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Educ en ITEP

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Céline

Educ en ITEP

Message non lu par Céline » 15 avr. 2008 17:20

Bonjour bonjour,

je suis actuellement en formation d'ES en 1ère année et je vais peut être faire mon stage de deuxième année en ITEP. Je voudrais avoir quelques témoignages de stagiaires ou de professionnels qui y ont travaillé... Histoire de ne pas rester sur des préjugés que l'on entend souvent sur les ITEP! Comment se passe la vie au quotidien, en internat, quel ressenti en tant qu'éduc, est-ce aussi difficile qu'on le dit?
Merci d'avance pour vos témoignages
Céline

meliecara

Re: Educ en ITEP

Message non lu par meliecara » 15 avr. 2008 22:20

Salut Céline,

Et bien je dirais que tout dépend de l'équipe avec laquelle tu travailles. Si l'équipe est cohérente, cadrante, rassurante... pas de problème.
C'est ce que j'ai vécu, et ça c'est globalement bien passé.
Je dis globalement, parce que bien sûr, le quotidien en ITEP n'est pas de tout repos !

Ces jeunes sont souvent violents, s'insultent, se battent, ont des gros soucis avec "l'autorité". Il n'est pas facile d'y faire sa place.
La notion de "lien" est vraiment essentielle (elle l'est partout, mais j'ai trouvé ça particulièrement important en ITEP)

Et puis il faut se maitriser ! Facile à dire, mais parfois face à certaines attitudes, on se sent bouillir.
Je me suis "vue" une fois gifler un jeune, ce que je veux dire, c'est que sans aller jusque là, je me suis vraiment sentie à 2 doigts de le faire. Ce jeune était en provocation extrême, se fichait de moi à gorge déployée et c'est vrai que je me suis sentie impuissante et j'ai dû lâcher prise pour reprendre ça plus tard avec lui. Deux jours après, l'une de mes collègues avait craqué et l'avait giflé... Je pense honnêtement, que ça aurait pu m'arriver.

Je te raconte cette histoire parce que c'est ce que j'ai trouvé de plus dur en ITEP : se sentir impuissant face à la provocation,face à la violence (verbale surtout, ça n'a jamais été jusqu'à la volonté de frapper de la part du jeune ; je dis volonté, parce qu'il faut savoir également que parfois les jeunes se maitrisent difficilement eux-mêmes et peuvent avoir des gestes violents envers les adultes).

Et je pense que c'est aussi pour cette raison (cette frustration malsaine lorsqu'on "n'y arrive pas") que beaucoup d'ITEP ont un fonctionnement déconnant, violent.
Il est tellement "plus simple" d'user de la violence pour maitriser un jeune et nous ne sommes pas forcément à l'abri...

Voilà pourquoi l'équipe est essentielle.
Pouvoir dire à son collègue "là, je peux plus, il me met à bouts, je me suis sentie à la limite de le frapper" et que ton collègue te répondes "pas de problème, j'y vais, t'as qu'à rester à faire l'aide au devoir"
Et c'est certainement ça qui fait aussi que tu gardes ton sang froid : tu sais que tu n'es pas seul (en dehors du fait que ça ne servirait pas à grand chose de gifler le jeune, mais c'est là un autre débat).

A mon souvenir, il y a une conversation dans ce forum et dans celui des ME ; c'est le témoignage d'une éduc qui décrit son boulot en ITEP et c'est pas joli, joli... la structure est déconnante et elle se laisse complètement happer par cette ambiance merdique et maltraitante.

En dehors de ça, j'ai passé des moments extra ! Tu n'as pas le temps de t'ennuyer, les journées sont bien remplies ! Mis à part sur les temps où les jeunes sont en classe, tu n'as pas une minute à toi. Et ça, c'était vraiment chouette !
Les relations avec les jeunes sont souvent conflictuelles, mais il y a plein de super moments à partager avec eux. Nous sommes partis une semaine au ski en mars, et bien pendant cette semaine, aucun conflit entre les jeunes (un ou deux, mais bon... ça compte pas !), une super ambiance. Ils ont passé une semaine inoubliable ! (et moi aussi je crois bien...)

meliecara

Re: Educ en ITEP

Message non lu par meliecara » 15 avr. 2008 22:41

Pour d'autres témoignages : tape ITEP sur le moteur de recherche, il y a un tas de choses !

