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Black, jeune, relation...

Publié : 17 juil. 2006 13:57
par Fayve
Bonjour à tous.

Je viens à la recherche de conseils et de références.

J'aimerais travailler sur le thème des relations entre un éduc d'une certaine étranger et un jeune de la même origine. En fait, je pars du principe que c'est souvent l'image qu'a ce jeune de son éduc qui fait que la relation va s'établir de façon spécifique, et peut-être plus facilement qu'avec un éduc non étranger.
Moi je suis black (avec un accent que les jeunes assimilent à celui de leurs familles ! ), et en plus musulman. Du cp, comme je suis en prévention, j'ai plus de facilités à entrer en lien avec des jeunes blacks, voire des rebeus, notamment les mecs, et je voudrais travailler autour de ça, et de comment se fait-il que ces jeunes s'adressent à moi en priorité...

Je suis étonné de voir que personne n'y a jamais fait allusion sur ce forum, mais si vous avez des tuyaux, je suis preneur.

Merci à tous.

Re: Black, jeune, relation...

Publié : 17 juil. 2006 15:08
par une zoreille
Bonjour ,


Tu souleves un sujet tres interressant.Je n ai pas de tuyaux a te donner comme tu dis , juste un avis personel. ces jeunes viennent plus facilement vers toi , car tu leurs inspires plus confiance , de part votre couleur en commun. Tu es considéré comme un "frère", je pense que tu vois tres bien ce que je veux dire.
Maintenant ces jeunes te representent ils bien comme un professionnel?

Desolée de ne pas t avoir aidé , mais je vais suivre ce sujet

Bon courage a toi

Re: Black, jeune, relation...

Publié : 17 juil. 2006 21:47
par xXx
C'est bien de voir enfin le sujet traité, et qui plus est par un blanc. Car dire par exemple qu'un éduc homme et maghrébin en foyer a plus de facilités à entrer en contact et à faire passer des messages qu'une nana aux traits bien français, ce n'est pas politique correct, surtout si c'est dit par une femme et qui n'est pas elle-même maghrébine.

Je suivrai également le sujet car je le trouve particulièrement intéressant. Et je trouve pertinente la piste de réflexion de la zoreille.

Bonne chance!

Re: Black, jeune, relation...

Publié : 17 juil. 2006 22:31
par nen
Salut!
Il n'y a pas que les origines qui jouent... prenons deux educs "blancs", l'un habillé très classique et l'autre en jean-basket... le jeune (quelle que soient ses origines) aura tendance à aller plus facilement vers l'un que vers l'autre... c'est normal, chacun identifie l'autre selon des critères que lui même a incorporé comme les siens...
Et puis quand on est de telle religion, confession ou pays... on est plus enclin a faire confiance à une personne qui présente les mêmes "caractéristiques", puisqu'on baigne dedans...
Mais je ne suis pas sur que le jeune va "rejeter" ou amoindrir les propos de l'educ qui est différent de lui...
Je suis moi même une femme, jeune, "blanche", et je me fais respecter tout autant, la différence est que le jeune ne cherches pas une sorte "d'amitié" qu'il pourra peut être rechercher chez l'educ qui lui ressemble.
En tout cas, il ne faut surtout pas laisser croire au jeune qu'il aura plus de chance avec l'un qu'avec l'autre (quels que soient les critères!) On peut savoir que c'est peut être un atout pour nous, mais lui ne doit pas le savoir, ce serait rentrer dans une relation ou l'affect (et pas l'affectif) a une place...
C'est peut être à coté de la plaque ce que je racontes, tiens moi au courant!

Re: Black, jeune, relation...

Publié : 17 juil. 2006 23:14
par Julie
ce message tombe pile au moment où je suis en pleine reflexion personnelle à ce sujet...

Je suis une toute jeune educatrice, francaise de toute souche, blanche de peau (tres clair en plus !), aucun signe linguistique ou culturelle d'une culture africaine/maghrebine, bref une une jeune fille de pure souche française. Et je viens juste de commencer un travail au sein d'un foyer éducatif pour jeunes délinquants qui accueillent pour les 3/4 des adolescents d'origine maghrébines et africaine. La communication n'est pas très facile avec eux, et l'autorité venant de moi encore moins ... par contre mes collègues masculins et "de couleur" ont plus de facilités .. donc est-ce une question d'experience ou d'origine ?!! Je me pose la même question moi aussi. Mais bon, au sein de ce foyer, il n'y a pas que des educateurs maghrebiens, et les autres (filles ou garçons) sont très performants aussi.

Donc personnellement, je pense et je dirais que la culture peut aider dans le contact mais ce n'est pas non plus la principale qualité d'un éducateur.

Je suivrai le sujet avec interet. Et si après vous avez des conseils à me donner pour que la relation éducative soit plus facile avec ces jeunes, je suis toute ouïe, merci d'avance.

Re: Black, jeune, relation...

