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comment gérer une trop grande proximité?
Publié : 25 oct. 2006 12:46
par camille
Etudiante en psycho, je fais actuellement un dossier sur la proximité avec "l'usager" et plus particulièrement sur le moment où l'on ne gère plus une trop grande proximité (apparition de sentiments, d'amitié, d'assimilation à l'autre.....)
Aussi, je lance un appel à toutes les personnes concernées ou qui ont vécu une expérience similaire.
Comment en êtes vous arrivé là, quel type de relation s'était installé, comment êtes vous parvenu à gérer cette situation...
Un grand merci par avance à toutes les personnes qui me répondront car ce sujet n'est malheureusement que très rarement abordé.
Re: comment gérer une trop grande proximité?
Publié : 25 oct. 2006 21:57
par lily
coucou...je suis en 3e année ES mon sujet de mémoire serait également en rapport à la proximité dont tu parles....en quoi la distance peut avoir un impact dans la relation éducative....il serait peut être intéressant qu'on puisse échanger quelques pistes de réflexions si tu es bien d'accord...?!
Re: comment gérer une trop grande proximité?
Publié : 28 oct. 2006 01:49
par Erian
La proximité ou « trop grande proximité » avec l’usager est assurément un phénomène que tout éducateur ressent à un moment de sa carrière. Il fait l’objet, quoi qu’on en dise, de phénomènes transférentiels avec les usagers, notamment dans le champ de la protection de l’enfance. Et Heureusement dirais-je ! Au moins il demeure vivant, sujet et perméable aux diverses émotions et sentiments, comme la colère, la joie ou la tristesse vécue par l’usager qu’il accompagne. Ne serait-ce pas là l’empathie à la fois si utile et dangereuse pour identifier et comprendre ce que ressent l’autre, ce qu’il vit. La question est donc davantage quand dépasse t-on la limite ? L’éducateur qui exerce en Milieu Ouvert ou Placement Familial est sans cesse animé par ce questionnement, car l’isolement de sa pratique lui accorde parfois une toute-puissance néfaste à la notion même d’accompagnement. En internat, il semble que ce danger soit moins prégnant parce que le travail auprès de l’usager est en lui-même une notion d’équipe. Le mot est lâché, l’équipe ! Cela n’engage que moi évidemment, mais elle seule va pouvoir réguler ces sentiments, prévenir les débordements et ouvrir des perspectives. Si le travail s’accompagne par une analyse de la pratique ou une régulation, il devient d’autant plus facile d'en apprécier et surpasser les excès. Tu comprendras donc que « l’apparition de sentiments » n’est pas exceptionnelle dans la fonction de l’éducateur mais reste inhérente, voire essentielle, à ce métier. La limite de l’intervention est en revanche bien plus délicate à définir. Je considère que lorsque l’éducateur éprouve le sentiment d’être le seul à pouvoir aider l’usager, il est temps de passer à autre chose. Fort heureusement, il ne travaille pas encore en free-lance et le psy de l’équipe est là pour le lui rappeler. Néanmoins et malgré ces gardes fous, il arrive quand même qu’une équipe entière devienne folle. Un bon sujet mais différent de celui qui t’intéresse. Tu pourrais aussi poser cette interrogation aux assistantes familiales qui, si elles ne possèdent pas la boîte à outil des éducateurs spécialisés, n’en sont pas moins l’objet de tout ce que tu décris dans ta question. Imagine toi accueillir à ton domicile et 24/24 un enfant de quelques jours. Comment garder la bonne distance dans ces conditions ? l’attachement n’est-il pas nécessaire au grandissement de cet enfant ? Comment ne pas projeter des souhaits, des désirs pour cet enfant, et lui accorder un intérêt si bienveillant que la limite est déjà franchie ? L’éducateur n’est pas un psy, car la substance même de son métier est la proximité. Si je ne réponds pas réellement à ta question, car je pense que tu recherches des témoignages, il m’a semblé important de mettre cette notion en lumière.
E.
Re: comment gérer une trop grande proximité?
