De l'utilité de notre métier ?
Publié : 05 févr. 2007 16:43
Salut les forumeurs!
Bon, j'ouvre un débat à avis contradictoire, où provoc peut se mêler avec ironie, et ironie avec sidonie.
Bref, venons au fait, ce matin, je me suis fait interpellé par un gars, normal le gars, au zinc d'un bar où j'ai mes habitudes d'avant les cours du matin : un petit noir bien tassé avec une blonde bien roulée.
On discute et vient dans la conversation le fait que je sois éduc (en formation, mais ça je lui ai pas dit, question de crédibilité). Alors là, j'ai eu droit à tout le déballage classique et même post-moderne avec du Ségo-militarisme et du Sarko-délinquantisme. Pour finir, le gars, normal, me dit : "Ouais, de toute manière vous les éducs, vous bosser pour le grand capital !" Vlan !
A ce moment là, ma cigarette et tombée dans ma tasse, qui elle même s'est retrouvée par la-même sur le zinc.
Mon esprit vif et brillant ne trouvant comme seule réponse "euh bah euh mais non, euh... C'est pô vrai... C'est celui qui dit qui est !", je lui ai serré la main et je suis parti, dépité.
Cependant, je n'avais pas dit mon dernier mot... Nenni ! Non seulement mon esprit est vif et brillant mais en plus il est mode escalier. Soudain, au milieu d'un passage cloutée et au péril de ma vie, je me suis dit "Mais, c'est biensûr !".
Ni une, ni deux, ni même trois pas me conduire au zinc matinal. Il était parti...Je suis arrivé à la bourre et la journée à repris son cours.
Je vous livre néanmoins ma conclusion : effectivement, nous sommes soumis à des attentes de rendement, des attentes de la société, des attentes des personnes, nos propres attentes. Nous pouvons être des agents de "normalisation" de personnes dites exclues voire même des agents de contention. Pour exemple, lorsqu'on bosse avec des prostitués, le but est de les réinsérer ; dans quel but? Lorsqu'on bosse avec des handicapés dans des centres en pleine cambrousse : quel sens y a t'il à les mettre géographiquement à l'écart. Ainsi de suite, les exemples sont nombreux...
Personnellement, j'ai bien conscience de ces aspects et de ces contraintes. Pour autant, j'ai un point de vue sur notre société, j'ai une éthique qui me font aller vers une réinsertion, non vers une norme, mais vers un accès à une liberté. Utopie certes, mais conviction qui oriente ma pratique.
Je ne bosse pas avec des délinquants (au sens stricto sensu) pour les réintroduire dans une norme, mais pour leur permettre d'acquérir certaines clés de compréhension de leur histoire et de la société dans laquelle on vit.
Malgré tout, je me retrouve soumis à des impératifs de rendement, qui font que je suis pris dans un système.
Pour finir, la remarque de ce gars m'interroge sur notre position de travailleur social et notre pouvoir à faire évoluer la société... J'ai l'impression "d'être le scamphandrier au fond de l'aquarium"...
Joey
Bon, j'ouvre un débat à avis contradictoire, où provoc peut se mêler avec ironie, et ironie avec sidonie.
Bref, venons au fait, ce matin, je me suis fait interpellé par un gars, normal le gars, au zinc d'un bar où j'ai mes habitudes d'avant les cours du matin : un petit noir bien tassé avec une blonde bien roulée.
On discute et vient dans la conversation le fait que je sois éduc (en formation, mais ça je lui ai pas dit, question de crédibilité). Alors là, j'ai eu droit à tout le déballage classique et même post-moderne avec du Ségo-militarisme et du Sarko-délinquantisme. Pour finir, le gars, normal, me dit : "Ouais, de toute manière vous les éducs, vous bosser pour le grand capital !" Vlan !
A ce moment là, ma cigarette et tombée dans ma tasse, qui elle même s'est retrouvée par la-même sur le zinc.
Mon esprit vif et brillant ne trouvant comme seule réponse "euh bah euh mais non, euh... C'est pô vrai... C'est celui qui dit qui est !", je lui ai serré la main et je suis parti, dépité.
Cependant, je n'avais pas dit mon dernier mot... Nenni ! Non seulement mon esprit est vif et brillant mais en plus il est mode escalier. Soudain, au milieu d'un passage cloutée et au péril de ma vie, je me suis dit "Mais, c'est biensûr !".
Ni une, ni deux, ni même trois pas me conduire au zinc matinal. Il était parti...Je suis arrivé à la bourre et la journée à repris son cours.
Je vous livre néanmoins ma conclusion : effectivement, nous sommes soumis à des attentes de rendement, des attentes de la société, des attentes des personnes, nos propres attentes. Nous pouvons être des agents de "normalisation" de personnes dites exclues voire même des agents de contention. Pour exemple, lorsqu'on bosse avec des prostitués, le but est de les réinsérer ; dans quel but? Lorsqu'on bosse avec des handicapés dans des centres en pleine cambrousse : quel sens y a t'il à les mettre géographiquement à l'écart. Ainsi de suite, les exemples sont nombreux...
Personnellement, j'ai bien conscience de ces aspects et de ces contraintes. Pour autant, j'ai un point de vue sur notre société, j'ai une éthique qui me font aller vers une réinsertion, non vers une norme, mais vers un accès à une liberté. Utopie certes, mais conviction qui oriente ma pratique.
Je ne bosse pas avec des délinquants (au sens stricto sensu) pour les réintroduire dans une norme, mais pour leur permettre d'acquérir certaines clés de compréhension de leur histoire et de la société dans laquelle on vit.
Malgré tout, je me retrouve soumis à des impératifs de rendement, qui font que je suis pris dans un système.
Pour finir, la remarque de ce gars m'interroge sur notre position de travailleur social et notre pouvoir à faire évoluer la société... J'ai l'impression "d'être le scamphandrier au fond de l'aquarium"...
Joey