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le tutoiement et le vouvoiement dans le domaine du handicap mental

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Dupont

le tutoiement et le vouvoiement dans le domaine du handicap mental

Message non lu par Dupont » 08 mai 2017 22:47

Bonjour,
Je prépare actuellement mon mémoire de fin d'études sur le tutoiement et le vouvoiement dans le domaine du handicap mental.
Je dois réaliser une enquête auprès de professionnels de santé travaillant avec des personnes présentant un handicap mental.
Voici le questionnaire de mon enquête.
1- Depuis combien de temps exercez-vous avec des personnes présentant un handicap mental ?
2 – Tutoyez-vous certains résidents ? Si oui, lesquels ?
3 – Est-ce que l’utilisation du tutoiement est un manque de respect ?
4 – Le tutoiement permet-il de garder une distance professionnelle.
5 – Peut-on tutoyer tous les patients ? Si non, quels sont les patients qu’il ne faut pas tutoyer ? 6 – Est-il plus facile d’entrer en communication avec des personnes ayant un handicap mental en utilisant le tutoiement ?
7-Vous êtes-vous déjà interrogé sur l’emploi du tutoiement et du vouvoiement dans la relation? Pourquoi ?
8- Qu’est ce que pour vous distance professionnelle ?
9- Avez-vous déjà rencontré des expériences positives ou négatives liées au tutoiement ou vouvoiement avec vos patients.

J'aimerais avoir vos avis et vos réponses grâces à vos expériences.

Merci

Lilou

Re: le tutoiement et le vouvoiement dans le domaine du handicap mental

Message non lu par Lilou » 10 mai 2017 00:28

Bonjour,

1- Depuis combien de temps exercez-vous avec des personnes présentant un handicap mental ?

J'ai travaillé dans plusieurs structures différentes, (avec coupures) sur une période de 6 ans. Je travaille en foyer de vie depuis maintenant 2 ans où j'accompagne au quotidien des personnes âgées de 20 à 75 ans environs.

2 – Tutoyez-vous certains résidents ? Si oui, lesquels ?

Oui, je peux même dire que je les tutoie tous, sauf exception. Je tutoie les plus jeunes comme les plus âgés, et eux me tutoient aussi. En règle générale, je vouvoie une personne quand nous ne nous connaissons pas. Par la suite, je lui demande si je peux la tutoyer (parfois le tutoiement vient naturellement si la personne me tutoie d'entrée). Si la personne préfère le vouvoiement, je le respecte bien entendu.

3 – Est-ce que l’utilisation du tutoiement est un manque de respect ?

Je pense que ça dépend du contexte. Pour ma part, le contexte c'est que j'accompagne ces personnes dans le quotidien. On partage nos repas, des conversations parfois très profondes, des pleurs et des confidences tout comme des moments pleins de joie et de rigolade. On est là pour eux dès le réveil et les accompagnons jusque dans leur lit le soir, on est au plus proche de leur intimité quand on les accompagne dans certains actes et j'en passe. Quand on est dans ce partage et cette proximité (c'est mon avis bien sûr), je trouve difficile de vouvoyer une personne car en effet, je trouve que ça met une certaine distance. Par exemple, je m'imagine dans un moment comme j'en rencontre : je fais la vaisselle avec deux résidents, on se prends au jeu de le faire en chantant à tue tête, à se marrer voir même à chahuter dans la bonne humeur... Je ne m'imagine pas trop le faire en les vouvoyant.

4 – Le tutoiement permet-il de garder une distance professionnelle.

Pour moi, c'est la posture du professionnel qui fait que la distance professionnelle est adaptée. Le tutoiement et le maintien d'une certaine distance est tout à fait possible, mais encore une fois, je pense que ça dépend de la personne qu'on a en face de soi, du contexte d'intervention. C'est pour ça que je trouve toujours intéressant de se poser de temps en temps cette fameuse question autour du tutoiement/vouvoiement.

5 – Peut-on tutoyer tous les patients ? Si non, quels sont les patients qu’il ne faut pas tutoyer ?

Je l'ai un peu dis plus haut déjà, non. Tout dépend du contexte et de la personne, de l'importance qu'elle peut elle-même accorder au tutoiement et vouvoiement, le sens qu'elle y met derrière et ce qui peut se jouer dans la relation à travers cette approche relationnelle. Je ne peux pas en dire plus, il n'y a pas de personne type que l'on peut tutoyer ou non.

6 – Est-il plus facile d’entrer en communication avec des personnes ayant un handicap mental en utilisant le tutoiement ?

Je vais passer pour celle qui radote, mais encore une fois, tout dépend de la personne. Pour autant, je dirais qu'avec certaines personnes que j'accompagne, je trouve que le tutoiement facilite la relation. Je vais donner quelques exemples :
- Exemple d'un jeune d'environ 25 ans. A son arrivée je l'ai vouvoyé. Il ne le supportai pas car il disait que ça faisait vieux. Ca a tout de même amené un échange autour du fait qu'il était adulte et que s'était une manière de le respecter etc. Il entendait cela, mais savait expliquer que ça le mettait mal à l'aise. Il m'a donc clairement demandé de le tutoyer.
- Certains résidents perçoivent le "vous" uniquement au "pluriel". Ils peuvent donc penser qu'on ne s'adresse pas uniquement à eux quand on leur parle et ça peut être déstabilisant.
- Certaines personnes ont connu le milieu institutionnel toute leur vie quasiment. Ils sont, comme on peut parfois le dire, même si je trouve cette façon de dire un peu bizarre "institutionnalisés". Beaucoup d'entre eux ont connu des centaines "d'encadrants" tout au long de leur parcours car en institution, ça bouge tout le temps. Ils sont surement tombé depuis longtemps sur des encadrants avec qui le tutoiement était naturel et aujourd'hui, même quand un nouveau professionnel arrive, ils le tutoient d'emblée et ne fonctionnent qu'avec le tutoiement. Çà n'empêche que si on le souhaite on peut les vouvoyer (je connais des pros qui vouvoient tout le monde sans exception), mais j'estime, pour ma part, que ce n'est pas déconnant de les tutoyer tout comme ils me tutoient.

