Page 1 sur 4
Usure professionnelle:ça vous parle? Quelles solutions?
Publié : 17 déc. 2014 12:01
par Nina
Bonjour à toutes et tous,
Cela fait 25 ans que j'exerce en tant qu'AS;dont 20 ans en Psychiatrie Adulte(FPH).
Contrairement à ce que la loi stipule,je n'ai pas comme supérieur hiérarchique le Directeur de l'ETS;mais le Médecin-Chef du Service... grâce à une délégation d'autorité sollicitée par ce Médecin et obtenue sans problème auprès de la Direction.
Suite au départ en retraite d'une collègue il y a plus de 2 ans,je suis devenue la "plus ancienne" du Service Social...A cette époque,il y avait déjà beaucoup de sollicitations et de pressions de la part du Médecin-Chef et de ses collègues.
Je me suis vue confier de nouvelles missions dans un contexte déjà "tendu" en charge de travail;tout en sachant que cela faisait presque 10 ans que mon bureau était situé au beau milieu du Service avec un environnement très bruyant...
Au printemps dernier ,j'ai "craqué".J'ai eu un arrêt maladie pour "Burn Out" d'environ 2 mois;au cours duquel je suis néanmoins parvenue à demander et obtenir du Médecin-Chef qu'il m'attribue un autre bureau afin de retrouver au moins un peu de "sérénité"...
Installée dans un nouvel environnement,j' ai retrouvé une certaine énergie qui ...malheureusement est entrain à nouveau de s'étioler...
En effet,je vais avoir un début d'année difficile car ma collègue (qui a remplacé celle partie en retraite)va être en congé maternité.
Récemment,j'ai sollicité une nouvelle fois un entretien auprès du Médecin-Chef afin de tenter de discuter avec lui de l'organisation du Service Social pour cette période.
Il en résulte qu'il a très mal pris cette initiative et qu'à ce jour,j'ignore même si ma collègue va être remplacée ou non...
Bref,je souffre de ce fonctionnement rigide;des pressions exercées dans le Service;des situations de plus en plus complexes à prendre en charge;du désinvestissement de certains "partenaires" qui ne donnent pas suite à vos demandes...
Je sais aussi que, dans le contexte actuel,il ne faut pas se plaindre d'avoir du travail dans le Social(je pense aux jeunes diplômés...)
Toutefois,je sais aussi qu'il faut se sentir bien pour continuer de bosser dans ce domaine,qui est psychologiquement épuisant car nous sommes de "véritables éponges" face aux difficultés rencontrées par les personnes que nous prenons en charge. On écoute leur histoire de vie,généralement lourde.On essaie de leur apporter une réponse avec le peu de moyens dont on dispose.Et puis,un jour,"l'éponge" a absorbé trop d'eau...
J'en suis à ce stade..
Suis-je la seule à vivre cet état d'esprit?
Quels conseils me donneriez-vous?
Re: Usure professionnelle:ça vous parle? Quelles solutions?
Publié : 17 déc. 2014 12:47
par john
Bonjour Nina,
D'abord il est illégal de nommer un personnel médical comme étant ton autorité hiérarchique, uniquement fonctionnelle, les textes sont clairs et inchangés.
Ensuite, il est possible que tu sois "fatiguée" et pas tout à fait rétablie.
Toutefois, tes conditions d'exercice du métier sont catastrophiques, j'imagine bien ton context, étant moi-même dans la même .... discipline.
Pour ma part, suite à un entretien dit "cool" par la hièrarchie médicale, j'ai été amené à rappeler mes missions et le cadre légal d'exercice, la nuance importante entre obligation de moyen et l'obligation de résultat, un topo sur le secret professionnel et le secret partagé, la différence entre un AS et une CESF etc, et tout ceci sous forme d'un rapport officiel car le côté "cool" avancé cache toujours quelque chose, manière de se décharger sur l'AS entre autres choses.
Bien sûr je suis connu pour être une personne qui s'affirme et qui tient au respect de sa discipline, donc je ne laisse rien passer et je renvoies systématiquement tout ce qui ne me concerne pas (comme le stress des cadres ou médecins en difficultés pour expliquer certains chiffres, puisqu'il s'agit de cela !).
C'est vrai, c'est épuisant de devoir se battre en face de personnes qui ne connaissent même pas notre discipline tout en ayant la prétention du contraire.
En définitive, j'impose ma fonction, ma personnalité, ma pratique professionnelle et je recadre (sans jeu de mots) dès que cela est nécessaire (c'est souvent, tous les jours). A partir du moment où tout à été mis en oeuvre (obligation de moyen), il appartient au médecin (chef de pôle) de remplir son obligation de moyen (mettre tout en oeuvre pour la guérison) ET son obligation de résultat pour considérer le patient sortant (double casquette, quel stress donc !).