Dans le forum ME : "la vie dans une ITEP ?" de yann, 23/10/2006 18:08
http://www.lesocial.fr/forums/read.php? ... 97&t=34846
Attarde-toi sur le témoignage de Lore (c'est de de témoignage dont je te parlais dans mon précédent message)
Dans le forum ES : "IR aide" de Lore, 25/05/2007 15:29

meliecara

Re: Educ en ITEP

Message non lu par meliecara » 15 avr. 2008 22:41

J'ai oublié de te mettre le lien de la deuxième conversation :
http://www.lesocial.fr/forums/read.php? ... 6&t=100496

Céline

Re: Educ en ITEP

Message non lu par Céline » 16 avr. 2008 09:22

Salut Meliecara,

et merci pour ton message!!!
en fait j'ai vraiment envie d'aller voir ce qui se passe en itep, pour le moment je n'ai pas encore eu de véritable contact avec l'équipe, je dois attendre un peu avant de les recontacter, par rapport à la gratification...
En tout cas ton message me rassure dans un sens, mais ce qui me pose finalement le plus question c'est l'autorité. On va dire que je n'ai pas du tout d'autorité "naturelle", j'ai du mal à me faire respecter, enfin j'en ai l'impression, et du coup j'ai un peu peur de me mettre en danger en allant bosser en ITEP!!! mais en même temps je me dis que si ça le fait en itep, avec l'équipe, avec les jeunes, après je serais blindée et je n'aurais plus autant d'appréhension!
Comment se sont passés tes premiers contacts avec les jeunes? Tes premières journées... comment réagis tu à la violence physique à ton encontre, si tu y a été confrontée?
a bientôt
Céline.

dédé

Re: Educ en ITEP

Message non lu par dédé » 16 avr. 2008 22:23

pour ma part ce fut la non réaction avec une équipe qui doit se "former" éclore et un groupe d'enfant qui se connaît depuis 2 ans, dur dur mais absolument fantastique

meliecara

Re: Educ en ITEP

Message non lu par meliecara » 17 avr. 2008 21:55

Je ne suis pas quelqu'un qui respire l'autorité non plus.
Mais quand on y réfléchi un peu, à quoi sert l'autorité s'il n'y a pas de relation de confiance ? Être simplement autoritaire consiste à faire respecter les règles, les faire appliquer en faisant preuve de fermeté et en inspirant la crainte.
En revanche, si tu établi ce fameux lien, si une relation de confiance et donc de respect s'instaure, tout prend du sens. C'est plus long, c'est sûr !
Les jeunes "t'écouteront" non pas parce qu'ils auront peur des conséquences, mais parce que ce que TOI tu leur dira aura du sens.
Alors bien sûr, ça ne marche pas toujours; mais quand ça marche, je pense que c'est mille fois plus efficace.

Concernant tes craintes, je crois qu'il faut que tu dédramatises : c'est un stage que tu vas faire, tu ne signes pas pour un CDI.
J'avais bien sûr les mêmes appréhensions, moi je signais pour un CDD de quelques mois. Je me suis fait la même réflexion : c'est un CDD, je ne m'engage pas sur du long terme.

Les premières journées ont été un peu étranges, les jeunes ne me "calculaient" pas. J'étais là, mais bon...
Mais je crois que j'avais moi aussi besoin de cette approche un peu distante. Et puis petit à petit, je suis entrée en contact avec certains d'entre eux et ils en ont fait autant. Je crois que nous avions tous besoin d'une période d'observation.

Dans la structure où je bossais, nous mangions en 2 groupe de 6/7 jeunes dans 2 pièces séparées. Pendant ma première semaine, j'ai mangé presque exclusivement avec un seul groupe, cela me permettait de mieux "repérer" les jeunes, de les connaitre, ne serait-ce que les prénoms. Et puis j'ai fait l'inverse.

Pendant cette période d'une ou deux semaines où ils ne me "calculaient" pas, je n'ai pas été vraiment confrontée aux règles de la structure puisque les jeunes ne venaient pas spontanément vers moi pour me demander telle ou telle chose.
Ce qui m'a permis d'observer les collègues, d'intégrer les régles de fonctionnement.

Ensuite, j'ai beaucoup fait référence aux collègues, que j'interpellais régulièrement pour savoir si telle ou telle chose était autorisée, à partir de quelle heure ils pouvaient jouer à la Playstation par exemple...

Si j'étais seule, je demandais au jeune comment cela se passait d'habitude, en leur précisant que je demanderai confirmation aux collègues ensuite.
En fait, j'ai essayé de leur montrer que je pouvais avoir confiance en eux, mais que je n'étais pas dupe s'ils voulaient faire les filous.
Et ça a plutôt bien marché.

Alors bien sûr, il y a des collègues avec qui un seul "chut" au moment d'un coucher un peu bruyant suffit à faire régner le silence... alors que toi tu rames en passant de chambres en chambres... mais que veux-tu...

