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Accusés, prouvez votre innocence
Publié : 18 janv. 2007 13:28
par Elle
J'aimerai aborder le thème du placement familial et plus précisement: Le regard porté sur les familles d'accueil.
Comme vous devez le savoir, les enfants placés en famille d'accueil sont confrontés au conflit de loyauté, à la souffrance de la séparation...
Il arrive, assez souvent, que les enfants dénoncent des faits de violences subis au sein de leur famille d'accueil or démontrer la réalité de ces faits relève presque de la mission impossible. Pourtant, nous devons prendre des décisions dans l'intérêt des enfants et donc, parfois en arriver à retirer les enfants de leur famille d'accueil.
C'est ainsi, que des familles n'ayant rien à se reprocher, se retrouve injustement accusé de MALTRAITANCE. L'impact est terrible et destructeur.
Dans la justice, les personnes sont présumées innocentes et il faut faire la preuve de leur culpabilité! Ici, les choses s'inversent: les assistants familiaux sont présumés coupables et ils doivent prouver leur innocence.
Qu'en pensez-vous? Quel est votre positionnement?
Merci
Re: Accusés, prouvez votre innocence
Publié : 18 janv. 2007 14:33
par Bernard
La réponse? La rigueur, encore de la rigueur et de la vigilance. Ce problème est universel dans le monde occidental,autant il est hors de tout doute que des jeunes ont terriblement souffert de leur milieu d'accueil ( abus de toutes sortes,) autant il existe des cas où par sentiment de loyauté à leur propre parents, même les plus négligeants, des jeunes utilisent la dénonciation calomnieuse pour sortir de leur famille d'accueil.
Donc, la solution? la validation des faits. Comment, interrogatoire par des intervenants expérimentés,car des débutants ou des affectés par l'apparence des faits peux déformer la réalité et encourager le ou les jeunes à en rajouter.
J'ai déja été témoin de jeunes qui avouaient candidement avoir dénoncé quelqu'un pour faire plaisir à l'intervenant qui avaitl'air de ne pas aimer le monsieur et qui insistait beaucoup pour avoir une dénonciation.
C'est effectivement terrible pour les victimes, la réputation,en prend un coup.
Mais souvent le contraire est vrai, combien de jeunes sont marqués à vie à cause de mauvais traitements; 1/dans leur milieu naturel et 2/ rebelote dans le milieu substitut.
Combien n'osent pas dénoncer par peur d'être à nouveau déplacé et perdre leurs amis, leur école etc.
Donc, rigueur, prudence mais action minutieuse, confidentielle et bien faite.
Re: Accusés, prouvez votre innocence
Publié : 18 janv. 2007 14:52
par Francis
Merci Bernard ! Voilà qui est parlé !
Heureusement que les jeunes se révoltent par rapport à leur placement, s'ils le vivent comme une injustice.
Après, ils utilisent la méthode qui peuvent. Effectivement, utiliser de fausses accusations peut être dangereux et tragique pour chacune des parties... Mais pourquoi certains jeunes ne trouvent que cette solution pour être entendu?
N'y a t'il pas surdité de la part des acteurs du placement ?
Je pense, que ces situations doivent nous amener à repenser le placement, ses alternatives, le travail avec les familles...
Re: Accusés, prouvez votre innocence
Publié : 18 janv. 2007 15:04
par Eric
Je te conseille la lecture du billet d'humeur de Jacques Tremintin dans le Lien social du 11 janvier... Très éclairant par rapport à ta question.
Re: Accusés, prouvez votre innocence
Publié : 19 janv. 2007 11:50
par Paulo
Sujet très intéressant et super délicat...
La question de départ porte sur les Assitants Familiaux et j'ai envie de dire la famille d'accueil au complet. Car de tels évènements de dénnonciations porte atteinte à toute la famille pouvant aller très loin dans ses conséquences morales, professionnelles, sociales.
J'ai pas de réponse sur le sujet, mais plutôt des interrogations moi aussi. Comment accompagner au mieux les familles d'accueil dans pareil cas ??
