Pour être notifié de nouveaux messages, entrer dans un forum puis cliquer sur "S'abonner au forum" (+ infos)

Violence help

La communauté Educateur Spécialisé se retrouve sur Les forums du Social depuis plus de 20 ans pour échanger sur les concours, le métier, le diplôme, la formation, la sélection, le salaire, la carrière, les débouchés, la profession, etc.
Pénélope

Violence help

Message non lu par Pénélope » 18 nov. 2012 17:15

Bonjour,

Je viens de prendre un poste d'éducatrice dans un accueil de jour pour personnes sdf. Seulement ce que je découvre est sidérant. L'association est tenue par des chrétiens très propres sur eux qui se sont donné pour mission d'aider les plus démunis, de leur offrir chaleur, amitié et nourriture. Tout cela part d'un très bon sentiment et jusque là tout va bien. Sauf que la DRIHL oblige l'assoc à se professionnaliser et à embaucher des éducs. C'est là où moi et deux autres éducatrices entrons en jeu. Nous découvrons que l'assoc contourne un peu les lois par exemple en servant de la nourriture chaude au lieu de collations froides, nous avons fait du tri dans une réserve de nourriture infestée de souris, crottes et asticots et les bénévoles sont très mécontents... Ils préfèrent servir de la nourriture entamée, périmée plutôt que de jeter, mais comme ce sont des personnes âgées qui ont connu la guerre ou presque je peux encore comprendre ce débat.
Mais le pire dans cette assoc c'est qu'il n'y a aucun cadre, les personnes accueillies font la loi, deal du @!#$ à longueur de journée et surtout il y a une violence extrême...
Vendredi, nous, 3 éducatrices, étions occupées sur nos bureaux et nous n'avons pas vu l'heure et ne sommes pas allées aider la maîtresse de maison à l'heure... Quand je suis arrivée pour l'aider avec 5 min de retard, un des accueillis, un jeune très dealer, s'en est pris violemment à moi, comme quoi nous avions un chez nous, que c'était pas à lui de couper les patates etc.. J'ai essayer de le tempérer en lui disant que je m'excusais mais qu'on avait du travail et que c'était bon, maintenant j'étais là... Je parlais doucement et gentiment pour ne pas le faire monter encore plus... Et là il est partit dans un délire ultra violent en me hurlant dessus : "l'autre, elle se croit chez Total avec plein de dossiers, dans une gde entreprise, sur la mecque, sur le coran, vos bureaux ils sont vides arrête de te la raconter..." et là c'est partit en cacahuète, sans que je puisse dire un mot, j'ai eu le droit à je vais te crever salope, je vais te tuer, ferme ta gueule etc pendant 15 min.
Les autres accueillies et la maîtresse de maison (algérienne comme lui donc respectée) ont réussit à le faire sortir, puis il est rerentré et s'en est pris violemment au directeur puis à moi à nouveau.
Avec les collègues nous étions à deux doigts d'appeler la police mais nous avons vu le directeur prendre son téléphone et nous pensions que c'était ce qu'il était en train de faire, en fait il appelait la marraine bénévole du gars... Qui a soi-disant réussit à le calmer... Ensuite il est resté longtemps devant puis est partit un peu après la fermeture.
L'après -midi, une autre personne très violente est rentrée car le directeur n'avait pas fermé la porte à clef. Un gars de deux mètres de haut très costaud et visiblement malade mentalement, il a menacé ma collègue et nous avions très peur à nouveau. Mais lui est malade et du coup je ne lui en veut pas et arrive à passer outre.
Pour le premier c'est un jeune de 25 ans qui ne supporte pas que l'on essaye de mettre du cadre dans la structure, il a bien hurlé "l'autre elle est là depuis deux jours et elle veut faire sa loi..."
Ensuite on a débriefé tout ça en réunion, et le directeur est contre appeler la police, il dit que c'est ce que faisait l'ancienne équipe et que du coup cela exacerbait la violence et que cela était un cercle vicieux... Nous avons aussi appris que l'ancienne équipe est partie à cause de la violence récurrente dans la structure alors qu'on pensait que c'était uniquement à cause des bénévoles qui mettaient des bâtons dans les roues et qui eux passent pour des anges car ils acceptent tout... (le deal; le @!#$, les insultes...).
Voilà donc depuis vendredi je suis perdue, mes amis me disent de porter plainte, ou au moins de faire une main courante car des menaces de mort c'est grave, on me dit d'y retourner pour montrer qu'il n'a pas gagné, on me dit de ne pas y retourner car de tout façon je veux arrêter... Je ne sais pas quoi faire, je n'ai aucune envie d'y retourner et de revivre un tel climat d'angoisse comme la journée de vendredi. La président de l'assoc et le directeur me disent que ce gars a un bon fond, qu'ils essayent de l'amadouer, sauf que le mec appelle le directeur "wesh cousin", lui parle super mal, et le directeur pense qu'en le laissant faire il devient son pote et qu'il arrivera à en tirer quelque chose... Sauf qu'on voit bien que le mec se joue de lui, il est là uniquement pour dealer son @!#$ et foutre le bazard... Il ment à sa bénévole marraine, il m'a dit vouloir bosser six mois déclaré puis non déclaré et bosser au noir pour taper les 3000 avec les assedics et retourner au bled monter un buisness, avoir un vrai taf et un logement ça ne l'intéresse pas... Bref je n'arrive pas à avoir de l'espoir pour un tel personnage, je n'ai même pas envie de l'aider et du coup je culpabilise en me disant que je suis une mauvaise éduc... Pareil pour les autres, dans une moindre mesure ils sont tous violents, mais venant de la rue ça se comprend, mais tous sont défoncés en permanence et la grosse majorité sans papiers. Comment aider ces gens là ? Je me sens démunie car pour les sans-papiers , à part leur dire de trouver une promesse d'embauche pour essayer d'obtenir un titre de séjour je ne vois pas ce que je peux faire, aucune structure ne veut d'eux... A part peut-être le chapsa de Nanterre...
Il y a aussi le fait que plusieurs personnes bénévoles et haut placées dans l'assoc nous ont dit que les lois se contournaient, qu'il ne fallait pas en être esclave. Cela quand on a tenté de leur expliqué ce qu'était 2002-2 et que cette loi était incontournable pour nous, par rapport par exemple au livret d'accueil et au règlement de fonctionnement qui pourraient nous aider à poser le cadre...