Face à l'aveuglement, je te conseille de faire avec conscience et non pas dans l'urgence (l'urgence sociale est un concept médical et pas une pratique sociale), et ce qui ne sera pas fait, sera de la responsabilité du chef de pôle, car pour réaliser ton obligation de moyen, encore faut-il l'avoir (le moyen) !
Comme on dit : "Pas d'bras, pas d'chocolats". (Un peu d'humour...).
Courage, cordialement, John
Re: Usure professionnelle:ça vous parle? Quelles solutions?
Publié : 17 déc. 2014 14:56
par Nina
Merci John de me faire part de ton éclairage sur la fonction de l'AS en milieu hospitalier telle que tu la pratiques dans ton Service.
Je reviens toutefois sur ta 1ère phrase;à savoir qu'il est illégal d'avoir un Médecin comme supérieur hiérarchique.Je sais très bien que la Loi désigne le Directeur de l'ETS. Mais comme je l'ai dit,cette délégation d'autorité lui a été donnée avec la "bénédiction" de ce dernier...Cela revient donc à dire que je travaillerais dans un ETS qui,dans son ensemble,ne respecte pas le cadre législatif...
Quand j'ai pris mes fonctions dans ce Service,ma collègue AS qui y exerçait depuis près d'une quinzaine d'années, n'a jamais remis en cause ce (dys)fonctionnement et son aspect "illégal".J'avoue que j'ai suivi "bêtement" son exemple alors que j'aurais sûrement dû faire comme toi et rappeler ce que la Loi dit sur les missions de l'AS en milieu hospitalier...
Aujourd'hui,je ne me sens pas la force de "ruer dans les brancards" auprès d'un Médecin qui se situe au-dessus des Lois...Cela serait le meilleur moyen "d'être mise au placard".
Je me sens dans une impasse,"coincée" entre les pressions d'un supérieur hiérarchique qui n'en est pas un et l'absence d'écoute et de reconnaissance de cette même personne sur le travail effectué auprès des patients.
Aujourd'hui,j'en viens à regretter mon choix professionnel et l'idée de démissionner me saisit parfois...
Mais que faire d'autre qu'AS avec un DEASS?? J'ai déjà bien cherché mais je n'ai rien trouvé...
Re: Usure professionnelle:ça vous parle? Quelles solutions?
Publié : 17 déc. 2014 18:52
par cc
Et changer de structure ?
est ce envisageable
Repartir à zero ailleurs, découvrir autre chose, demander ta mutation vers un autre service ou une autre fonction publique ?
et ce avant qu'il ne soit trop tard, que tu sois trop épuisée
Après 20 dans le meme service ça vaut peut être le coup d'essayer de changer d'air
Re: Usure professionnelle:ça vous parle? Quelles solutions?
Publié : 17 déc. 2014 21:59
par laurence
Nina
Je compatis avec toi
C'est de la souffrance au travail
Changer se service ou de fonction public me parait être une solution en te présentant comme une personne ressources avec ton expérience en psychiatrie
De nombreux services sont en réalité confrontés à ce publics sans y être préparés
Tu as un atout à faire jouer et pour toi une opportunité de voir autre chose. Peut être un service où les professionnelles sont moins isolées professionnellement
Bon courage et donne nous de tes nouvelles
Re: Usure professionnelle:ça vous parle? Quelles solutions?
Publié : 18 déc. 2014 14:54
par john
Re,
S'il te reste un peu d'énergie, tu peux demander un éclaircissement législatif en rappelant les textes de notre discipline à ta direction en rappelant bien qu'un doute important subsiste dans cette délégation d'autorité hièrarchique alloué à un personnel médical.
Eventuellement, faire une copie de ta demande au médecin chef de pôle (mais la prudence doit rester une régle dans ta situation, au risque d'être soumise à des fonctionnements appartenant au harcèlement moral).
Partir ailleurs, c'est compliqué car il faut être réaliste avec le marché de l'emploi. Dans notre discipline, c'est bouché. Reste le facteur Chance...
Démissionner..., si ta situation personnelle te le permet, alors fonce, sinon attention. Car postuler ailleurs avec un cv où tu as démissionné risque de t'être préjudiciable selon moi.
Alors, construit ta discipline par un dossier, rappelant tous les textes législatifs (ça va vite), quelques jurisprudences, quelques fiches de postes ailleurs dans d'autres hôpitaux (c'est parlant).
Si tu obtiens un RDV afin d'éclaircir ce fonctionnement, emmène ton dossier et si tu le peux, tu te fais accompagner par un représentant du personnel (qui aura travaillé au préalable sur ta situation et sans doute sur des antécédents...).
Bon courage et surtout passe de bonnes fêtes (moment ou l'on s'oblige à oublier son job, mais pas ceux que nous aimons).