Re: Accusés, prouvez votre innocence
Publié : 19 janv. 2007 11:58
par myriem
dès que des accusations de cet ordres sont faites par l'enfant, il me paraît essentiel que chaque professionnel reste à sa place (comme dans toute autre situation) : le référent dans l'accompagnement du jeune, d'autres intervenants ASE auprès de la famille d'accueil, les responsables de service se chargent de toute ce qui peut engager (ou pas) une procédure judiciaire.
il me paraît clair que, dés qu'un jeune porte de telles accusations sur sa FA,, il faut l'éloigner de sa FA, SANS FAIRE DE PROCES A QUICONQUE. Démarche éducative, où on ne peut pas laisser des personnes cohabiter dans un climat de suspicion. Chercher à savoir qui dit vrai, c'est le boulot d'autres personnes.dans de telles situations comme dans beaucoup d'autres, le référent doit se méfier de ses propres affects...
Re: Accusés, prouvez votre innocence
Publié : 19 janv. 2007 14:16
par paulo
Ce qui a c'est que "éloigner le jeune de sa FA" comme signifie myriem signifie pour la FA, hormis le dommage moral, l'arrêt de son travail avec possibilité de suspension d'agrément, donc impossibilté d'avoir un autre enfant... Et l'enquête peut s'étendre sur des mois et des mois, sans que la FA ou l'organisme employeur soit forcément au courant de l'état de l'enquête en cours.
Bien sûr que ds le doute on peut penser qu'il vaut mieux sortir l'enfant du lieu d'accuei, mais il faut pas oublier les lourdes conséquences que cela entraîne alors sur la famille d'accueil.
J'ajoute que le référent de l'enfant a aussi pour fonction d'apporter aide et soutien à la FA et contrôler les conditions d'accueil. Des fonctions difficilement compatibles surtout en pareil cas !!
Re: Accusés, prouvez votre innocence
Publié : 19 janv. 2007 14:33
par Bernard
bien vu myriem. Sortir le jeune est prioritaire car le maintenir en attendant un complément d'informations ou de vérifications va être perçu par le jeune comme une fin de non recevoir , comme s'il était menteur ou très..très méchant.
donc, encore une fois trahi,rejeté et renforcé dans son monde de victime et de paillasson.
Maintenant, pensons au droit de la famille d'accueil, son droit à la présomption d'innocence est juste, son droit à la confidentialité aussi car la rumeur est assassine, pire que la vérité dans les cas ou, innocenté, l'adulte ne peut effacer les traces de la fausse accusation.( le terible ;il n'y a pas de fumée sans feu)
La prévention doit primer sur le doute c'est notre responsabilité.
Enfin tu as raison aussi quant à l'affect des intervenants. Je me souviens ,il y a quelques années de m'être choqué assez fortement avec un collègue qui s'indignait qu'un Notable toulousin se soit suicidé après une dénonciation de pédophilie. Ce Monsieur avait tellement fait de belles choses pour la jeunesse, engagé, créateur, président de ceci et de cela, père de famille exemplaire, prof. exemplaire bref, mon collègue pleurait ce drame. Je lui est demandé la voix tremblante quelles pensées il avait pour celui qui l'avait dénoncé dans une lettre de suicide réussi. Ce qu'il pensait des dizaines de jeunes traumatisés par des abus sexuel répétitifs avec ce secret déchirant qui mène à l'autodestruction.
On a appris par la suite que beaucoup, beaucoup de jeunes avait été victimes mais ,honteuse humiliation on ne dit rien .
Re: Accusés, prouvez votre innocence
Publié : 19 janv. 2007 15:31
par myriem
le référent a pour mission d'apporter aide et soutien à la FA, dans l'intérêt du jeune qu'elle accueille. le référent est référent du jeune. pas de la FA. dans la situation dont on parle, le référent continue à suivre le jeune, avec la réorientation que cela implique. mais comme nous sommes des êtres humains, il est évident qu'on n'abandonne pas la FA à son sort. dans l'équipe ASE, on est nombreux : référent, coordonnateur enfance, psycho...je crois que c'est important de se répartir les tâches. comment un seul professionnel peut accompagner FA et jeune, sans tomber dans le piège sournois de devoir prendre parti pour la parole de l'un ou de l'autre ? et dès lors, comment être efficace dans l'accompagnement ?
bien sûr, et malheureusement, ce type de situation met la FA au banc des accusés, avant même qu'une enquête commence. c'est le sort réservé aux enseignants, éduc' et autres professionnels,confrontés aux mêmes types d'accusations. ça s'appelle le principe de précaution....qu'en serait-il si on ne l'appliquait pas et qu'on apprenait qu'il y a de nouvelles victimes ?
mais je crois qu'on est tous d'accord : ce sont des situations très délicates au niveau professionnel, mais surtout terribles pour les FA, au niveau perso. et quelle qu'en soit l'issue, la FA n'en sort sans doute pas indemne.
