doit porter sur mon stage actuel que je réalise auprès d'ados (14-18 ans) dans un foyer d'action éducative. Ce foyer est divisé en 2 et bientôt 3 unités de vie soit 9 ou 10 jeunes par unité avec 5 ou 6 chambres et 4 studios.

Plus de la moitié des jeunes accueillis sont des MIE.

Ce qui m'a interpellé: certains jeunes MIE ou français disent "je suis chez moi j'fais ce que je veux",
"je rentre à la maison",
"c'est chez nous",...

Est-ce que pour vous les personnes accueillies en institutions sont "chez elles" ?

Pensez-vous qu'en creusant plus, je pourrai dégager une problématique sur ce thème?

Je suis un peu perdue à vrai dire!

merci d'avance

Re: Mémoire sur habiter en institution/ le "chez soi"

Publié : 16 juil. 2013 02:23
par Mégane
Hello,
Je passe en troisième année ES. Ton sujet me rappelle beacuoup mes filles. J'ai fais mon stage long en MECS.
Vu qu'elles y vivent , techniquement c'est chez elles, c'est leur lieu de vie, même si elles doivent respecter des règles, comme dans tout foyer. Il leur arrivaient souvent de dire, ici c'est chez nous et quand cela arrange, elles n'hésitent pas à le revendiquer. Pourtant quand il y a conflit avec l'adulte, elles n'hésitent pas à casser les portes, casser les lates du lit...dégrader ce lieu qu'est soit disant chez elle....donc voilà. Mes jeunes n'ont pas la même problématique que tes ados MIE mais c'est ce que je pouvais dire. Je pense que c'est une bonne idée mais je suis dans la mm galère que toi. Bon courage ;)

Re: Mémoire sur habiter en institution/ le "chez soi"

Publié : 16 juil. 2013 11:31
par Donni
Bjr,

A l'intérieur des institutions "d'hébergement", s'agissant d'enfants ou d'adultes, il me semble que les usagers doivent pouvoir bénéficier d'espaces respectueux de leur intimité. Ce lieu peut généralement être défini au sein de ... la chambre (ou appart ou studio). Pour autant, cela ne signifie absolument pas qu'ils sont "chez eux" et qu'ils peuvent faire ce qu'ils veulent : ni au sein des espaces collectifs non privatifs, ni au sein de leur propre chambre, qui plus est s'agissant "d'enfants", lesquels, dans l'attente de leur majorité, restent sous la responsabilité d'un ... adulte. Celui qui assume cette responsabilité a, même dans le milieu éducatif (voire surtout!), son mot à dire.

Quand un enfant qui n'est pas au sein d'une institution dit qu'il rentre chez lui (dans sa maison avec papa maman), cela ne veut pas pour autant dire qu'il peut y faire ce qu'il veut ! A moins d'avoir des parents ultra tolérants et/ou libertaires, ce qui, en terme d'éducation, n'est pas a priori l'axe de travail privilégié ...

En disant cela, les ados signifient sans doute leur volonté d'échapper à toute autorité, ce qui, a priori, est relativement normal, et fait parti du "jeu". Cela ne veut pas dire que leurs arguments sont valables. Il me semble qu'il vous faut donc développer un contre argumentaire, et reposer le cadre institutionnel (lequel, normalement, devrait répondre, bien mieux que nous sur un forum, à la question que vous posez!).

Salutations,

Re: Mémoire sur habiter en institution/ le "chez soi"

Publié : 16 juil. 2013 13:30
par Alex
Sujet de mémoire qui peut être fort intéressant.
Là ou je taff nous étions confronté à cette problématique car notre discours était "ce lieu est le votre, c'est votre maison". Nous avons quelques peut réorienté maintenant c'est "ce lieu est mis à votre disposition le temps de votre passage, on te met à disposition une chambre qui a déjà accueillis d'autre jeune et qui en accueillera d'autre a.