Re: Usure professionnelle:ça vous parle? Quelles solutions?
Publié : 18 déc. 2014 18:13
par Nina
Encore merci de l'intérêt porté à ma situation.
Comme je l'ai dit précédemment,je me sens dans une impasse...C'est pour cela que j'évoque la démission alors qu'au fond de moi,je sais que je conserve les compétences pour exercer ce métier.
Il faut toutefois être réaliste et comme John l'indique:le marché du travail est complètement bouché; sans compter que ce sont souvent des CDD ou des temps partiels;voire très partiels car, il y a peu de temps, j'ai même vu qu'il y avait une annonce pour un poste AS en CDI 8 h/semaine...
Pour ce qui est de rappeler à la Direction quels sont les textes législatifs en vigueur,je m'en sens absolument incapable - Direction et Médecin-Chef étant "cul et chemise"-.Il va être hors de question de remettre en cause un fonctionnement qui est institué depuis des décennies.Cela va être le "pot de terre contre le pot de fer" et je serai la grande perdante dans toute cette histoire.
J'ai plus de 50 ans et j'ai encore envie de travailler mais parfois,je me demande si mon âge et mon expérience ne représentent pas en définitive un handicap.Dans le contexte économique actuel,un employeur préférera sûrement embaucher une jeune qui "coûtera" moins cher...
Il ne reste plus qu'un "coup de chance" au final et je vais essayer de me raccrocher à ce mince espoir mais ce n'est pas simple tous les jours...
Dernièrement,j'ai lu par ailleurs un article paru dans les ASH sur le "travail social libéral".
Y a-t-il quelqu'un sur le forum qui pourrait donner son avis sur cette forme de travail?
Re: Usure professionnelle:ça vous parle? Quelles solutions?
Publié : 19 déc. 2014 09:43
par cc
Le marche de l'emploi est saturé mais les mutations au sein des fonctions publiques fonctionnent quand même
Pourquoi tu ne prends pas contact avec le CG ( qui serait peut être content d'avoir une ASS avec une bonne expérience en psychiatrie pour l'accueil du public que ce soit secteur ou ASE ), les DSDEN, les CMP, CMPP, les autres services hospitaliers...et je suis sure qu'il y a en encore plein d'autres
Re: Usure professionnelle:ça vous parle? Quelles solutions?
Publié : 19 déc. 2014 13:42
par courage!!
la démission me semble être la pire des solutions.
car tu n'auras droit à rien pas même aux Assedic.
si tu n'en peux plus, n'hésite pas à prendre un congé de maladie aussi longtemps que nécessaire,car tu as besoin de reprendre des forces physiquement et psychologiquement.le temps de réfléchir à la situation.Ne laisse pas ta vie professionnelle empiéter sur ta vie personnelle.
il ne s'agit pas de demander (à mon avis) une mutation dans une autre fonction publique mais un détachement ce qui n'est pas rigoureusement la même chose, juridiquement parlant.
un détachement est plus compliqué à obtenir qu'une mutation qui elle se fait de droit: on postule sur un poste.et on obtient ce qu'on demande ou pas.
c'est à voir auprès des syndicats pour évaluer la faisabilité dans ton cas particulier.(d'après les statistiques).
en ce qui me concerne et vu les échos de ce forum, je me demande s'il existe vraiment des bons postes d'ASS.
c'est un boulot stressant par nature.
.
Re: Usure professionnelle:ça vous parle? Quelles solutions?
Publié : 19 déc. 2014 22:10
par Aurélie
Bonjour,
C'est avec attention et beaucoup d'émotion que j'ai lu votre message. J'ai également traversé une période terriblement difficile au sein du Ministère de la Justice... tout mon esprit était consacré au travail, impossible de me déconnecter, je travaillais tout le temps... cela a eu de très graves conséquences pour ma santé. J'ai fait un burn out. J'ai démissionné pour pouvoir prendre un nouveau départ. Cela m'a permis de me retrouver et surtout de revenir aux choses essentielles de la vie. Tous les recruteurs ne voient pas une démission de façon négative, cela dépend de comment cela est présenté. J'ai retrouvé du travail dans nouveau secteur qui m'épanouis à 100%, certes c'est du temps partiel, mais je suis heureuse.
Après comme vous êtes dans la FPH vous avez plusieurs solutions : disponibilité pour convenance personnelle(dans laquelle vous pouvez travailler dans le privé ou pourquoi pas vous lancer dans le libéral), détachement ou intégration dans un autre corps de la FP, mutation... des solutions existent ! Renseignez-vous vers une AS du personnel, syndicat ou RH! Il y a des solutions pour ne pas se faire engloutir par un travail qui vous détruit... ! prenez soin de vous surtout !!