Re: Accusés, prouvez votre innocence
Publié : 19 janv. 2007 16:04
par Elle
Bonjour à tous et merci pour votre participation,
Bernard: "Donc, la solution? la validation des faits. Comment, interrogatoire par des intervenants expérimentés,car des débutants ou des affectés par l'apparence des faits peux déformer la réalité et encourager le ou les jeunes à en rajouter."
Je suis entièrement d'accord sur la nécessité de personnes compétentes et formées or justement, on sait très bien que nos formations ne nous le permettent pas; sans pour autant parler "d'interrogatoire" auquel cas nous ferions un autre métier. D'ailleurs par expérience professionnelle, je sais que dans le domaine de révélations faites pas des enfants, la maladresse des travailleurs sociaux posent de véritables difficultés lorsque les révélatins sont suivies de procédures judiciaires.
Je te rejoins également, sur les révélations faisant suite à une pression "inconsciente" des intervenants sociaux. Le placement engendre un rapport particulier entre l'assistant familial et l'éducateur; confrontation des modes éducatifs, des modes de vie mais aussi des valeurs professionnelles et personnelles. Bref, c'est pas toujours le grand amour et j'ai, malheureusement, le sentiment que l'affect y est très souvent en jeu.
Pour ce qui est des "victimes" il ne s'agit pas de réputation mais de souffrance, d'humiliation, de destruction de familles entières...être accusé de maltraitance quand cette dernière nous révolte et nous a amené à agir pour protéger les enfants, je ne sais pas si il y a pire.
Enfin, bien sur, que les familles d'accueil maltraitantes existes, que c'est un fait et que c'est tout aussi intolérable. En aucun cas, je me permettrai de dire le contraire, c'est simplement que sur ce post, je voulais me concentrer sur les fausses révélations et sur les cnséquences pour la famille d'accueil. Car si la protection de l'enfant prime, cela n'empêche pas de se poser des questions sur notre pratique, sur les impacts de telles décisions:Est-ce que d'un côté protéger un enfant, une famille et de l'autre côté détruire une autre famille est en adéquation avec notre métier?
Merci Bernard
Francis: "Je pense, que ces situations doivent nous amener à repenser le placement, ses alternatives, le travail avec les familles..." Je crois, en effet, que c'est de cela qu'il s'agit; Mais j'ai un côté pessimiste qui me dit que, souvent, les éducateurs ont le nez dans le guidon...j'espère que je me trompe.
Merci Francis
Paulo: "La question de départ porte sur les Assitants Familiaux et j'ai envie de dire la famille d'accueil au complet. Car de tels évènements de dénnonciations porte atteinte à toute la famille pouvant aller très loin dans ses conséquences morales, professionnelles, sociales." Oui, à toute la famille...
"J'ajoute que le référent de l'enfant a aussi pour fonction d'apporter aide et soutien à la FA et contrôler les conditions d'accueil." oui, en effet, et c'est là que le bas blesse, car situation délicate. Il arrive parfois qu'aucun travail d'observation n'est été fait auprès de la famille d'accueil (en cas de dénonciations ou de suspicions) qui se retrouve alors devant le fait accompli.
Merci Paulo
Myriem: Je partage pour beaucoup tes propos même si je doute que retirer les enfants sans faire de procès soit possible. Ou, plutôt, dit autrement, ne soit pas ressenti comme un procès.
quand à la cohabitation dans un climat de suspicions, le problème ne se pose pas vraiment puisque lorsqu'il y a révélations ou suspicions, la famille d'accueil est complètement tenue à l'écart. ce qui est logique pour protéger les enfants. La vrai question est que, faits réels ou non, il est de notre devoir de protéger les enfants et de prendre une décision en conséquence.
Si les faits sont avérés, il est impossible de laisser les enfants dans la famille d'accueil mais je reviens à ma question de départ: Lorsque les révalations sont fausses, ne devons-nous pas remettre en cause nos positionnements, nos décisions...?
Merci à tous
Elle