Publié : 28 oct. 2006 10:22
par El
Au cours des transferts, l'apparition de sentiments est un passage obligé, le tout est de savoir les gérer pour ne pas donner une réponse inappropriée à la personne accompagnée. il n'y a pas que dans le domaine de la protection de l'enfance que ces situations ambivalents s'installent, heureusement et malheureusement je dirais. elles peuvent être d'une grande dangerosité pour l'accompagné et pour le professionnel.
je suis d'accord avec Erian pour dire qu'il faut savoir où se situent les limites de la relation éducative...et la proximité ou la bonne distance sont des notions nécessaires et indispensables à mettre en place dans la relation pour étayer un travail d'accompagnement pertinent...
l'éducateur qui ressent être le seul à aider l'autre est tout puissant, il faut qu'il se remmette en question et qu'il laisse intervenir un tiers.
tout ça pour dire que c'est un sujet intéressant autour duquel j'ai pensé dans mon mémoire.
Re: comment gérer une trop grande proximité?
Publié : 28 oct. 2006 12:25
par pascal
bonjour,
un livre a fond sur le sujet (tiré d'un mémoire d'es) "question de distance dans la relation educative" Christine Dorme ed l'harmattan 2005
j'en fais en ce moment une fiche de lecture / la prise de conscience et la reflexion d'une educ en formation sur la juste distance auprès d'enfants carencés affectifs : nickel... du vécu, des references et une reflexion globale
sinon un autre que je n'ai pas lu mais qui semble en lien et super interressant : "l'implication distanciée- la relation à l'autre" de M.GERMAIN-THIAUT ET M.GREMILLET-PARENT
sinon sur le site : psychasoc.com le mémoire de Christelle Sermeus " la bonne distance dans la relation éducative"
bonnes lectures
a+ pascal (ets 2ème année)
Re: comment gérer une trop grande proximité?
Publié : 28 oct. 2006 13:00
par camille
merci à vous pour ces premiers éléments de réponse qui ouvre des pistes de travail vraiment interressantes.
Tout autre conseil est le bienvenue, n'hésitez pas !
merci!
Re: comment gérer une trop grande proximité?
Publié : 01 déc. 2006 20:35
par ANCELIN
je suis assistante familiale depuis 10 ans et j'ai eu à un moment donné à accueillir un petit garçon de 4 ans qui m'a ouvert les portes d'une grande affection, je me suis défendue comme j'ai pu de cette attirance envers ce petit gamin qui avait subi de graves maltraitances et qui se raccrochait à moi comme une bouée de sauvetage , je lui ai donné beaucoup et il m'a apporté énormément, mais au bout de 4 ans , j'ai dû m'en séparer car nous nous perdions de trop d'amour, et il avait mit en place quelque chose d'innacceptable avec ma petite fille de 4 ans ,mes enfants ne voulaient plus venir à la maison et l'ambiance familiale était pourrie car je suis convaincue que la jalousie de mon fils ( le papa de la petite ) l'a rongée au point qu'il ne voulait plus voir le gamin placé chez moi,
alors que j'avais des dizaines d'enfants chez moi, pourquoi je donnais autant à celui-ci, tout simplement parce qu'il y avait eut une rencontre, et ma collègue qui accueille son frère
est en train de vivre la même chose, elle m'a avoué l'autre jour qu'elle aimait ce gamin, et j'ai été limite de la dépression tellement cet enfant me manquait lorsqu'il est parti, heureusement l'éducateur, fait en sorte que j'ai des droits de visite de temps en temps , et je me retrouve dans la position de la mère à qui on a placé son fils, oui je n'ai pas peur des mots, car c'est bien de celà dont il s'agit, aujourd'hui, celà fait maintenant bientot 2 ans que cet enfant est chez une autre assistante familiale dont on m'a donné la possibilité de choisir, comme convenant le mieux à l'enfant et effectivement, j'ai le bonheur de voir qu'il va bien , je dirais même très bien, il évolue , il grandit , et il est toujours et restera toujours dans mon coeur , je suis apaisée, lui aussi , il peut me dire qu'il est bien chez la collègue, et moi celà m'a servi de leçon, ne pas trop se rapprocher de l'enfant accueilli, mais le risque est toujours là lorsqu'on accueille un petit, maintenant j'ai des ados, c'est plus facile de tenir la distance et de rester professionnelle , bien qu'ils soient attachants, eux aussi, mais on ne les prend pas sur les genoux et ils ne demandent pas des calins comme les petits,
voilà c'est un témoignage que je vous amène, je ne sais pas si celà peut vous aider, mais lorsque j'étais en plein dans cette histoire, l'éducateur qui me suivait amenait avec lui une stagiaire E S et lorsque je l'ai rencontrée dernièrement au hasard d'un supermarché, elle m'a dit que notre histoire lui avait beaucoup apprit et l'avait touchée ;
bonne chance pour la suite de vos études
christine
Re: comment gérer une trop grande proximité?
