Page 1 sur 1

Avoir vécu pour (mieux) aider

Publié : 04 déc. 2009 20:31
par Romain
Bonsoir,

Suite à une conversation, mais c'est aussi quelque chose qui me questionne.

voilà , faut il avoir vécu la situation difficile de l'usager , pour mieux l'aider , le comprendre ...

par exemple , s'agissant d'une personne qui fait une TS (tentative de suicide) ou bien qui a un cancer , et qui vous dit que vous n'avez pas vécu ça , que vous ne savez pas ce qu'elle ressent , et que vous ne pouvez pas l'aider à aller mieux .

Re: Avoir vécu pour (mieux) aider

Publié : 04 déc. 2009 21:47
par pffffffff
qui trouvera tu pour travailler en soins palliatifs ? auprés des sidaiques ? des adolescents marginaux en errance ?
l'usager c'est l'alter..
pas besoin d'etre lui pour ressentir..
voire meme pas besoin de ressentir pour intervenir si ?

Re: Avoir vécu pour (mieux) aider

Publié : 04 déc. 2009 22:07
par CC
Avoir vécu soi même tout ce que vivent les personnes qu'on accompagne pour mieux les comprendre et les aider est impossible.
Et quand il arrive qu'on ait effectivement vécu ce que traverse la personne, est-on forcément plus aidant? ne sommes nous pas finalement trop touchés sur un plan personnel et affectif pour prendre du recul?

Re: Avoir vécu pour (mieux) aider

Publié : 05 déc. 2009 00:28
par Florence
Non, Romain, je ne pense pas que ce soit nécéssaire d'avoir vécu la même chose que l'usager pour le comprendre !

D'abord, parce que ce serait impossible, aucune AS de polyvalence ne pourrait avoir vécu toutes les situations qu'elle rencontre : un décès d'enfant, un conjoint violent, un surendettement, un cancer, une expulsion, Alzeihmer pour ses parents, etc ... Oulala, pauvre AS si elle doit avoir vécu tout ça pour pouvoir bosser efficacement en polyvalence, plus personne n'ira !

Et d'autre part, je crois même que c'est le contraire : on risque d'être au-delà de l'empathie, si ce que vit l'usager "résonne" en nous ! Je pense qu'on ne peut plus avoir une attitude professionnelle, on manquerait de "recul" face à une situation qu'on aurait soi-même vécu douloureusement. En plus, face à un même évènement, deux personnes peuvent réagir différemment, et c'est très difficile de comprendre que l'autre ne réagisse pas comme soi (exemple, dans un couple, le décès d'un enfant peut entraîner une séparation, parce qu'on ne le vit pas de la même façon)
Donc, le risque, c'est que le travailleur social ne soit plus objectif, n'arrive plus à se décentrer de ses propres réactions pour être dans une vraie empathie ... sans tomber dans le larmoyant. Se mettre à pleurer avec l'usager pour lui raconter notre propre vie, ça n'auarit aucun intérêt (professionnel) !

Par contre, on a tous connu à un moment ou à un autre de notre vie une situation difficile (il paraît qu'on ne devient pas AS par hasard), quelqu'elle soit. Et c'est ce qui permet notre côté humain, et de pouvoir être dans l'empathie, au sens où on peut "entendre" la souffrance de l'usager, même si celle qu'on a vécu personnellement n'avait pas la même cause ou le même motif.

Enfin, voilà, c'est mon avis, qu'en pensent les collègues ?

Re: Avoir vécu pour (mieux) aider

Publié : 05 déc. 2009 07:46
par tdm
Peut-on parler de la mort quand on n'est pas mort ? Du tabac quand on ne fume pas ? déjà, s'éviter cette morale douteuse.
Ce n'est pas parce qu'on n'a pas vécu telle chose qu'on n'est pas capable d'en ressentir les effets sur l'interlocuteur, c'est-à-dire, d'avoir de l'empathie. Ecoute, empathie, c'est déjà pas mal.
Les cancérologues ne sont pas tous tombés malades du crabe, les gens qui font une TS ne sont pas tous suivis par des soignants qui ont fait une TS.
Je ne demande pas à mon médecin de bien vouloir contracter la grippe pour me soigner mieux... De même, personne ne me demande d'aller vivre à la rue pour l'aider dans ses démarches pour trouver un toit !
Autrement, tu as affaire à des gens assez chelous...

Re: Avoir vécu pour (mieux) aider

Publié : 05 déc. 2009 18:36
par Clo
Romain, tu annonces cela comme une évidence : "il faut". Pourquoi ?

Personnellement, j'irai même plus loin que mes collègues en disant que non seulement on manquerait de recul si on avait vécu les situations que l'on rencontre mais en plus on ne POURRAIT PAS faire d'accompagnement car on aurait nous mêmes besoin d'aide !

Pour aider, soutenir les autres, encore faut-il être bien dans sa tête et dans sa vie.
On peut très bien comprendre la douleur de quelqu'un sans l'avoir vécu, on appelle ça l'empthie, c'est très pratique dans notre métier.

Clo²

Re: Avoir vécu pour (mieux) aider

Publié : 05 déc. 2009 20:39
par tdm
Par "éviter la morale", je voulais simplement dire : on peut parler de la drogue quand on n'est pas drogué ou de la mort quand on n'est pas mort ! affirmer le contraire reviendrait à tomber dans une morale douteuse. En quoi être malade soi-même aiderait à mieux aider ? la morale n'a rien à faire dans nos suivis, et n'aide pas à éprouver plus d'empathie. Les collègues le disent mieux que moi... bye

Re: Avoir vécu pour (mieux) aider

Publié : 06 déc. 2009 16:05
par Romain
TDM : bah justement la différence entre un cancérologue , un chercheur , un scientifique, c'est que nous on est travailleur SOCIAL ;)

CLO² : attention , je ne parle pas d'un TS qui est en situation de souffrance ou difficile , mais d'un TS qui par le passé a vécu quelque chose de similaire que la personen aidée. évidemment que pour aider au mieux la personne , il faut être claire dans sa tête .

Re: Avoir vécu pour (mieux) aider

Publié : 08 déc. 2009 09:47
par pica
effectivement tu ne sais pas ce que cette personne ressent puisque ce n'est pas toi .
face à la souffrance de l'autre , à sa solitude c'est notre positionnement qui va permettre ou pas un échange un partage, un accompagnement.
la difficulté principale pour moi quand tu as traversé une épreuve similaire est de ne pas "plaquer" ta réponse, de rester ouvert pour voir émerger celle que l'autre va mettre en place .nous avons juste la place d'offrir à l'autre différents possibles et un accompagnement à leur mise en oeuvre.
mais dans les mots je te cite " qui vous dit que vous n'avez pas vécu ça , que vous ne savez pas ce qu'elle ressent , et que vous ne pouvez pas l'aider à aller mieux ."c'est pour moi une souffrance qui s'exprime et faire en sorte de pouvoir l'entendre en ayant nous même travaillé cette question de la mort, de la dépendance est nécessaire.pas forcement de la vivre ! mais qui n'est pas concerné par la mort ? par la dépendance ? ne pas cacher que je me débats avec ma dépendance au tabac à une personne alcoolique ne fait pas de moi une non professionelle je pense,nous avons tous des failles et les moyens d'en faire quelque chose , de changer...
nous faisons avant tout un métier humain sinon autant nous remplacer par des machines..