Bonjour à tous,
je suis actuellement éduc spe dans un chrs qui accueille 86 hommes seuls en région parisienne.
Suite aux évènements de la semaine dernière nous aimerions avec les collègues se saisir de cela pour réfléchir avec les personnes que l'on accueille sur la citoyenneté, la liberté d'expression...
Avez vous eu l'occasion de mener ce genre de débat dans votre structure? Comment cela s'est passé?
Au vu du sujet du débat nous souhaiterions faire appel à une personne extérieur pour animer.
Avez déjà eu ce genre d'expérience?
Merci d'avance pour votre retour
Cordialement
Franck
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Comment parlé de "l'affaire Charlie Hebdo" en CHRS?
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shariane
Re: Comment parlé de "l'affaire Charlie Hebdo" en CHRS?
Bonjour Franck,
La question est "comment parler de l'affaire charlie hebdo" ?
ou
compte tenu des évènements vous souhaitez aborder la citoyenneté et la liberté d'expression ?
A mon sens on aborde pas ces deux questions de la même façon.
Je vais tenter de te donner mon point de vue sur les deux questions :
Pour aborder "l'affaire charlie hebdo" il me semble qu'il faut dans un premier temps être capable d'aborder le sujet. On ne peut pas lancer le débat sans être soi-même à l'aise auquel cas on peut vite se laisser déborder et ne plus maitriser la situation.
Pour ce faire, il faut pouvoir un cadre sécurisant d'emblée, en expliquant votre démarche.
Je travaille en maison relais (public venant pour la majorité de CHRS). J'ai appris le terrible drame sur mon lieu de travail. C'est un résident qui m'a informé avec toute l'émotion que vous pouvez imaginer, qu'une fusillade avait eu lieu au sein du journal. A ce moment là, nous n'avions pas toutes les informations, seulement, il était déjà question dans les heures qui ont suivi de "djihadistes", "d'attentat"... (chaque résidant à son propre studio, cependant, nous avons une salle collective pour les activités). Plusieurs résidents, spontanément sont descendus dans la salle pour ne pas "vivre" ce moment seul. D'emblée, j'ai du faire preuve de "responsabilité' au regard de la situation qui me semblait ultra tendue et qui pouvait générer une crispation des uns et des autres (croyants, non croyants, musulmans, juifs, athée... De ce fait, j'ai "dicté" quelques règles au préalable, règles qui me semblaient indispensables. J'ai en introduction expliqué qu'on vivait un moment extrêmement grave, qu'il est important que nous puissions réagir sereinement et de ne pas laisser nos émotions prendre le dessus sur la raison.
J'ai ensuite expliqué que nous sommes ici tous présents parce que nous sommes tous concernés, quelque soit notre origine, nos croyances, notre identité. Nous sommes tous présents parce que au-delà de ce qui vient de se produire, nous sommes liés par cette famille que nous formons (formule utilisée par les résidents, inscrite dans la charte de la maison) et qu'une famille doit se soutenir dans les épreuves et pour cela il faut mettre de côté les différends. Enfin j'ai terminé en disant que je ne laisserais aucune place à des remarques inadaptés auquel cas je mettrai fin à toutes discussions dans la salle.
Tout ça pour dire qu'il me semble primordial d'établir au préalable des règles claires et de s'y tenir. Je n'ai eu aucun débordement, les échanges étaient passionnés et passionnants, sous le coup de l'émotion, avec quelques maladresses, des malentendus. Il a fallu parfois recadrer, mais aucun propos n'a dépassé la limite que j'avais établi en amont.
Si c'est de "l'affaire charlie" dont il s'agit je pense que les quelques règles citées plus hauts pourront introduire et garantir un espace de parole libre d'échange sans gros débordements.
Pour ce qui est de la citoyenneté et la libre expression, je pense qu'il est important que des professionnels sur ces questions seraient plus propice. Je trouve qu'il s'agit de terrains glissants, notamment la question de la liberté d'expression. A la simple question peut-t-on tout dire ? Personnellement je n'en sais strictement rien. Evidemment je sais ce qui est condamnable d'un point de vue pénal mais pour le reste...
Est-ce que les limites sont dépassées lorsqu'on blesse l'autre ? Quel est le curseur des limites ? Qui décide (si cela ne revêt pas de la loi) de ce qu'on peut ou ne pas dire ?
Toutes ces questions me semble passionnantes et à débattre, nous avons les mêmes interrogations que vous sur les suites à donner, sur le "et maintenant que faire"...
