merci Yves, c'est un plaisir de vous lire. Vous ne venez pas souvent ici.
A propos d'identité, peut-être l'ai-je déjà cité ailleurs mais il vaut vraiment la peine (le plaisir plutôt) d'être lu, c'est Clément Rosset, et son essai "Loin de moi", sur l'identité précisément, aux éd. de Minuit et son fameux : "Moins je me connais, mieux je me porte".
Du même auteur il y a encore "Le réel et son double", chez Folio Essais, je vous en cite un passage, au tout début, sur notre difficile rapport au réel (qu'éprouve peut-être plus encore une personne fragile ou fragilisée)
:
"Rien de plus fragile que la faculté humaine d'admettre la réalité, d'accepter sans réserves l'impérieuse prérogative du réel. Cette faculté se trouve si souvent prise en défaut qu'il semble raisonnable d'imaginer qu'elle n'implique pas la reconnaissance d'un droit imprescriptible - celui du réel à être perçu - mais figure plutôt une sorte de tolérance, conditionnelle et provisoire. Tolérance que chacun peut suspendre à son gré, sitôt que les circonstance l'exigent : un peu comme les douanes qui peuvent décider du jour au lendemain que la bouteille d'alcool ou les dix paquets de cigarettes - "tolérées" jusqu’alors - ne passeront plus. Si les voyageurs abusent de la complaisance des douanes, celles-ci font montre de fermeté et annulent tout droit de passage. De même, le réel n'est admis que sous certaines conditions et seulement jusqu'à un certain point : s'il abuse et se montre déplaisant, la tolérance est suspendue. Un arrêt de perception met alors la conscience à l'abri de tout spectacle indésirable. Quant au réel, s'il insiste et tient absolument à être perçu, il pourra toujours aller se faire voir ailleurs." Se faire boire ailleurs, éventuellement ?
remplacez "s'il [le réel] abuse et se montre déplaisant, la tolérance est suspendue" par "s'il abuse et se montre déplaisant, l'abstinence est suspendue", et vous avez un effet sympa.
Plus bas, p. 12, on peut lire :
"Alceste, par exemple, dans Le Misanthrope, voit bien, parfaitement et totalement, que Célimène est une cocotte : cette perception, qu'il accueille chaque jour sans broncher, n'est jamais remise en question. Et pourtant Alceste est aveugle : non de ne pas voir, mais de ne pas accorder ses actes à sa perception. Ce qu'il voit est comme mis hors circuit : la coquetterie de Célimène est perçue et admise, mais étrangement séparée des effets que sa reconnaissance devrait normalement entraîner sur le plan pratique."
Est-ce qu'il n'en est pas de même avec certaines dépendances ? est-ce que ça ne pourrait pas illustrer toute forme de dépendance ? me demande...