Bref merci de m'avoir lu, et merci de votre aide...

Ségolène

Re: Violence help

Message non lu par Ségolène » 19 nov. 2012 00:10

J'ai que 20 ans et toujours au lycée je dis cela juste car je vais te dire mon avis et en aucun cas je veux t'influencer car comme je le disais je suis qu'au lycée.

Donc pour ma part je pense que dans la plus part de ses centres la violence qu'elle soit verbale ou physique est presque (pas toujours) systématique. C'est personnes sont dans un processus de désocialisation qui fait que la notion des règles sa passe à travers.
Pour en venir à toi le soucis s'est le mentale (pas toi mais en général) pour aider ces personnes il faut un morale d'acier, savoir encaisser et rien laisser paraître. la comparaison que je vais faire est peut être inapproprié mais s'est mon avis. Donc s'est comme pour des enfants au départ ils te testent si tu flanche tes cuites et ils seront là pour te le rappeler.Ces personnes ont besoin d'être aidé et cela passe par des règles. Maintenant tu as plusieurs solutions arrêter, continuer ou essayer de changer le système actuelle. Cependant si tu y vas à reculons ou que tu es sujet au stress... quand tu y vas pense à toi car s'est jamais bon.
Voilà (j'ai surement fais de nombreuses fautes d'orthographe j'en suis désolé)
J'espère malgré mon inexpérience et mes 20 ans avoir pu t'aider un peu.