Publié : 18 juil. 2006 00:53
par eviltween
Avé
N'est-il pas normal de vouloir se rapprocher de ce qui nous ressemble, même si ce n'est qu'en appararence? Si je suis en pays étranger ne vais-je pas avoir tendance à être solidaire avec les touristes plutôt qu'avec les autochtones? Enfin je dis çà mais il y a évidemmment des exceptions et ce n'est sans doute pas une règle aussi absolu tout au plus une représentation qui nous aide à vivre, nous rassure. La peur de la différence n'est-elle pas encore aujourd'hui un furieux moteur de socialistation?
Et pourtant il n'y a pas moins de différence entre une personne à la peau noire cultivant sa religion musulmane avec une autre personne au teint aussi foncé et priant le même Dieu, qu'avec une personne de culture shintoiste et aux yeux bridés. Car il me semble que ce qui fait une personne ce n'est pas l'étiquette qu'on lui colle mais plutôt sa personnalité et sa manière de se mouvoir dans la société, non?
Alors si des jeunes, et surtout des garçons voyent en toi un frère, un modèle, ou plus prosaïquement un identique (au sens de ceux qui les rejèttent sont plus "claire" de peau, mais pas forcément d'esprit) pourquoi ne pas en profiter? C'est une chance que de ne pas devoir prouver dès le départ qu'en tant quéduc on est pas là pour les enfoncer mais les aider à s'en sortir par eux-même. Par ailleurs ce n'est pas ta couleure, ta foi ou même ta culture personnelle qui les accompagner, mais plutôt ta niak ("spirit fighting" à Marseille) tes compétences et ton carnet d'adresse qui vont leur offrir des possibles, et quant à ce qu'ils saisissent ces chances cela dépand plus de tes convictions que d'un sentiment fraternel, j'imagine.
Ta question est probablement dérangeante en ce qu'elle renvoie le travailleur social à son identité et pas seulement celle professionnelle, mais surtout celle qu'on croit n'appartenir qu'à la sphère privée, son jardin secret. Pourtant est-il seulement possible de rester complètemement insensible à la douleur de cet autre, ce numéro dont par mission on est chargé d'accompagner... Je me souviens qu'il m'est arrivé d'être dépassé par ce langage technique et que des mots simples m'ont touché personnellement: douleur, colère, dépit, joie, sourire et même quelque fois des larmes. Avant d'être un agent on est humain, n'est-ce pas. Et pour rester un bon professionnel on leste ce penchant naturel à être bousculé par ceux qu'on accompagne, avec des outils: distenciations, régulations, projets, écrits, rapports de comportements... Mais tous ces outils peuvent-ils seulement atténuer ce que l'on est, ce que l'on a, ce que l'on offre comme image de soi, ou voudrait donner?
Je ne crois pas. On peut tout juste s'accepter, ce qui serait un comble quant c'est exactement ce que l'on demande à nombre de jeunes paumés!
Alors pourquoi ta question m'intrigue? Parceque jouer sur son identité pourrait être la porte ouverte à ce que j'appelle des risques: comme la discrimination positive, ou des croyances prétendants que seul un jeune magrébin est à même de comprendre un autre magrébins, un voleur d'arréter un voleur, un assacin un assacin... Tu vois où je veux en venir avec mes énaurmes sabots? Certes tu n'as absolument pas écrit ça! Mais si ta question éveille mon intérêt en ce que je peux faire jouer les représentations portant sur ma personne dans la relation éducative, le risque serait pour moi de formaliser cela. Or ma nature humaine est volatile, dépendant de mon humeur, de ma vie en un temps et un espace donné... Certes des convictions religieuses ou politiques pourrait-on croire seraient immuables, mais peut-on en être sur?
C'est peut-être là que se trouve le nerf de la guerre entre ce que l'on nait personne et que l'on est une autre personne au boulot. Ne sommes-nous pas pris entre nos visions et nos devoirs? C'est à cela que le jeune est soumis avec une tout autre pression: goute ceci, mais ne l'avale pas, touche cela, mais attention ne le prend pas, vois mais ne crois pas....Diabolique non? En tant qu'éduc j'ais les mêmes problèmes, mais je suis payé pour pouvoir les évacuer. Ainsi je veux qu'un môme s'en sorte je fais mon possible jusqu'à une certaine limite, celle qui est définie par sa volonté qui ne rencontre plus la mienne (sinon je viole son libre arbitre). Pour les représentations je pense qu'il en va d'une certaine manière de même: en agissant sur celle-ci on craint d'être enfermé dedans, en n'agissant pas dessus on penses pouvoir se protéger (des fois qu'elles ne seraient pas totalment fausses). Il me semble que c'est ce à quoi renvoie ta question: l'honnéteté que l'on a de porter son image (entre ce que l'on offre, ce à quoi on se réfère, et ce que voyent les autres). Pour moi le reste n'est qu'une négotiation, d'où chacun ressort au moins enrichie par la communication. En outre il me semble que dans la relation éducative plus les fantasmes sont évacué et plus il possible de construire une relation tangible. Mais peut-être je me trompe car là c'est plus du resort de la psychologie et psychanalyse!
Fayve tu n'as pas non plus dis que tu t'appuyais sur tes aspirations religieuses ou culturelles pour intervenir. Personnellement je n'y verrais pas le moindre inconvénient, si tu réussis à en faire une flèche de plus à ton arc éducatif afin d'atteindre la cible de déclanchant une réaction chez le jeune. En tout cas cela n'est pas moins entandable qu'un sermont sur "le vol que c'est pas bien parce que la loi (juridique) l'interdit".
Je ne prône pas non plus qu'importe les moyens pourvu qu'on ait le resultat. Mais soyons honnète les moyens ont tendance à s'appauvrir et il faut parfoix aller chercher dans les dernières ressources pour ammener ne serait-ce qu'un centimètre d'éficaticité sur le terrain de l'action éducative (comme s'il ne suffisait pas de lutter avec les dynamiques d'échec des jeunes il faut encore se frapper des directions omnubilé par des budgets et des élus motivés par des résultats, éléctoraux)!!
Aussi quand tu propose de réfléchir sur l'identité ou plus éxactement l'étiquette de l'éduc (en fonction de sa couleur, de ses attitudes, de sa culture, son origine...) je poursuis ton idée en ce que des blancs de culture socialo-catholiques devraient sérieusement s'intéroger sur leur image. J'ais pour ma part de par mon prénom toujours été confronté à rapprochement judaïque, dont je ne me suis jamais servi car avant d'être ainsi catalogué on m'appelait l'artiste parce que je vis un crayon à la main. De cette prédilection pour le dessin j'en ais fait un usage de rencontre. Pour l'instant il ne m'a jamais desservi ni enfermé, parce qu'il n'est pas mon seul fond de commerce!

