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Défendre l'internat

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Véronique

Défendre l'internat

Message non lu par Véronique » 30 juin 2011 19:39

Faire vivre ensemble des jeunes aux problématiques différentes n’est pas simple mais j’ai la conviction que cela a du sens, que la vie dans un collectif apporte un cadre structurant pour ces jeunes. Avant on parlait de « vivre avec », l’éducateur d’internat partageait le quotidien des jeunes. Cette proximité, (cette vulnérabilité parfois) permettait de tisser le lien nécessaire à toute relation éducative.

Pour ma part, les priorités sont de deux ordres :
1 - Permettre aux internats d’exister au niveau législatif
2 - Construire un cadre théorique nourri de nos savoirs faire
1 – Permettre aux internats d’exister au niveau législatif

Aujourd’hui, le « vivre avec » est de moins en moins possible surtout à cause des règles de droit du travail qui ne sont pas compatibles avec nos missions. Les MECS bricolent des horaires impossibles pour la vie personnelle des éducateurs (horaires découpés, mise en place de veilleurs de nuit, petites tranches horaires qui obligent les éducateurs à venir tous les jours…) et pour la qualité de la prise en charge des jeunes qui voient défiler quatre personnes dans la même journée. Les séjours éducatifs ne sont plus possibles.

Dans l’association où je travaille, les éducateurs travaillaient avec des amplitudes horaires assez importantes (12 heures en journée, 16 heures en travail de nuit). Ces horaires avaient un réel sens éducatif : accompagnement au coucher, au lever, suivi des situations. Juste compensation de leur travail, ils avaient trois ou quatre jours de libre par semaine et des horaires décalés appréciables en région parisienne.

Pour pouvoir respecter la loi (des amplitudes maximum de 10 heures), nous avons modifié leurs horaires, leurs conditions de travail se sont dégradées, plusieurs d’entre eux ont démissionné.

Quand allons nous faire une action commune pour défendre la spécificité de notre travail ?


2- Construire un cadre théorique nourri de nos savoirs faire

A quoi se réfère t-on quand on est éducateur en internat ? Cette année, j’ai mis en place un guide pour les nouveaux salariés qui leur permet de mieux se situer dans l’établissement. Pour les éducateurs, je voulais y joindre un « guide » des pratiques au quotidien ou conseiller un livre sur le travail de l’éducateur en internat. J’étais bien embêtée. J’ai relu « Graine de crapules » de Fernand Deligny. J’ai relu les nombreux écrits de Vaucresson, les écrits de Maryse Vaillant… Je ne me suis pas décidée.

Dans beaucoup d’institutions, la seule référence théorique est la psychanalyse. Peu d’éducateur comprenne cette théorie complexe, ils en font des raccourcis réducteurs.

La semaine dernière, une équipe se plaint qu’un jeune reste toute la journée sans rien faire (il est en attente d’une scolarité), je demande aux éducateurs de le solliciter autour d’activités, ils me répondent « on n’est pas animateur ». De même, quand la maîtresse de maison est absente, ils demandent une remplaçante : « on n’est pas là pour faire les repas ». L’éducateur en internat n’est pas animateur, n’est pas maîtresse de maison, mais il est quoi ? Cela reste à définir ou à redéfinir.

J’ai l’impression que le travail en internat s’apparente de plus en plus à un travail en milieu ouvert : le bureau est la pièce centrale des lieux de vie. Il y aurait une partie noble du travail : faire des entretiens, des écrits, des réunions. Mais qu’en est-il de l’accompagnement des jeunes au quotidien ?

Il est en effet essentiel aujourd’hui de redéfinir notre travail, de le défendre, de le valoriser, de donner la parole aux éducateurs qui vivent, construisent, agissent professionnellement ce quotidien.

cc

Re: Défendre l'internat

Message non lu par cc » 03 juil. 2011 11:39

Bonjour ,
je suis d'accord le bureau devient le lieu où les éducs passent beaucoup voire tout leur temps au taravil,ils ont tjs une bonne raison pour y être : tél, écrits,...sauf que pendant ce temps le groupe lui ils ne le gérent pas.
je suis éduc en internat depuis plusieurs années et plus le temps passe, plus je trouve que le travail qui est fait se dégrade et aujourd'hui je suis épuisée aupoint de ne plus aimer mon travail.
On est plu dans l'accompagnement du jeune même petit, on lui demande à peine de faire son lit, de ranger ses affaires, de placer la table!! Alors moi qui le fait forcémment je suis mal perçue par les momes alosr que je fais avec eux les choses.
sauf que je ne lache pas les demandes que j'ai pu faire aux jeunes. Je constate aussi que beaucoup d'éducs ne font pas le ménage si la maitresse de maison est absente, ne font pas les soins aux jeunes quand ils en ont...
beaucoup d'éducs passent leur temps hors du groupe, à fumer,raconter leur vie quand cela ne se fait pas à table.
alors je pense que l'internat est mal en point non à cause de ce qu'il représente pour le jeune mais plus en raison du manque de motvation réelle des éducs qui s'y engage. Car le travail qui devrait y être fait est lourd, routinier mais il est la base des repères nécessaires aux jeunes...

vall

Re: Défendre l'internat

Message non lu par vall » 18 juil. 2011 21:18

bonjour, je suis dans la même réflexion que vous. L'internat doit se faire connaitre, reconnaitre et valoriser. la MECS n'est pas le lieu "par défaut", quand on a épuisé toutes les autres solutions. Il peut être préconisé dans certaines situations et être le plus adapté... J'interviens en école d'éducateur et essaye de passer ce message. dans un premier temps ça choque, l'idée c'est que le modèle familial est forcément le meilleur (famille, famille d'accueil etc...).
Pour ma part, je fais toujours passer les jeunes avant les démarches administratives. Je ne les fais que si l'ambiance de groupe le permet. Je n'ai que 10 ans d'ancienneté. Mais je remarque que les jeunes diplômes s'éloignent effectivement très facilement des difficultés en allant dans le bureau (ce qui est contreproductif on est bien d'accord...). J'ai passé une matinée à travailler avec une ME (débutante). elle a été toute la matinée dans le bureau et moi sur le terrain. a la fin de la journée, je me suis dit que c'était le monde à l'envers.. J'estime que faire des activités avec un jeune fait partie de notre boulot, que donner un coup de serpillère aussi, et que faire tourner une lessive, si le jeune a besoin de linge, c'est aussi mon boulot. Parfois je me dis qu'on est bien cons parce que pendant ce temps, ce sont les maitresses de maisons qui passent 1 heure à fumer dehors, et qu'avec notre conscience professionnelle du jeune avant tout on se fait aussi avoir, mais bon... Les éducateurs que vous citez se tirent une balle dans le pied : on va alors embaucher des anims, des maitresses de maison et des AMP pour les toilettes des enfants... il n'y aura plus qu'un ES par équipe pour faire des écrits... beaucoup de chômage, d'enfants pas assez accompagnés... mais ce sera de notre responsabilité
Bref, partante pour une réflexion voire une élaboration si vous le souhaitez. Je fais également de la recherche en sociologie et pourrait vous accompagner dans la réflexion.

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