Bon courage

Alex

Re: Violence help

Message non lu par Alex » 19 nov. 2012 09:33

Effectivement il semble y avoir un énorme dysfonctionnement dans cette structure.
Après a toi de voir si tu peux exercer dans ce cadre (ce qui ne semble pas être le cas à tes dire)
Ou si tu pense pouvoir changer les choses sans finir par t'user.
Ou si il ne vaut mieux pas partir, car ce n'est pas parce que l'on est diplômé que l'on peut travailler n'importe ou et dans n'importe quelles conditions. (Ce n'est pas un échec de s'avouer que notre vision du métier n'est pas en concordance avec celle de la structure et que nous ne pouvons travailler ensemble).
Bon courage a toi dans tous les cas.

hanna

Re: Violence help

Message non lu par hanna » 19 nov. 2012 10:16

Je suis monitrice éducatrice depuis 4 ans et je ne cautionne pas ce fonctionnement dans les structures. J'ai travaillé auprès de ce public dans un CHRS et certes, les personnes accueillies peuvent être violentes, d'autant plus qu'elles sont bien souvent alcoolisées, mais ce n'est pas pour autant qu'il faut normaliser ces faits. Le CHRS dans lequel je travaillais avait un règlement très clair. La violence envers les autres personnes accueillies ou envers l'équipe était motif d'exclusion. Pour moi le travail d'éduc ce n'est pas subir des agressions verbales ou physiques sans broncher, et en plus laisser ces personnes dans ce mode de fonctionnement en normalisant les choses est tout simplement "anti-éducatif". Le chef de service ne l'a même pas vu dans son bureau pour le "reprendre" sur son comportement? c'est grave!! On tolère le traffic de stupéfiants?? Mais comment peuvent ils leur venir en aide finalement? Savoir si tu dois rester là bas ou en partir, cette décision t'appartient ... Mais sache quand même que ce que tu vis là bas ce n'est pas ce qui se passe dans tous les CHRS ... J'ai vécu une situation de ce type en MECS et pour ma part j'ai fini mon contrat et je suis allée voir ailleurs! Les insultes envers l'équipe étaient banalisées et la hierarchie tolérait tout ce qui se passait ... je ne crois pas au travail social comme ça ... Bon courage à toi

sarah

Re: Violence help

Message non lu par sarah » 19 nov. 2012 11:47

De ma petite expérience auprès de ce public, je confirme que le fonctionnement de ton centre est inquiétant... on aide pas les personnes en passant outre les actes graves qu'elles peuvent poser, en essayant de les amadouer sans jamais les mettre face aux conséquences de leurs actes... le cadre (le règlement ainsi que le chef de service) est là pour garantir le respect dû à chacun et en aucun cas pour banaliser les situations de violence quelquelles soient... Et à travers ce que tu rapportes, on voit qu'il n'y a pas de cadre: que l'on ne donne pas à l'équipe la légitimité qui est la sienne de poser des sanctions, que l'insitution enfonce les salariés et au final les personnes accueillies... Car quel intérêt pour ces dernières de venir dans cet acceuil de jour si rien ne diffère de la violence de la rue?
Je te conseillerai de partir car malheureusement je ne pense pas que tu puisses changer les choses dans un délai tenable pour toi...