Car pour moi, ce qui m'intérresse dans ta question c'est l'usage que peut faire un éduc de traits dont il ne peut se départir (sa couleur, son origine, sa manière d'être...) et avec lesquels il intervient. Sinon dans le cas contraire pour moi il joue la comédie et il n'y a, à mon humble avis, pas pire commédien que ce lui qui joue à l'éducateur. Cette profession se vit, parfois se subit, mais surtout celui qui se comporte comme un éduacteur oublie l'éssentiel: le caractère humain, et finalement sa manière d'être (comme s'il pouvait décemment y avoir un schisme entre ce qu'on est chez soi et au boulot, digne d'un schyzo).

Alors si tu sais te servir de ce qui tu es, qu'ecrire? Mis à part bravo et bonne continuation.
Phocéennement Eviltween.

Re: Black, jeune, relation...

Publié : 18 juil. 2006 09:03
par ...
Je vais juste ajouter un élément de réflexion. En foyer, un éducateur d'origine étrangère est toujours référent d'enfants d'origine étrangère. Ce n'est pas le fuit du hasard, mais celui d'une réflexion de la part de professionnels.

Re: Black, jeune, relation...

Publié : 18 juil. 2006 11:53
par fouya
Salut, en ce qui me concerne, j'ai bossé dans des quartiers majoritairement habité par une population d'origine africaine ou maghrébine. Je suis blond aux yeux bleus... Le problème n'est pas tant que tu ne ressembles pas aux grand frères (bon au début c'est un peu dur), le souçi c'est de t'adapter aux codes du quartier. Pour ma part j'ai toujours refusé de faire "le wesh wesh" (c'est réducteur mais tout le monde aura compris, j'éspère !), c'est surement une erreur stratégique mais c'est comme ça. Du coup, je me suis en décalage mais en étant au clair avec moi même. Au bout d'un moment j'ai craqué, j'ai donc changé de public et d'environnement... Mais ces expériences m'ont donné à réfléchir... Mais je me demande toujours comment intervenir avec des jeunes (c'était le cas) qui t'estiment pour tes pompes, tes aptitudes physiques,(heureusement j'en ai quelques unes) et ta posture de quartier...
ciao

Re: Black, jeune, relation...

Publié : 18 juil. 2006 15:20
par nen
Salut à tous!

fouya, je penses pas que ce soit une erreur strategique. Ca l'aurait été si t'avais voulu créer des amitiés, or t'étais pas là pour ca. Même si ca marche pas beaucoup, peut être que ca aura permis a certains jeunes de savoir qu'il y a justement des facons de parler, des attitudes, des comportements différents des leurs et que c'est pas forcement "nul". (et si ils ont pas vu ca, ils ont laissée une personne là pour eux s'en aller...)
Mais je comprends que ca peut être frustrant de vouloir s'occuper de personnes qui rejettent l'educateur non seulement pour son métier et d'autant si il ne lui ressemble pas.
A plus

Re: Black, jeune, relation...

Publié : 18 juil. 2006 16:02
par fouya
Effectivement nen, je voulais leur montrer qu'il existait d'autres modes ds comportement, l'ouverture, l'écoute, la confiance...Peut être ais-je été un brin utopiste...En tout cas je me suis senti bien seul et quand je voyais comment la "wesh" attitude marchait 10 fois plus (chambrage systématique,vocabulaire formaté, agressivité latente, ton et air menaçant, importance de la sape...) c'est là que je me suis questionné sur mon approche stratégique...et sur son efficacité ! C'est pas bien ce que je vais dire, mais plus d'une fois je me suis dit que certains jeunes étaient totalement cramés et qu'ils étaient le pur produit d'une société qui créent de la frustration à outrance...