7-Vous êtes-vous déjà interrogé sur l’emploi du tutoiement et du vouvoiement dans la relation? Pourquoi ?

Oui je me suis souvent questionnée sur le sujet, peut-être un peu plus à mes débuts, d'autant plus que j'étais jeune et que j'accompagnais parfois des personnes ayant l'âge de mes parents. Aujourd'hui, je "me" questionne moins sur le sujet mais questionne plutôt l'utilité ou non de tutoyer/vouvoyer au cas par cas. Je le questionnais aussi généralement à mon arrivée au sein d'établissements différents, pour savoir s'il y avait une manière de faire, des principes d'actés dans la structure sur le sujet.

8- Qu’est ce que pour vous distance professionnelle ?

Pfiou, il est tard pour me demander ça à l'heure où j'écris =). Pour moi, la distance professionnelle correspond justement au fait de toujours faire attention à être considéré aux yeux de la personne accompagnée comme étant le professionnel ou l'encadrant, on le dira comme on le voudra. Aussi faire en sorte que la relation soit "adaptée" Je ne vais pas donner de définition à proprement dite mais partir de petits exemples :
- Quand je découvre une personne, et qu'elle me découvre aussi, je vais faire attention aux questions que je vais lui poser, je vais éviter d'entrer trop rapidement dans son intimité si c'est possible, afin de ne pas être trop intrusive au risque que cela mette la personne trop mal à l'aise. En gros, je vais essayer de lui laisser le temps de me découvrir et de me jauger, je vais faire de même pour adapter ma posture.
- Certaines personnes peuvent vite devenir envahissantes et vouloir faire ami-ami si l'on ne met pas de limites. Se sont des personnes avec qui je suis très claire sur les limites que je pose pour qu'elles sachent ce qu'elle peuvent se permettre ou non (niveau rigolade, tactile, cadre etc).
- Certaines personnes ont tendance à trop "s'accaparer" des encadrants à un point qu'ils ont du mal à le partager et qu'ils ne comptent que sur lui. Il faut savoir compter sur son équipe pour éviter ces relations duelles car elles peuvent être très néfastes pour la personne, comme pour le professionnel. Quand on commence à entendre des "c'est mon éduc ou c'est mon résident", c'est vraiment pas bon.
- Certaines personnes sont très tactiles. Pour certains, autoriser certains gestes (une bise ou se prendre dans les bras), ça peut amener du bon comme du mauvais. Je pense à une résidente qui prend parfois dans ses bras les encadrants pour les remercier d'un truc ou autre. Ca lui fait du bien, je dirais même qu'elle a besoin de ce type de marques d'affection. Pour autant, elle sait elle-même se limiter et n'en demande pas "trop". Une autre en revanche, si on l'autorise une fois ne serait-ce qu'a nous faire une tape sur l'épaule, peut se mettre à devenir hyper tactile et en recherche permanente de gestes affectueux. Là, ça créé des débordements qui finalement se répercutent sur elle et le fait de mettre une limite est aussi une manière de lui apprendre à travailler sur sa propre distance à l'autre.
- Niveau distance, il y a ce qu'on s'autorise à dire de nous-même et à entendre de la personne accompagnée aussi. Par exemple, je sais que ça ne me pose pas de problème de dire dans quelle ville j'habite, si j'ai des enfants, certains résidents me demandent régulièrement des nouvelles de mon animal de compagnie etc. Je trouve qu'avec tout ce que je sais d'eux et vit avec eux, je peux leur donner un peu de ma personne car je ne suis pas un robot et ils le savent. Pour autant, je sais rester vague et il y a des questions auxquelles je refuse de répondre. Quand il s'agit de recevoir les confidences d'un résidents, je fais toujours attention. Je sais être claire sur le fait que je ne m'engage pas à garder "secret" ce qu'ils me confient car en fonction de la confidence, je sais que je devrais en parler à mon équipe. Le système de confidence est d'ailleurs insécurisant dans la relation parfois car ça nous donne un certain pouvoir (de taire ou non). De même, il y a des sujets que je n'aborde pas avec les résidents, notamment si je ne me sens pas à l'aise ou si j'estime qu'il y a des professionnels plus adaptés (notamment sur le plan de sexualité, de la vie affective). Il faut savoir reconnaître que l'on a pas tous les savoirs ni toutes les compétences pour accompagner la personne dans tous les domaines, il faut donc passer le relai.

Bref, pour moi la distance professionnelle c'est ce qui fait que dans la relation, notre posture fait que la relation est éducative avant tout. Je m'autorise à "donner" de moi-même et à instituer certaines limites en fonction de ce que cela va apporter à cette relation et qui va me permettre de travailler avec la personne. Je ne sais pas si je suis claire...

9- Avez-vous déjà rencontré des expériences positives ou négatives liées au tutoiement ou vouvoiement avec vos patients.

Pas particulièrement.

Bon, je pense que mon roman suffira pour ce soir. Je précise à nouveau que c'est un point de vue qui m'appartient et que je respecte d'autres approches. Je fais avec ce que le vouvoiement et le tutoiement ont écho en moi aussi, c'est comme ça que je suis à l'aise dans la relation que j'ai avec les personnes que j'accompagne.

J'espère pouvoir lire les retours d'autres collègues.

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