La violence physique, oui tu y es confrontée. Mais en y regardant de plus prés, il s'agit bien souvent de "mise en spectacle" (ce qui ne retire rien à l'importance de ces actes). Pour caricaturer, ça fait un peu penser au copain un peu éméché qui se prend la tête avec un rugbyman de 2m et qui t'attrapes le bras en te disant "Retiens-moi, j'vais m'battre !" Tu vois ce que je veux dire ?

Ce qui n'empêche que bien souvent, tu es obligé de contenir certaines jeunes physiquement. C'est assez déstabilisant au début de voir les collègues littéralement assis sur un jeune pour le maintenir au sol. Sauf que quand tu vois ce jeune se jeter sur un autre pour le frapper, le mordre, et bien toi aussi tu fais tout pour l'arrêter.
Les jeunes sont parfois dans un espèce d'état second, hystériques (le terme n'est certainement pas approprié au sens pathologique mais tu vois certainement ce que je veux dire). Dans ces moments, non seulement ils peuvent être dangereux pour les autres mais aussi pour eux même (et pour toi, ne l'oublions pas non plus).
Ensuite, une fois la "crise" terminée, tu peux en parler, tu peux revenir sur ce qui s'est passé.

Il faut aussi savoir que pour beaucoup d'entre eux, la violence est un moyen d'expression et de communication qu'ils connaissent depuis tout petit, alors mettre son poing dans la tronche du voisin n'a rien d'extraordinaire.
Les insultes fusent de tout part et les jeunes étaient trés souvent en conflits les uns avec les autres.
Mais ils ont une faculté incroyable à passer "d'ami" à "ennemi" en 5 mn ! Et je n'exagère pas !

De la violence, j'en ai subi un peu, mais comment dire... c'était ce que je considére de la violence "involontaire". Il s'agissait toujours des mêmes jeunes, ceux qui partent sur des crises "d'hystéries" et qui ne contrôlent plus rien. Ils ont donc tendance à lancer pieds et poings ( et dents parfois !) sans trop savoir envers qui.

Lorsqu'ils s'agissait de conflits "d'autorité" (tu demandes à un jeune de débarasser la table, il refuse, tu insistes, ça monte en pression...) ça ne m'est jamais arrivé. Parfois des insultes genre "tu me fais chier" mais ils ont toujours su faire la part des choses et même si parfois tu sens qu'ils sont prés à en venir aux mains, il y a toujours la petite lumière qui leur dis stop.
Cette lumière était me semble-t-il liée au respect et certainement à la lucidité quant aux conséquences (ce qui est déjà trés important pour ces jeunes un brin déstabilisés !)

meliecara

Re: Educ en ITEP

Message non lu par meliecara » 17 avr. 2008 22:10

J'ai quelques petits soucis de connexion ce soir, alors j'ai préféré envoyer mon message ci-dessus sans l'avoir réellement terminé.

Pour essayer de finir mon roman, je te dirai de prendre le temps.
Prends le temps d'observer surtout.
Poses des questions. Si tu es choquée par l'attitude de tes collègues, parles-en. Demandes leur pourquoi ils ont agit de la sorte.
Là où j'étais, on m'a toujours laissé agir comme je le sentais. Si je sanctionnais un jeune, jamais mes collègues ne sont allés à l'encontre de ma décision. En revanche, s'ils n'étaient pas d'accord, ils m'en parlaient aprés.
Il n'est pas toujours facile d'avoir le recul nécessaire. Et parfois, tu es blessée dans ton amour propre parce que tu n'as pas réussi à placer ton autorité, ce qui amène parfois à des comportement inadaptés.
Il m'est arrivé de m'excuser auprés des jeunes également et je trouve ça important. Ce n'est pas toujours facile, quand il y a conflit, de faire la part des choses et parfois tu te trompes. C'est important de le reconnaitre et de l'expliquer au jeune. C'est m'on opinion en tout cas.
Il m'est arrivé par exemple d'envoyer "bouler" un jeune qui arrivait au mauvais moment (lors d'une grosse prise de tête, un jeune arrive avec ses devoirs alors que toi t'essaie d'en calmer un autre par exemple). Je m'en suis toujours excusée, en expliquant au jeune que je n'avais pas à l'envoyer ballader mais que lui aurait pu prendre la mesure de ce qui se passait.

Je te précise quand même qu'il s'agissait de garçon de 12 à 15 ans.

Bon, je vais m'arrêter là !
Si certaines choses ne sont pas claires, te choquent, n'hésites pas. J'essaierai de m'exprimer autrement. Je ne choisi pas toujours bien mes mots et je m'emballe facilement dans mes explications !

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