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lettre à mon assistante sociale

Publié : 18 août 2008 10:55
par mohamed
Travailleurs sociaux,
Travailleuses sociales,
quelques idées pour faire enfin du bon boulot.

Réferent-e-s RMI, assistant-e-s social-e-s de quartier ou de la CAF, vous aviez choisi ce boulot parce que bêtement vous vouliez aider les gens.

Pourtant, depuis un sacré bout de temps, lorsque votre usager-e ferme la porte du bureau, vous avez comme un sale gout dans la bouche

Pour être franc-he, vous avez comme l’impression que vous ne l’aidez pas tellement. Trouver un logement ? Impossible.

Empêcher son expulsion pour une dette de loyer ? Une demande de FSL est en cours, mais la prochaine commission est dans deux mois...

Débloquer un peu de fric pour finir le mois ? le budget est épuisé, à part deux bons alimentaires qui traînaient et un dossier à remplir pour le vestiaire d’Emmaus...

Bon, vous essayez de vous réconforter en pensant aux boulots que vous avez permis de décrocher ?

Un CDD de deux mois au magazin du coin, grâce au plan d’insertion élaboré par le Medef et la mairie, un emploi aidé , sans oublier bien sûr les temps partiels de douze heures au Smic horaire à la régie de quartier.

Le problème, et ce que vous n’avez pas oser dire aux usager-e-s, c’est que vous avez calculé leur revenu futur, illes vont gagner à peine cent euros de plus qu’au chômage



Ce qui vous ennuie aussi, ce sont tous ces dossiers à remplir pour informer la mairie, l’aide sociale à l’enfance de la vie de votre usager-e.

Ce qui vous ennuie encore plus, c’est que vous ne comptez plus les usager-es qui vous ont traité d’incapable, de collabo, et celleux peut-être encore plus décourageant-e-s qui vous disent oui pendant une heure, signent sans broncher n’importe quel contrat d’insertion et dont vous avez la désagréable impression qu’illes vous emmerdent en silence.

Mais que faire ? La grève ? Vous l’avez déjà faite l’année dernière mais non seulement la direction s’en foutait, mais en plus les usager-e-s ont failli vous lyncher pour les rendez-vous manqués.

Heureusement vos usager-e-s pensent à vous, vous aiment et vous comprennent. Nous autres Rmistes et autres , ne pouvons pas faire grève pour résister aux contrôles et aux pressions, ni pour augmenter notre revenu. Nous avons donc élaboré quelques autres moyens de lutte que nous vous révélons ici, mélange d’astuce et de solidarité.

A vous de jouer !!!!

- La grève du zèle : il s’agit d’appliquer à la lettre les possibilités offertes par la loi et le contenu de votre contrat de travail. Pour vos supérieurs, cela peut vite devenir désastreux.

Exemple 1 : il existe dans chaque conseil Général, des accords collectifs, qui consistent à réserver à certains usager-e-s des logements sociaux. Il faut constituer un dossier que vous transmettez ensuite à une commission. Théoriquement ces accors peuvent concerner beaucoup de monde, mais vu le petit nombre de logements que les bailleurs et les mairies consentent à mettre sur le marché, on vous demande plus ou moins officieusement de limiter le nombre de demandes. Oh là, là mais c’est très arbitraire tout ça. Donc soyez neutres, et faites systématiquement les dossiers. Vous obligerez ainsi les représentant-e-s des bailleurs et les élu-e-s à passer des heures et des heures en commission . Bien sûr vous aurez informé vos usager-e-s de QUI siège dans ces commissions et QUI refuse les logements.

Exemple 2 : ce n’est pas vous qui déterminez les budgets du fonds solidarité logement, des aides financières d’urgence, du fonds EDF. Pourquoi ce serait à vous de gérer la pénurie ? Au contraire informez systématiquement les usager-e-s de leur droit, faites leur remplir des demandes, encore et tout le temps.

- N’assumez que vos responsabilités propres : vous les trois quarts du temps, vous ne faites que remplir les dossiers. Ensuite, c’est une commission ou vos supérieurs qui prennent la décision. Résultat, quand celle-ci est injuste ou inadaptée, qui prend tout en pleine poire ? Vous. Perdez vos mauvais réflexes : appelez systématiquement votre direction dès qu’un usager-e est mécontent-e, et passez lui au téléphone, ou mieux emmenez le/la dans le bureau de votre supérieur.

- Vous n’êtes pas un bureau de placement, vous êtes un travailleur social ou une travailleuse sociale : de plus en plus, on vous bassine en réunion avec l’insertion professionelle. Tous les mois, on vous présente tel ou tel stage bidon que vous êtes censé conseiller à vos usager-e-s, tel ou tel type de contrats aidés à placer. Mais vos usager-e-s Rmistes sont en mauvaise santé, ont des problèmes de logement, de formation et franchement vous vous trouvez un peu à côté de la plaque avec stages de remobilisation dont la seule brochure de présentation a suffi à vous donner le bourdon, alors vous n’imaginez même pas le résultat du stage lui-même sur l’usager-e.

