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Sujet de DE "Bateau"

Publié : 22 août 2006 11:19
par Wawa
Bonjour, je suis jury au D.E., mais je ne suis pas formateur, et de plus en plus je constate sur les DE et sur ce forum que beaucoup d'entre vous (étudiants) conseillez de choisir des sujets bateaux pour le mémoire et la situation sociale. Je m'interroge car ces conseils se basent sur le fait qu'il faut entrer dans la norme afin de ne pas risquer de déplaire.
De mon point de vue je n'ai encore jamais vu d'étudiant avoir une mauvaise note car il présentait un sujet original et polèmique, c'est même le contraire. Mais ce n'est que ma propre expérience. Alors je souhaiterai pouvoir en discuter avec vous car, ce choix stratégique fait par nombre d'entre vous appauvrit la réflexion et l'échange lors des DE, chose que la majorité des examinateurs nous déplorons. Mais je crois que si ces options sont choisis c'est qu'il y a une raison autre que l'envie de ne pas trop se fouler à prendre un thème innovant car à travailler avec finesse et donc plus difficile à traiter. C'est important d'avoir vos témoignages car je me sens en total décalage avec ce que je vois sur ce forum, car je prends en général mon pied quand j'ai des étudiant qui me présente des thèmes qui me titille un peu, s'ils sont bien traités. Je ne crois pas être un cas isolé. Alors d'où viennent ces craintes. Il est temps que ça change, mais sans retour de votre part ce ne sera pas possible. Est-ce des conseils fait par d'autres étudiants, par les formateurs ou autres, ou alors les terrains de stages ne permettent pas assez de vous questionner, ou est-ce la formation qui est trop politiquement correcte etc...A vos plumes.
Wawa

Re: Sujet de DE

Publié : 22 août 2006 11:51
par clo
Bonjour wawa,

Je ne suis pas la mieux placée pour vous répondre car je ne suis que future étudiante.
Mais d'après les messages laissés sur le forum, je me dit que si ces sujets dits "bateau" sont choisis c'est peut-être parce que les ouvrages consacrés sont plus nombreux.

En effet, peut-être est-ce plus "casse-gueule" de choisir un sujet avec seulement un ou deux ouvrages pour soutenir sa thèse...

Mais encore, n'étant pas confronté à la chose ce n'est qu'une hypothèse.

Par ailleurs, un autre bruit circule ici et j'aimerai que vous m'éclairciciez.
Est-ce vrai que si un étudiant choisi un sujet dans la problématique est directement focalisé sur le travail de l'AS dans ce cas, il est plus difficile pour lui de s'en sortir ?

Merci,

clo

Re: Sujet de DE

Publié : 22 août 2006 13:10
par faf
Bonjour,
Je viens d'avoir mon DE et je suis très intéressée par ce que tu soulèves. Voilà, pour ma part, j'ai choisi de traiter, pour mon mémoire des assistants sociaux qui exercent dans les commissariats de police (au service des usagers) et d'aborder la question de la construction de l'identité professionnelle de ces AS, à l'interface entre services sociaux et services de police...
Eh bien, pour traiter ce sujet j'ai effectué des entretiens dans divers départements (puisque ces professionnels sont peu nombreux en france), je me suis vraiment investie dans mon travail...Lors de l'oral, je n'ai pas senti un grand intérêt pour mon enquête, ni pour le sujet en lui-même, qui pose pourtant pas mal de questions chez les professionnels aujourd'hui.
J'ai eu des notes correctes 3 et 4...Mais ce qui est sûr, c'est que quand on traite un sujet un peu original, c'est d'abord parce qu'on se questionne soi-même, ce n'est pas pour faire quelque chose d'original à tout prix.
Pour ma part, le centre de formation m'a encouragée dans ma démarche, je ne pense pas qu'ils représentent un frein...
J'ai envisagé la formation comme un moment de réflexion, de questionnements, de préparation à mon futur métier...
J'ai lu effectivement sur ce forum certains conseiller à d'autres de na pas prendre trop de risques...de ne pas viser à tout prix le sujet original; quant à moi, je pense que le débat est ailleurs, il faut avant tout se questionner et être dans une démarche de recherche, que le sujet soit original ou pas...