La question est "comment parler de l'affaire charlie hebdo" ?
ou
compte tenu des évènements vous souhaitez aborder la citoyenneté et la liberté d'expression ?
A mon sens on aborde pas ces deux questions de la même façon.
Je vais tenter de te donner mon point de vue sur les deux questions :
Pour aborder "l'affaire charlie hebdo" il me semble qu'il faut dans un premier temps être capable d'aborder le sujet. On ne peut pas lancer le débat sans être soi-même à l'aise auquel cas on peut vite se laisser déborder et ne plus maitriser la situation.
Pour ce faire, il faut pouvoir un cadre sécurisant d'emblée, en expliquant votre démarche.
Je travaille en maison relais (public venant pour la majorité de CHRS). J'ai appris le terrible drame sur mon lieu de travail. C'est un résident qui m'a informé avec toute l'émotion que vous pouvez imaginer, qu'une fusillade avait eu lieu au sein du journal. A ce moment là, nous n'avions pas toutes les informations, seulement, il était déjà question dans les heures qui ont suivi de "djihadistes", "d'attentat"... (chaque résidant à son propre studio, cependant, nous avons une salle collective pour les activités). Plusieurs résidents, spontanément sont descendus dans la salle pour ne pas "vivre" ce moment seul. D'emblée, j'ai du faire preuve de "responsabilité' au regard de la situation qui me semblait ultra tendue et qui pouvait générer une crispation des uns et des autres (croyants, non croyants, musulmans, juifs, athée... De ce fait, j'ai "dicté" quelques règles au préalable, règles qui me semblaient indispensables. J'ai en introduction expliqué qu'on vivait un moment extrêmement grave, qu'il est important que nous puissions réagir sereinement et de ne pas laisser nos émotions prendre le dessus sur la raison.
J'ai ensuite expliqué que nous sommes ici tous présents parce que nous sommes tous concernés, quelque soit notre origine, nos croyances, notre identité. Nous sommes tous présents parce que au-delà de ce qui vient de se produire, nous sommes liés par cette famille que nous formons (formule utilisée par les résidents, inscrite dans la charte de la maison) et qu'une famille doit se soutenir dans les épreuves et pour cela il faut mettre de côté les différends. Enfin j'ai terminé en disant que je ne laisserais aucune place à des remarques inadaptés auquel cas je mettrai fin à toutes discussions dans la salle.
Tout ça pour dire qu'il me semble primordial d'établir au préalable des règles claires et de s'y tenir. Je n'ai eu aucun débordement, les échanges étaient passionnés et passionnants, sous le coup de l'émotion, avec quelques maladresses, des malentendus. Il a fallu parfois recadrer, mais aucun propos n'a dépassé la limite que j'avais établi en amont.
Si c'est de "l'affaire charlie" dont il s'agit je pense que les quelques règles citées plus hauts pourront introduire et garantir un espace de parole libre d'échange sans gros débordements.
Pour ce qui est de la citoyenneté et la libre expression, je pense qu'il est important que des professionnels sur ces questions seraient plus propice. Je trouve qu'il s'agit de terrains glissants, notamment la question de la liberté d'expression. A la simple question peut-t-on tout dire ? Personnellement je n'en sais strictement rien. Evidemment je sais ce qui est condamnable d'un point de vue pénal mais pour le reste...
Est-ce que les limites sont dépassées lorsqu'on blesse l'autre ? Quel est le curseur des limites ? Qui décide (si cela ne revêt pas de la loi) de ce qu'on peut ou ne pas dire ?
Toutes ces questions me semble passionnantes et à débattre, nous avons les mêmes interrogations que vous sur les suites à donner, sur le "et maintenant que faire"...
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AlbatorME
Re: Comment parlé de "l'affaire Charlie Hebdo" en CHRS?
Rien a redire Shariane. Bravo!
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Franck
Re: Comment parlé de
Merci Sarianne pour votre réponse complète le but serait effectivement de parler de la citoyenneté et surtout du vivre ensemble. après nous allons essayer de faire appel à un intervenant extérieur type sociologue ou autre qui sera plus outillé que nous pour ce genre d'interventions.
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michael
Re: Comment parlé de "l'affaire Charlie Hebdo" en CHRS?
D'autres témoignages que celui (fort intéressant) de Shariane ?
Je suis intéressé par le sujet, je suis en formation éducateur spécialisé, je ne sais pas comment j'aurai réagis sur le terrain.
Je suis intéressé par le sujet, je suis en formation éducateur spécialisé, je ne sais pas comment j'aurai réagis sur le terrain.