Mais au fait la loi sur le RMI prévoit que l’allocataire peut signer uniquement sur l’insertion sociale ? Eh bien proposez à tous vos allocataires des contrats sur ce thème et défendez la reconduction tant que la situation sociale ne s’est pas arrangée. C’est la loi, non ?

- Personne ne voit ce que vous faites dans votre bureau :
franchement, convoquer des allocataires pour leur répéter les discours de l’institution ça vous fait autant chier qu’elleux ? Eh bien si vous êtes obligé-e de les convoquer , vous n’êtes pas obligé-e de les harcelez. Et si au lieu de leur poser sans arrêt les mêmes questions (alors, qu’est ce qu’on a fait ce mois ci pour trouver du boulot), vous en profitiez pour les informer de leurs droits ? Sachez-le, l’ambiance est telle, que la plupart d’entre nous n’osent plus rien demander à moins d’une urgence vitale de peur dêtre catalogué-e-s comme assisté-e-s.

- Prenez vos responsabilités : ils veulent vous forcer à contrôler, c’est à vous qu’on demande de signaler l’absent à la convocation ? Franchement qu’est ce qui est le plus grave, mentir et déclarer la personne présente, ou la priver de revenu alors que vous savez très bien qu’elle est déjà dans la merde et qu’en plus vous n’aviez pas tant de choses que ça à lui proposer pour s’en sortir ?

- Brisez le silence : oui d’accord, il y a le secret professionnel. Mais enfin, personne, pas même votre inquisitrice de directrice ne pourra soupçonner que derrière "super référent-e" qui témoigne de ce qui se passe dans tel ou tel service sur ce site, ou "sauveuse des assisté-e-s qui envoie plein de conseils sur un forum de chômeurs chômeuses", se cache Monsieur Boudu ou Madame Titane, référent-e parmi d’autres au CCAS du coin.

Oui, mais si je suis tout-e seul-e à faire ça, ça ne changera rien pour les usager-e-s ?

Ca changera déjà les choses pour vous, qui ne serez plus tout à fait un petit maillon de la grande chaîne à précariser. Vous verrez aussi que vos usager-e-s ne sont pas ces monstres agressifs ou agressives et quémandant qui vous mettent tout sur le dos mais la plupart du temps des gens dont les problèmes ne sont pas très éloignés des vôtres.

Et puis êtes vous vraiment sûr d’être tou-te-s seul-e-s ? Et si vous étiez nombreux et nombreuses à faire les mêmes constats et que ce qui vous manquait c’était les perspectives d’action ?

Re: lettre à mon assistante sociale

Publié : 18 août 2008 12:06
par AD
Dans les détails, il y a des erreurs quand à la vision du Travailleur social, mais beaucoup de petites vérités et sur le fond, en ces heures de contrôles sociales et de toute puissance du libéralisme la dissidence est l'une des rares voies éthique.

Un travailleur social qui a déjà détruit tous ces dossiers quand il à quitté un poste ( sans suivi long terme a priori) pour éviter qu'ils ne soient utilisé à de mauvaises fins et squizzé sa hiérarchie.

Re: lettre à mon assistante sociale

Publié : 18 août 2008 17:38
par Gaga
merci mohamed...il est bon de vouloir remuer tout ça.

Bien que l'intervention en service social reqiert certains principes (mission du service, déontologie...), s'appuie sur une méthodologie et qu'il ne faut pas être dupe non plus, j'ai aussi envie de porter ce message à mes collègues: lâchons nous , lâchons prise avec nos missions et soyons nature dans les relations avec nos bénéficiaires, on n'est pas au théatre, c'est la vraie vie, la vraie m.... pour beaucoup d'entre eux, osons l'incongru qui provoque parfois le changement tant espéré, faisons un pas de coté avant de remplir fiches et autres dossiers utiles aux hiérarchies et administration: quelles en sont les finalités? quelles plus values pour "les gens d'en bas"? et faisons remonter les besoins, les idées, les malaises. Brefs, soyons militants depuis notre petite place (bien au chaud quand m^me)et cessons de pleurer dans notre coin: nous n'avons pas de pouvoir de décision, que ceux qui les tiennent les assument.

Re: lettre à mon assistante sociale

Publié : 19 août 2008 11:45
par loubna
Je suis d'accord avec toi Mohamed!!!

Je pense que si nous avons choisi cette voie ce n'est pas par hasard et j'ose espérer que mes collègues ou futur collègues sont tous plus ou moins millitant!!!
Durant les trois années de formation j'ai pu me rendre compte que nous pouvons faire avancer les choses!! Exemple: le CG ne veut pas attribuer une aide fi à une famille et bien pas grave je refais une autre demande en argumentant différemment; mais c'est à nous de prendre le temps d'insister même si la réalité du métier fait qu'aujourd'hui on a plus beaucoup de temps.

En tout cas bon courage Mohammed

Re: lettre à mon assistante sociale

Publié : 19 août 2008 11:59
par Nancy
c'est une lettre que j'ai déjà lue ailleurs, sur Oasis et sur un blog je crois.
J'aimerais savoir, moi, qui est Mohammed qui nous envoie ce texte, un travailleur social, un usager, un citoyen, et j'aimerai connaitre son point de vue plutôt que ce texte "copié collé", qui provient si je me rappelle bien d'un site genre AC!