Publié : 01 déc. 2006 20:42
par ANCELIN
je suis assistante familiale depuis 10 ans et j'ai eu à un moment donné à accueillir un petit garçon de 4 ans qui m'a ouvert les portes d'une grande affection, je me suis défendue comme j'ai pu de cette attirance envers ce petit gamin qui avait subi de graves maltraitances et qui se raccrochait à moi comme une bouée de sauvetage , je lui ai donné beaucoup et il m'a apporté énormément, mais au bout de 4 ans , j'ai dû m'en séparer car nous nous perdions de trop d'amour, et il avait mit en place quelque chose d'innacceptable avec ma petite fille de 4 ans ,mes enfants ne voulaient plus venir à la maison et l'ambiance familiale était pourrie car je suis convaincue que la jalousie de mon fils ( le papa de la petite ) l'a rongée au point qu'il ne voulait plus voir le gamin placé chez moi,
alors que j'avais des dizaines d'enfants chez moi, pourquoi je donnais autant à celui-ci, tout simplement parce qu'il y avait eut une rencontre, et ma collègue qui accueille son frère
est en train de vivre la même chose, elle m'a avoué l'autre jour qu'elle aimait ce gamin, et j'ai été limite de la dépression tellement cet enfant me manquait lorsqu'il est parti, heureusement l'éducateur, fait en sorte que j'ai des droits de visite de temps en temps , et je me retrouve dans la position de la mère à qui on a placé son fils, oui je n'ai pas peur des mots, car c'est bien de celà dont il s'agit, aujourd'hui, celà fait maintenant bientot 2 ans que cet enfant est chez une autre assistante familiale dont on m'a donné la possibilité de choisir, comme convenant le mieux à l'enfant et effectivement, j'ai le bonheur de voir qu'il va bien , je dirais même très bien, il évolue , il grandit , et il est toujours et restera toujours dans mon coeur , je suis apaisée, lui aussi , il peut me dire qu'il est bien chez la collègue, et moi celà m'a servi de leçon, ne pas trop se rapprocher de l'enfant accueilli, mais le risque est toujours là lorsqu'on accueille un petit, maintenant j'ai des ados, c'est plus facile de tenir la distance et de rester professionnelle , bien qu'ils soient attachants, eux aussi, mais on ne les prend pas sur les genoux et ils ne demandent pas des calins comme les petits,
voilà c'est un témoignage que je vous amène, je ne sais pas si celà peut vous aider, mais lorsque j'étais en plein dans cette histoire, l'éducateur qui me suivait amenait avec lui une stagiaire E S et lorsque je l'ai rencontrée dernièrement au hasard d'un supermarché, elle m'a dit que notre histoire lui avait beaucoup apprit et l'avait touchée ;
bonne chance pour la suite de vos études
christine
Re: comment gérer une trop grande proximité?
Publié : 03 déc. 2006 20:57
par Elmapat
Bonjour,
J'apprécie particulièrement ce qu'à dit ERIAN, ce fut un plaisir de lire ces mots.
Pour ma part, j'ai eu du mal à mettre des limites à la relation qui s'était instaurée entre une jeune SDF et moi même. Sentant qu'il y avait là matière à réflexion, je me suis remise en question, j'en ai parlé à mes collègues, et j'ai recadré les choses petit à petit.
Inconsciemment il y a bcp de choses qui se passent dans la relation à l'autre.
Quelques fois le transfert et contre transfert en font parties...