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Craquer au travail
Publié : 21 févr. 2014 19:37
par louise082014
Bonjour, j'aurais besoin de conseils. Je travaille dans une MECS (ordonnance 45). Il y a quelques jours, j'étais seule avec un petit groupe de 4 jeunes de 13 à 17ans. Nous étions partis en ville en soirée. Du début de la soirée au moment où j'ai "craqué" ils n'ont pas arrêté. Insultes vis à vis des gens et entre eux, comportement inadapté (hurlements, moqueries, jugement etc), ingratitude, impolitesse, questions indécentes et j'en passe, comportements dangereux en voiture, menaces me concernant etc. Leur comportement a été tellement loin que malgré maintes rappels au cadre et remarques j'ai fini par craquer, et de retour au foyer, j'ai eu besoin de m'isoler un temps, pendant lequel je n'ai pas pu retenir mes larmes. Aujourd'hui, je m'interroge sur le moyen de tenir coute que coute. Comment faites vous pour réussir malgré la fatigue a faire en sorte que tout vous passe au dessus, ou rester calme?En gros, Comment on fait pour ne pas craquer?merci de vos réponses
Re: Craquer au travail
Publié : 21 févr. 2014 22:51
par Malyse
Bonsoir Louise,
J'ai travaillé pendant 10 ans en internat avec des enfants et des ados et pour se sentir fort sur ce type de poste, il faut se sentir soutenue (par l'équipe, les collègues, la direction). Et lorsque l'on sent qu'on craque, pouvoir passer le relais sans culpabiliser.
Ensuite pour se faire respecter par les jeunes, il faut éviter le "bras de fer": ne pas asseoir de force son autorité ou montrer qu'on veut "gagner" (les jeunes cherchent à nous entraîner dans ce sens car ils mettent notre autorité au défi), mais plutôt leur montrer combien ils se pénalisent eux-mêmes par leur comportement, et ne pas rompre le dialogue même si c'est dur.
Il faut pouvoir reprendre les évènements avec eux (à froid et après entretien avec l'équipe pluridisciplinaire), de manière formelle, et avec tes collègues et ton chef de service. Leur signifier leurs débordements inadmissibles, leur irrespect et leur mise en danger, et les sanctions qui en découlent, avec, ce qui est primordial, le soutien visible par les jeunes, des collègues et de la hiérarchie.
Au delà de la colère ou de notre vexation/ sentiment d'échec (qui nous font dire qu'il "faut tenir coute que coute"), il y a notre mission, que l'on ne doit jamais quitter des yeux: être garant de la protection de jeunes en difficulté et les aider à grandir.
Le jeune que tu as sanctionné sévèrement hier, tu seras peut-être là demain pour soutenir ses intérêts devant le juge des enfants, ou te démener pour régler un problème dont il est victime. Au bout d'un moment, ta bienveillance et la force des valeurs que tu défends finira par payer, et tu seras mieux entendue des jeunes que tu accompagnes.
Ne te décourage pas.
Re: Craquer au travail
Publié : 22 févr. 2014 02:48
par Katia
Louise,
Il n'y a aucune recette magique. Il n'y a que des mots, prendre du recul, ne pas s'isoler dans sa pratique, échanger, étayer ta réflexion avec l'équipe, apprendre à détecter les signaux qui prédisent un craquage.
Après au moment T de la crise, à toi de trouver des "astuces" pour te décaler de cette violence, de repérer les situations qui seraient susceptibles de te mettre plus en difficultés et de les anticiper.
Concernant cette soirée: As tu déposé plainte pour les menaces? Ne pouvais tu pas solliciter quelqu'un pour faire tiers?
Re: Craquer au travail
Publié : 22 févr. 2014 21:47
par louise082014
Bonsoir,
Merci ENORMEMENT d'avoir pris le temps de me donner ces conseils, que je prend avec grande considération.
Après avoir réfléchit quelques jours à cette situation ,je pense que ce que j'ai vécu comme un echec, c'est le fait de m'être trompée, non seulement sur ce qu'ils sont et donc d'avoir trop attendu d'eux. Ce qui je pense implicitement leur a peut-être "mis la pression". Concernant l'équipe, j'ai la chance d'avoir une équipe soutenante, avec qui j'ai eu l'occasion aujourd'hui par exemple de pouvoir en discuter. Effectivement être solide dans nos décisions est un point important et c'est vers cela que nous allons aller. Concernant "le tiers", je leur ai fais des rappels à cela toute la soirée mais ce sont des jeunes qui pensent n'avoir plus rien à perdre (parents qui ne veulent plus d'eux, périodes de prison etc), j'ai beau leur expliquer qu'il y a tjs qqchose de possible, ils n'en sont pas encore à pouvoir le concevoir, ce qui rend notre travail long et compliqué. Quoiqu'il en soit, encore une fois merci, je ne me décourage pas, j'aime trop ce métier pour ça!!