Re: Mémoire sur habiter en institution/ le "chez soi"

Publié : 16 juil. 2013 23:13
par Anne
Bonjour,
Je ne suis pas du tout d'accord avec les propos de Donni...
J'ai travaillé 5 ans en MECS et l'équipe éducative faisait en sorte que les jeunes se sentent "chez eux". Tout simplement parce que 90% des jeunes ne rentraient pas du tout dans leur famille. L'établissement était l'endroit qui contenait leur lit, leurs vêtements, leurs jeux. Autrement dit, à quel autre endroit auraient-ils pu se sentir "chez eux"?

Bien sûr, les jeunes sont ambivalents. Un jour ils accrochent leurs photos personnelles au dessus de leur lit, ont envie de planter des fleurs dans les jardinières, décorer leur établissement, participer aux règles de vie (ce qu'il faut les encourager à faire!) et puis le lendemain ils cassent tout... C'est aussi le propre des problématiques abandonniques. Ils s'attaquent à ce qui les contient pour tester la "solidité des murs". ça n'empêche pas de reconstruire avec eux le jour suivant, histoire de leur montrer que les murs (et les murs c'est aussi l'équipe et les limites qu'on donne aux ados) tiennent bon.

Mes enfants, chez les autres ils sont très sages... C'est à la maison qu'ils font leurs plus grosses bêtises. Justement parce qu'ils savent qu'ils vont être recadrés, mais pas moins aimés pour autant. On se lâche là où on sait qu'il y a un filet pour nous rattraper.

Ce sujet me paraît vraiment intéressant, il y aurait beaucoup à en dire! La où je bossais, les jeunes avaient même du mal à nous comprendre, adultes, lorsque nous disions à la débauche "je rentre chez moi"...

Heu.. par contre j'ai une question toute bête: c'est quoi des MIE??

Re: Mémoire sur habiter en institution/ le "chez soi"

Publié : 17 juil. 2013 08:07
par Claire
Bonjour,
Les MIE sont les mineurs isolés étrangers. ILs ne bénéficient d'aucune intervention de réseau familial durant leur accueil. Leur réseau sécure, lors de leur admission, se limite souvent à l'institution.

Anne, peut-être n'ai-je pas compris, mais je ne vois pas en quoi votre propos s'opppose à celui de Donni?

Donni, en tant que responsable d'établissement, je partage votre analyse.

Clem, votre sujet me semble intéressant (tout dépend toujours de la manière dont il est traité) car il rejoint une de mes préoccupations : quels repères quand les jeunes quittent la structure? contrairement aux enfants vivant chez leur famille, les jeunes confiés n'ont pas forcément possibilité de retourner dans leur ancien "chez eux", revisiter leur chambre, bref garder des repères du passé. Pour certains, c'est une réelle souffrance. Aujourd'hui, nous faisons le constat que certains (j'insiste sur le fait que ce ne soit pas une généralité)ne parviennent pas à investir leur propre logement lorsqu'ils ont quitté leur lieu de placement. ils sont présents tous les jours au sein de leur "ex"institution, et ne parviennent pas à investir un autre réseau social.

Sur le quotidien des jeunes confiés à l'ASE, je partage l'avis de Donni : identifier un lieu comme chez soi pour un jeune peut être semblable à l'identification du domicile parental par nos enfants. Ils sont chez eux mais ce n'est pas eux qui sont adultes responsables. Bien entendu, ce n'est pas le même écho pour un jeune qui sait pouvoir compter sur ses parents ou pour un jeune qui sait que l'institution accueille jusqu'à 15 ans, 18 ans...et donc qui vit avec cette échéance en tête.
Bon courage

Re: Mémoire sur habiter en institution/ le "chez soi"