Re: Sujet de DE

Publié : 22 août 2006 13:16
par Ptit pimousse
Bonjour,

J'avais choisi comme sujet de mémoire le décès périnatal et la place de l'as dans cet accompagnement et malgré ce sujet délicat et très très interessant, mon mémoire n'a pas obtenu une bonne note, j'ai eu 2 à l'oral et à l'écrit. L'on m'a reproché entre autre de ne pas avoir élucidé certaines questions qui se posent face à ce sujet , de plus, heureusement que je me suis défendu à l'oral je cite "malgré une prestation oral correcte", sinon c'était le 1 assuré. Je ne comprend ps encore vraiment j'avais choisi un sujet assez novateur je crois et mes formateurs trouvaient mon travail interessant... le but du mémoire est-il de répondre à toute les questions qu'un sujet peut soulever ??? je ne pense pas que cela soit possible ou alors je suis à coté de la plaque !

Re: Sujet de DE

Publié : 22 août 2006 15:05
par Wawa
Pour répondre à Clo en ce qui concerne ce bruit qui court...Je crois que c'est plutôt le contraire. Dans la mesure où le mémoire n'est pas un mémoire de recherche à proprement parlé mais un mémoire pro, il est plutôt judicieux de traiter sur le positionnement professionnel de l'AS dans un champ de réflexion donné. Et puis les AS aiment bien qu'on parle d'elle ;-)
Pour les autres, en lisant ce vous exprimez je m'aperçois que j'ai mal posé ma question. En fait j'aurai peut-être dû commencer par qu'est-ce qu'un sujet risqué dans le choix d'un thème de mémoire.
Et pour ptit Pimousse, je n'ai pas lu ton mémoire (mais si tu me l'envoie je suis cap de le lire ;-)) donc je ne donnerai pas d'avis sur ta note, mais effectivement il ne s'agit pas de répondre de façon exaustive à toutes les problèmatiques d'un sujet, mais peut-être qu'il y a un certains nombres de problèmatiques importantes que tu n'as pas abordés. Mais encore une fois je parle sans avoir lu ton mémoire.
Merci à tous pour votre réflexion.

Re: Sujet de DE

Publié : 22 août 2006 17:14
par slashio
Wawa,

Je suis maintenant professionnel depuis quelques années et j'ai été de ceux qui recommandent de chosir un sujet "bâteau". Je vais de nouveau m'expliquer.

J'avais choisi un sujet de mémoire qui était engagé socialement et politiquement. "Les obstacles liées à la construction identitaire des jeunes d'origine maghrébine".

J'avais pour objectif de montrer en quoi la dimension culturelle est un paramètre à prendre en considération lorsqu'on travaille avec un public qui se réfère également à une autre culture.

J'avais choisi, en accord avec la sociologue de l'école, de recueillir les témoignages de jeunes issus de l'immigration ayant réussi à accéder à des études supérieures ou un métier valorisé par la société pour comprendre avec eux ce qu'ils avaient dû affronter comme obstacles éventuels liés à leur culture, à leur histoire etc.

J'étudiais les interactions entre trois espaces : l'école, le quartier et la maison en essyant de pointer ce qui pouvait avoir de l'importance sur certains comportements lorsqu'on est jeunes et que l'on construit sa personne.

Bien entendu, j'étais parti de constats faits depuis les politiques de la ville et autres récits et analyses d'auteurs divers, sociologues, ethnologues, psychologues etc.

J'avais abouti, au détour de l'analyse des entretiens au rôle central du père de famille en rapport avec le passé colonial français, l'Algérie, la main d'oeuvre "importée" en France après guerre etc.(je fais beaucoup, beaucoup de raccourcis !)

Bref, un questionnement que je trouvais passionnant quant au rôle des travailleurs sociaux au sein de ces quartiers, de tenir compte de cette dimension et d'aider les pères de famille à réinvestir leur rôle. Bien sûr, cette recherche aurait nécessité encore d'autres approfondissements et surtout d'avoir des idées plus concrètes du type d'action que l'on pourrait développer sur le terrain.

