Le poids de la plume
Publié : 01 déc. 2006 20:10
J’avoue venir régulièrement sur ce site avec les intentions les plus narquoises et je reconnais être rarement déçu de la prose de mes pairs. Ces dernières semaines furent des plus plaisantes en matière de commentaires spécieux particulièrement ceux sur le bien-fondé d’une politique sécuritaire ou encore ceux sur la place de l’éducateur comme agent de répression, le tout servi dans un pseudo-logos au relent liberticide pour ne pas dire nationaliste.
Deux clans se dessinent dans cette lutte fratricide. D’un coté les vieux éducs has been post 68’tard marxisme-maoïstes désabusés et de l’autre les neo-éducs libéraux décomplexés admiratifs devant la sacro-sainte archaïque vertu de « la torgnole », après tout, ils l’ont bien cherchés.
Sommes nous dans remake d’une tragédie oedipienne où les jeunes se doivent de tuer leurs pères pour s’affirmer ou les vieux sont-ils devenus prématurément séniles ? Les vieux arguent de leur expérience et les jeunes clament leur savoir scolastique. Duel trans-générationnel où peu risquent de sortir vainqueur.
Ils me semble important de rappeler quelques fondamentaux qui caractérisent notre profession avant d’aller plus loin.
Qu’est-ce qu’un éducateur spécialisé ? Il ne s’agit pas comme beaucoup le pensent d’un spécialiste de l’éducation, mais d’une personne qualifié faisant de l’éducation spéciale.
Qu’est-ce que l’éducation spéciale me direz-vous ? L’éducation spéciale se caractérise par l’aptitude a répondre au mieux, en tenant des comptes des capacités et difficultés de l’interlocuteur. La réponse se devant si possible d’être à vocation normative et surtout d’être respectueuse de la législation.
Je reconnais être étonné quand des éducs de prévention se posent la questions de quoi faire quand une bande d’ados sèment la zizanie dans une cité…Personnellement je serai tenté de répondre « envoyer des éducs »…Faire de l’éducation spéciale, ce n’est pas s’occuper des enfant qui « méritent », faire de l’éducation spéciale c’est se poser la question de quoi faire pour ceux qui sont le plus en difficultés, le plus marginalisés, les plus stigmatisés. Leur répondre d’aller travailler de respecter les gens, les lieux ou autres, cela quoique vous en pensiez ils l’entendent tous les jours de leur famille, de leur voisin ou à défaut de l’épicier du coin. Faire de l’éducation spéciale c’est s’occupé de ceux qui ne font rien, qui ne méritent rien mais qui néanmoins ont le droit de vivre.
L’histoire nous enseigne que quelque soit l’organisation sociale régnante(monarchie, tyrannie, démocratie, etc..) un certain nombre d’individu se révèlent inapte à vivre dans celui-ci. Que faire de ceux-ci ? les réponses sont différente selon le temps et les lieux, l’exil, l’incarcération, l’extermination furent des réponses. L’Etat providence a fort heureusement fait le choix de l’éducation spéciale.
Si « L’Etat à le monopole de la violence légitime » comme nous l’enseigne M. Weber, nous sommes en tant que travailleurs sociaux sur le versant de la relation d’aide pas sur celui de la participation à répression. Le jour où je devrai signer « un éducateur qui vous veut du bien et qui aime la France » je quitterai sans hésiter cette profession.
Si l’on peut taxer les ancien éducs d’un manque de professionnalisme, d’une trop grande proximité avec les bénéficiaires de l’action sociale et d’un savoir obsolète, il ne faut pas oublier qu’ils se sont depuis longtemps interroger sur leur participation au contrôle sociale, la distinction entre morale et éthique et sur bien d’autres choses toutes aussi essentielles.
Mettre en avant son savoir où renvoyer l’autre à consulter ses cours n’est pas sans risque. Comment parler de savoir alors que des références sont extraites de fond de poubelle de partis extrémistes ou de citations/documentations issues du net ou pire de la télé. Pensez même que le savoir vient de cours de formation d’éducs prête à rire.
Ecrire, cela n’est pas qu’afficher son opinion, c’est aussi peser ses mots, connaître leur histoire et leur origine.
Archonte