Re: lettre à mon assistante sociale

Publié : 19 août 2008 13:48
par Mohammed
C'est un usager qui a galère qui fût choqué un jour par le fait qu'on lui demande une lettre de motivation alors qu'il était dehors sans papier ni crayon .
J'ai trouvé ce texte très véridique donc je l'ai posé sur ce forum pour voir les réactions .
Oui nous sommes dans la vraie vie mais des fois on a l'impression qu'on rentre dans une pièce de théâtre quand on rentre dans certaines institutions .
Même si l'assistant(e) sociale est un métier de proximité d'un point de vu relationnelle il y a aura toujours cette barrière administrative .
Le problème c'est que l'on a affaire depuis pas mal d'année à une "politique" sociale et non pas à du social .
J'utilise le terme "politique" parce qu'il rentre on dirait de plus en plus dans le domaine de l'ass .
Il faut des résultats immédiat qui t'a négliger l'usager .
On voit aussi apparaître des Ass qui changent de rapport avec l'usager et dénonce par des lettres anonymes les sans papiers donc ce rapport "politique" ne paut qu'encore plus dégrader l'humanisme d'une profession qui devient de plus en plus exécutante au sombre destin des résultats de la politique territoriale .
J'ai été ravie par vos commentaires .Cette profession n'est pas encore perdue entre la polyvalence ,le rôle de l'ass qui n'est plus le centre de tout et le politique qui selon moi vous tiraille tout les jours .

Source de la lettre :

http://lenumerozero.lautre.net/spip.php?article1275

Re: lettre à mon assistante sociale

Publié : 20 août 2008 09:35
par Nancy
merci Mohammed pour ta réponse.
C'est vrai que nous sommes tiraillée bien souvent entre la demande institutionnelle et l'usager. personnellement, j'espère toujours être du côté de l'usager mais une piqure de rappel comme tu viens de nous faire, ça peut y contribuer.
bonne journée
Nancy

Re: lettre à mon assistante sociale

Publié : 20 août 2008 12:45
par sophie
cette lettres est tout à fait pertinente. je travaille depuis 10 ans. et depuis 6 ans j'ai fait ma propre opinion sur ce métier. le code déontologique est non pas à suivre mais à utiliser : il y a une mission de l'assisttante sociale qui est fondamentale : notre intervention vise à l'adaptation indicidu/ société. nous devons faire remonter les besoins. c'est comme ca que même si on me dit "y'a plus de budget "ben je fais passer mes demandes. ou "on peut pas accorder une aide pour ce type de demande " ben oui mais c'est la demande , elle est justifiée, elle doit etre entendue par les décideurs, et même si j'ai des refus, je repropose, je réexplique j'argumente.
les droits des gens....mais c'est fondamental aussi...mais c'est du béaba .
et si on fait ce métier avec cette envie de faire remonter les besoins des gens qu'on rencontre , et avec l'envie d'aller chercher à quoi il peut avoir droit mais on arrive à faire ce travail avec un plaisir ....moi je m'éclate...je vais au carton un petit peu avec ma chef , mais c'est utile. aprés je dis aux gens "écoutez c'est pas une demande ordnaire , mais je tente. onrisque un refus, ben on fera appel..."
voila ...moi je me retrouve dans ce texte ...mais vraiment ...
et j'enciourage mes collegues à lire ce texte à lire le code , à réflechir à cette profession, et à oser.
allez, j'y vais !!!
et merci mohamed

Re: lettre à mon assistante sociale

Publié : 21 août 2008 12:49
par Charlotte
Bonjour,

je suis ASS depuis un an. Je ne travaille pas en polyvalence mais dans le médical et hier encore, la cadre infirmière du service où je bosse (mais qui n'est pas ma hiérarchique) m'a demandé de façon sous entendu de faire une enquète sur la famille d'un patient qui l'a un peu roulé, semble-t-il. Difficile de dire à un cadre: "non, ça ne relève pas de mes missions et de ma déontoligie!" Pourtant, je savais en raccrochant que je ne ferais pas ce qu'elle me demande. A moi maintenant de lui expliquer pourquoi j'estime que ce n'est pas mon rôle. Mais, je suis contente de m'apercevoir que j'ai le déclic de me demander ce que je peux et dois faire ou non.
Ce travail n'est pas seulement la bras armée d'une politique. Nous avons des cerveaux, des idées, une éthique et des convictions à défendre. Ce n'est pas toujours simple et on y arrive pas à chaque fois mais, on fait l'effort d'essayer.
J'ai apprécié ton témoignange Mohamed, c'est la meilleure base de travail que de partir des ressentis et des besoins des usagers. Merci de nous rappelez les réalités.

Re: lettre à mon assistante sociale

Publié : 21 août 2008 17:10
par laeicia
mohamed,
tu devrais peut etre penser a passer les concours d'ass... un mec comme toi dans la profession ca pourrait faire avancer les choses...!
bon courage en tout cas!