Mais je n'étais encore qu'étudiant.

Mon épreuve s'est très mal déroulée. Lors de ma soutenance, j'ai à peine été écouté. L'universitaire m'a tout de suite dit, après mes 10 minutes d'exposé qu'elle n'avait pas lu mon mémoire mais qu'elle s'était attelée à ma problématique, puisque c'est ce qu'on lui demandait. Et qu'elle a été ma grande surprise de découvrir après un an de travail sur ce mémoire suivi (voire pisté !!!) par la sociologue de mon école, que mon hypothèse de travail n'en était pas une ! Et le formateur école d'enchainer en me disant qu'il était évident que les difficultés rencontrées étaient dues aux problèmes économiques et sociaux mais pas à l'aspect culturel (heureusement que je ne me suis pas aventuré sur l'aspect de la religion...).

Bref, en gros ma recherche était vide de sens...

L'AS présente dans le jury a essayé de me repéché mais n'a fait que m'enfoncer avec ses questions qui demandaient des réponses de terrain, que je ne pouvais déjà donner.

Pendant 45 minutes, j'ai été malmené sur un débat (ce mot n'est pas le bon)d'idées où le formateur école se faisait un plaisir de contester les définitions que j'avais trouvées sur la culture et autres aspects en me demandant pourquoi j'avais choisi celles-la et pas d'autres...

Bref, le lynchage s'est terminé, je me suis accroché comme j'ai pu, convaincu d'avoir fait un boulot honnête et sérieux. J'ai attendu de pouvoir m'isoler pour craquer nerveusement et ne pas laisser ce plaisir supplémentaire d'être humilé devant ces personnes.

J'ai eu 2/5 à l'écrit comme à l'oral.

Evidemment, mon expérience n'est pas généralisable et je ne cherche plus à réparer ce préjudice aujourd'hui. Pour cela j'ai écrit à la DDRASS qui a fait son travail d'après les infos que j'ai eues plus tard. Mais il faut arrêter de mentir aux étudiants qui stresent pour le D.E. Oui, il y a aussi des gens "peu recommandables" dans les jurys et on peut avoir à y faire face. Même s'il sont minoritaires, j'en suis sûr, choisir un sujet bateau permet de ne pas trop s'exposer et se faire envoyer dans les cordes à 2 voire 3 contre 1 et qui plus est le jour d'un exam ! Parce qu'au détour d'une discussion, on peut se défendre à armes égales, pas le jour d'un exam, vous le savez comme moi.

Le résultat, je suis d'accord, c'est de se "taper" en tant que jury des trucs mille fois traités comme "RMI et insertion sociale", "l'insretion par l'économique, quel avenir" etc.

Désolé, la responsabilité en revient à ceux qui abusent de leur pouvoir. Vous comprendrez que je ne digèrerai jamais vraiment le procès d'intention qui m'a été fait. Je participe moi-même à des jurys de sélection, pas encore au D.E, et je vois de l'autre côté de la barrière comment cela se passe. Bien entendu ce type de fonctionnement n'est pas admis de façon institutionnelle, mais il est bien lié aux personnes. Le problème ? Aucun contrôle s'il n'y a pas de plaintes...

Je reste ouvert à la discussion.

Re: Sujet de DE

Publié : 22 août 2006 19:25
par faf
Je réagis au message de Slashio, lors de ma soutenance non seulement j'avais l'impression qu'on m'attendait au tournant mais de plus un des membres du jury, sociologue, me pose plusieurs questions qui montrent qu'il n'a manifestement pas lu le mémoire...En cela ce que tu dis Slashio fait écho...
Est-ce possible de ne pas lire les mémoires des étudiants? Ca paraît incroyable!

Re: Sujet de DE

Publié : 22 août 2006 20:40
par clo
Bonjour Slashio,

Comment contester ce genre d'entretiens ?