Pénélope

Re: Violence help

Message non lu par Pénélope » 19 nov. 2012 12:42

Merci à vous 3 de vos réponses qui m'aident bien. J'ai décidé de ne pas y retourner, j'y ai pensé tout le week-end et y retourner me met une boule au ventre énorme.
Je ne l'ai pas dit mais ce gars violent à déjà frappé stagiaire, il n'a pas été exclu... Là le directeur voulait l'exclure 8 jours uniquement... L'équipe n'est pas d'accord et je pense que les autres éducs ne tiendrons pas le coup non plus...
eN Effet la structure cautionne (bénévoles + directeur) le deal et le trafic car il ne faut pas braquer les accueillis contre nous... Ce n'est pas non plus comme cela que j'ai envie de travailler. Le directeur est très sympa mais c'est un sociologue et pas un travailleur social et je pense que c'est là où se trouve le noeud du problème.
Pour ma part avant cela je travaillais en hôtel social, j'en suis partie à cause des horaires difficiles et le salaire très bas (convention SOP), mais pareil que pour toi Hanna, il y avait un cadre, un règlement et au moindre pb de violence c'était l'exclusion point barre. Là quand on dit que l'on est en train de refaire le règlement avec mes collègues et que chaque accueilli devra le signer pour que tout le monde soit bien au clair, on passe pour des monstres...
Bref encore merci de vos réponses qui font que je culpabilise un peu moins...
Ce qui me fait vraiment peur c'est qu'il est déjà passé à l'acte sur une stagiaire, qu'à ce moment là personne n'a appelé la police et qu'il n'a pas été exclu, du coup je me dis que rien ne l'empêche à nouveau de passer à l'acte... Le directeur pense que dès qu'il me présentera des excuses il aura le droit à nouveau de revenir dans la structure, je trouve ça un peu facile et me dis que cela va être sans fin...
J'ai pourtant connu beaucoup de tensions là où je bossais avant, beaucoup de violence aussi mais jamais à un tel point et j'ai jamais pensé que la personne pourrait en venir aux mains sur moi, je ne me laissais jamais faire et j'avais rarement peur, mais là ce qui s'est passé vendredi, je ne sais pas, je me voyais vraiment par terre... Enfin bref, encore merci à vous =)

Courage

Re: Violence help

Message non lu par Courage » 19 nov. 2012 16:10

Bonjour,
je suis future éducatrice et je n'ai jamais travaillé en CHRS même si j'ai pu côtoyer les publics qui y vivent dans un autre cadre. Je trouve en effet ta situation inquiétante et il est normal que tu ai la boule au ventre a l'idée d'y retourner.

Pour ma part, je pense (mais cela n'est qu'un avis)qu'il faut que tu partes de la structure en posant un acte fort. Tu pourrais par exemple poser ta démission mais aussi porter plainte contre le jeune homme tout puissant qui martyrise l'institution.

Cet acte fort permettrait de signifier que nul n'est au dessus des lois et que des actes graves doivent être dénoncés. De plus, cela te permettrais de partir sans "t'avouer vaincue".

Même si ce n'est qu'une main courante, accumulée à d'autres, celle ci peut amener la justice à sévir.

Je trouve éthiquement normal en tant que future éducatrice que les choses graves soient dénoncés.

Bon courage et bonne chance pour la suite de ta carrière professionnelle.

Pénélope

Re: Violence help

Message non lu par Pénélope » 19 nov. 2012 21:31

Merci beaucoup !

herve

Re: Violence help

Message non lu par herve » 21 nov. 2012 15:34

Comment aider ces gens là ? Je me sens démunie car pour les sans-papiers , à part leur dire de trouver une promesse d'embauche pour essayer d'obtenir un titre de séjour je ne vois pas ce que je peux faire, aucune structure ne veut d'eux... A part peut-être le chapsa de Nanterre...
La réalité est que les C.H.R.S ont une obligation d'accepter les sans papiers et d'aller au bout des démarches avec eux, ensuite ce n'est pas parce que les gens n'ont pas de papiers qu'ils n'y a aucune possibilité de travail.
Salut!
c'était juste une aparté, bon si tu bosses sur Paris, je crois voir ou tu bosses....Là c'est du grand n'importe quoi, pas de cadre, pas de soutien.Courage à toi, il y a bien d'autres endroits ou faire un travail intéressant avec ce public

Répondre