Publié : 17 juil. 2013 09:24
par Donni
Bjr Anne,

Comme le dit Claire, je ne suis pas certain que nos propos soient si opposés que cela, mais il me semble que votre développement présente plusieurs failles :
- Vous développez un positionnement sans connaître le public accueilli puisque vous questionnez ce qu'est un MIE : est-ce à dire que votre logiciel théorique est transposable à n'importe quel public au sein de n'importe quelle institution et au regard de toute situation ? Si ce modèle existe, je suis preneur, mais je continue de croire que les postures institutionnelles, et le logiciel théorique sur lequel elles s'appuient doivent être adapté au contexte (environnement, public, projet associatif ...) ==> il est nécessaire qu'il y ait des institutions différentes, avec des modes d'accompagnement différents permettant de répondre à la diversité des situations et des publics, chacun pouvant ainsi trouver sa place, celle qui lui convient ; ainsi, ce que vous dites peut être valable en MECS où visiblement, d'après votre expérience, cela correspondait aux besoins des usagers ; or, en l'espèce, Clem nous explique que cela ne lui paraît pas adapté puisque l'équipe n'arrive plus à gérer les conséquences de cette posture ...
- Vous faites un parallèle entre les problématiques "abandonniques" et vos propres enfants, lesquels, a priori, n'ont pas été abandonnés et pourtant, développent les mêmes comportements ==> donc, ce n'est pas la structure abandonnique supposée qui est en cause, mais la question de l'adolescence. Et sans doute là dedans me semble-t-il que se trouve la problématique, et les hypothèses éducatives sous-jacentes :

Puisque l'on signifie à ces jeunes qu'ils sont chez eux, ils reproduisent les comportements d'un ado chez lui. Vos ados font-ils ce qu'ils veulent chez vous ? dans leur chambre ? dans le salon ? Ne vous arrive-t-il jamais de leur signifier qu'ils ne sont pas chez eux, mais chez vous et que c'est vous qui fixez les règles de vie en collectivité au domicile ? Que l'adolescence est la transition vers l'âge adulte, période durant laquelle ils vont construire leur véritable chez eux, mais qu'en attendant, ils ne font pas ce qu'ils veulent, chez vous ?

De la même manière, je pense qu'il est illusoire de croire qu'une institution peut remplacer des parents (un éduc, une équipe éducative peut-elle / doit-elle apporter "l'amour filiale" nécessaire au bon développement de tout enfant ... ?) voire une "patrie" et une famille dans le cadre de MIE. Des parents ne cessent pas de soutenir et d'accompagner leurs enfants une fois la majorité atteinte. Or c'est le cas des institutions pour enfants. Autant les y préparer, sinon ils se sentiront abandonnés une seconde fois, et je ne suis pas certain que cela facilitera leur vie d'adulte ...

Et pour en revenir à Clém, c'est en effet à la fois un très joli sujet de mémoire (mais très "casse gueule") mais surtout une réelle problématique institutionnelle relevant de ... l'institution : son équipe éducative, sa direction lesquels doivent réinterroger le projet d'établissement ...

Salutations,

Re: Mémoire sur habiter en institution/ le "chez soi"

Publié : 17 juil. 2013 11:23
par Clém
Je vois que ce sujet fait débat!
Merci pour vos réponses, cela m'aide beaucoup pour avancer dans ma réflexion même si j'ai bien conscience qu'il s'agit d'un sujet "casse gueule" !

Alex,qu'est-ce qui a fait justement que le discours de votre équipe soit passé de "ce lieu est le votre, c'est votre maison" à "ce lieu est mis à votre disposition le temps de votre passage, on te met à disposition une chambre qui a déjà accueillis d'autre jeune et qui en accueillera d'autre" ?

Claire, la question sur quand est'il quant aux repèrent des jeunes lorsqu'ils quittent la structure, leur "chez eux" où certains on passé 3 ou 4 ans m'est venue également à l'esprit.
Un des jeunes est actuellement dans un studio interne à la MECS, et depuis 1 ou 2 mois il recherche avec un éducateur un appartement extérieur. Je ne l'ai jamais vu autant sur le collectif depuis que ces démarches on commencées! il semble tourner en rond, chercher la présence des adultes et des autres jeunes pour discuter, se rassurer peut être? Il n'aura bientôt 18 ans et a demandé un contrat jeune majeur.