Peut-on contester ses notes ?


clo

Re: Sujet de DE

Publié : 23 août 2006 00:14
par Charlotte
bonjour,
je vais entrer en 3ème année et j'hésite entre 2 sujets de mémoire:
le 1er est d'actualité et peu traité dans les ouvrages " les conditions de vie des femmes dans les cités en parallèle avec la défense actuelle de la parité entre les sexes".
Le second plus "bateau" sur le rôle des pères après la séparation du couple ( en raccourci).
Perso, je pense prendre le second car désormais, dans le nouveau DE, une note en dessous de la moyenne aest éliminatoire n'est plus compensable et j'angoisse à l'idée de ne pas parvenir à trouver les ressources nécessaires pour réaliser un travail correct. Je préfère "assurer mes arrières". Ce n'est sans doute pas très courageux mais ce n'est pas lors d'un exam que l'on peut discuter d'égal à égal d'un sujet et défendre ses idées.

Re: Sujet de DE

Publié : 23 août 2006 09:16
par slashio
Clo,

A la fin de la journée, j'ai téléphoné à mon école pour m'entretenir avec la Directrice et connaître sa position face à ce que j'ai considéré comme de la "maltraitance", je pèse mes mots.

Bien évidemment, on n'a pu me la passer, ce sont des gens très occupés, n'est-ce pas. Bref, j'ai pu avoir la sociologue qui m'avait accompagné tout au long de ce travail et qui me voyait bien récolter un 5/5 puisque d'après elle ma recherche allait au-delà de ce qui était demandé au D.E. Peu importe, enfin si parce que du coup autant elle aurait pu penser que je m'étais planté tout seul si j'avais eu 2 a l'oral mais une note convenable à l'écrit, or la j'ai eu la même note aux deux, ce qui lui a paru étrange. Cependant sa réaction n'a pas été aidante pour moi ; elle n'a pas trouvé mieux que de dire que les autres années il faudrait aller au D.E aussi pour sanctionner les étudiants des autres écoles... Elle a rien compris en fait, elle a pensé que c'était un réglement de comptes entre ce formateur école en question et moi qui venait de cette école où les taux de réussite était plus importants.

Donc ce que j'ai fait, bah j'ai attendu les résultats, en serrant les fesses très fort (pardon de la familiarité du propos mais ça traduit bien l'état du moment), je n'avais plus les cartes en main. J'ai eu mon D.E de justesse, ce qui était le plus important pour moi. Je me suis dit ensuite que j'oublierai avec le temps, que j'avais manqué de chance sur ce coup là et puis au fil des mois, j'ai commencé à bosser et le D.E suivant approchait.

Alors j'ai décidé d'écrire au Directeur de la DDRASS du Département où j'ai passé le DE en expliquant que j'étais professionnel en poste, fier d'exercer ce métier, mais amer d'avoir été maltraité par mon jury d'examen un an plus tôt, en laissant suffisamment d'éléments pour qu'il retrouve de quel jury il s'agissait.

J'ai pensé qu'il n'était pas trop tard, parce que de nouveaux jurys se préparaient donc c'était même plutôt le moment !!!

J'ai su après, je ne sais plus comment d'ailleurs, que d'autres avaient fait la même démarche que moi, sans que l'on se soit concertés, c'est dire les ravages qu'ont pu faire ces gens sans grande valeur.

Ma plus grosse déception a été d'entendre de la bouche de formateurs écoles que le souci pour les organisateurs des épreuves était qu'ils avaient du mal à trouver du monde... Traduction : ils prennent aussi ce qu'il trouve !

Autant ce fameux jury sera de nouveau convié dans quelque temps si certaines chaises sont vides. ca fait plaisir non ?

Allez, je me dis que le meilleur moyen de lutter contre ce type de dérive est de devenir soi-même un professionnel consciencieux et conscient des enjeux de pouvoir pour mieux les combattre et un jour en effet, être celui qui est capable en présence de personnes comme celles-la de choisir ouvertement une autre position face à l'étudiant.

Hauts les coeurs !

Wawa, où es-tu ?