Je voulais également rebondir sur les propos de Donni, je suis d'accord avec vous lorsque vous donnez l'exemple d'un ado qui vit chez ses parents et non chez lui et que ce sont les parents qui fixent les règles de la vie en collectivités. Cependant cela me fait penser à une situation lorsqu'un jeune m'a dit qu'il était chez lui et que nous (les éducateurs,...) nous n'étions pas chez nous. Je n'ai pas su quoi lui répondre puisqu'il avait en parti raison, c'est notre lieu de travail et c'est leur lieu de vie, pour un temps certes mais c'est difficile de trouver les mots pour qu'ils comprennent qu'ils ne sont pas "chez eux".

Et parfois ils disent qu'ils sont chez eux quand cela les arrange. (ex: fromage dans le frigo, un jeune trouvait que ça sentait mauvais; "ça pu quand on ouvre le frigo, je suis chez moi donc si ça me gêne je le jette"! autre ex: vie en collectivité qui pèse, marre des tâches quotidiennes, des règles de vie en collectivité, " j'en ai marre j'ai envie de partir, d'être chez moi tranquille" )
C'est aussi la problématique adolescente avec tout le côté paradoxale...

Re: Mémoire sur habiter en institution/ le "chez soi"

Publié : 17 juil. 2013 11:43
par donni
Clem,

S'agissant du fromage dans le frigo, la réaction de l'ado est logique : vous (l'institution / l'équipe) lui expliquait qu'il est chez lui. Donc ce frigo lui appartient, ce qu'il y a dedans également, donc il en fait ce qu'il veut. Comme moi, quand je suis chez moi : je n'autorise personne à me dire ce que je dois faire de la nourriture qu'il y a dans le frigo ... en revanche, je n'autorise pas mes enfants à faire ce qu'ils veulent, ni du frigo, ni de ce qu'il contient. En revanche, si je décidais de rendre quelque peu indépendant mon ado, en lui permettant d'avoir une kithchenette avec frigo à l'intérieur de son "chez lui", sa chambre, ma posture sera différente : jusqu'à un certain point (sa chambre reste implantée dans MA maison et non la sienne), je l'autoriserait à faire ce qu'il veut du "fromage qui pue" à l'intérieur de SON frigo, lequel est DANS SA chambre.

Bref, il me semble que votre MECS gagnerait à bien définir le périmètre du "chez soi" de ces jeunes : si vous maintenez que l'ensemble de l'institution, c'est le chez eux, je ne vois pas comment sortir de l'impasse et argumenté face à ces jeunes. En revanche, si le frigo est situé dans un espace collectif, lequel ne peut appartenir à une seule personne, c'est le collectif qui doit décider des règles et non chaque usager. Ce collectif, ce peut-être soit le groupe de jeune (démocratie interne si vous maintenez que l'ensemble de l'institution leur "appartient"), soit l'équipe et sa direction, auquel cas, c'est vous qui en fixez les règles, et non eux.

Aussi, soit votre projet institutionnel et votre règlement de fonctionnement sont à réinterrogés et à revoir en profondeur, soit il faut accepter les conséquences du cadre posé actuellement.

En tout état de cause, choisir, c'est renoncer ... chaque cadre / posture amènera son lot d'avantages et d'inconvénients, d'où la nécessité qu'il soit pensé au regard des besoins spécifiques du public accueilli, sans oublié la commande sociale.

Salutations,

Re: Mémoire sur habiter en institution/ le "chez soi"

Publié : 22 juil. 2013 19:53
par Clém
Je vous remercie Donni pour votre réponse qui amène a réfléchir.