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Jeune diplômée ES ; souffrance au travail

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sophie

Jeune diplômée ES ; souffrance au travail

Message non lu par sophie » 11 janv. 2017 21:43

Bonjour à tous je suis diplômée depuis 2 ans ES, et aujourd'hui je me demande si ce métier est fait pour moi. Je travaille avec des ados en grandes difficultés (errances, fugues, conduites additives etc). J'ai de plus en plus de mal à prendre du recul sur les situations et à "faire la part des choses". Je rentre chez moi en pleurant je pars au travail avec la boule au ventre et je développe des problèmes de santé au niveau gastro à cause du stress. Tout ca est du à un trop plein ... problèmes d'équipe, nouveau foyer donc phase d'experimentation et jeunes en souffrance qui nous touchent par leurs comportements et qui peuvent être très violents.

Je tente de changer de travail en passant des entretiens mais les recruteurs doivent sentir que je postule surtout pour quitter ce poste qui me fait tant souffrir et non pour leur poste qui m'attire ! Et surtout se questionnent sur le fait que je sois en CDI et que je veuille le quitter au bout d'1an et demie, de plus je ne sais pas quoi répondre car je ne sais pas comment cela va être perçue.

Je me demande si je suis la seule à être autant en difficultés dans ce métier ? Et comment faire pour ne pas me mettre dans des états limite depressives pour ce travail? Etes vous déjà allé voir le médecin ou psychologue du travail ?

Merci d'avance de vos réponses

goudi

Re: Jeune diplômée ES ; souffrance au travail

Message non lu par goudi » 12 janv. 2017 12:01

Sophie, bien sûr que non que tu n'es pas la seule à être dans cet état d'esprit.
Dans mon entourage, combien d'éducs n'en peuvent plus, sont usés professionnellement et démissionnent de leurs structures.
C'est dommage que ça ait un impact aussi fort sur ta santé!
ton idée d'aller chercher ailleurs est pas mal surtout si tu sens que tu n'y arrives plus. Après le fait que tu quittes un cdi, peut mettre la puce à l'oreille des recruteurs mais tout se justifie ! Tu n'es pas la seule à quitter un emploi en CDI et dans tous les domaines, cela se fait.
Il faut juste pouvoir leur montrer que tu ne postules pas pour pouvoir quitter ton travail dans ta structure actuelle.
Cela arrive, malheureusement assez souvent, mais qu'entend tu par problèmes d'équipes?
C'est quand même bien dommage ce constat dans pas mal de structures où au delà du public accueilli qui peut s'avérer difficile, les équipes peuvent parfois générer une sorte de violence institutionnelle (pour l'avoir moi-même vécu).
C'est d'autant plus dommage qu'on se dit qu'on est dans le social, c'est peut être une vision trop naïve mais quand on débute, et je l'avais déjà remarqué en stage, l'attitude de certains professionnels peut saboter pas mal de choses...

Ro

Re: Jeune diplômée ES ; souffrance au travail

Message non lu par Ro » 12 janv. 2017 13:03

Bonjour Sophie,

Ta dernière question doit être une affirmation pour toi à l'aune de ce que tu décris.
Je te conseille fortement d'aller consulter au moins ton médecin généraliste et de te mettre en arrêt de travail. Il faut au moins que tu fasses une pause. Bosser à foutre sa santé en l'air est un non-sens, bien que se mettre en arrêt pour ce type de raison peut faire mal à l'amour-propre.

Comme le dit Goudi, nombre de pro' dans le secteur est en souffrance, en épuisement professionnel, mais tout le monde ferme les yeux. S'il y a batterie d'arrêts de travail dans ton établissement et si cela n'a même pas mis la puce à l'oreille à ta hiérarchie, les choses ne changeront pas demain. Par conséquent, rien ne sert de persévérer en te disant que le bout du tunnel est proche.

Dire stop à ce type de situation (par arrêt de travail, démission ou recherche d'emploi) n'est pas un aveu d'incompétence de ta part. Lorsque tout le système déconne, rien ne sert d'y rester à l'intérieur (malheureusement). J'ai connu aussi, d'une moindre mesure, cette sensation de n'être pas à ma place dans le métier. Mais, cette sensation est seulement engendrée par la violence/maltraitance institutionnelle, et non par un mauvais choix de voie professionnelle.

Sophie

Re: Jeune diplômée ES ; souffrance au travail

Message non lu par Sophie » 12 janv. 2017 14:29

Merci Goudi pour ta réponse qui me rassure un petit peu...
En effet ce qui pêche dans les entretiens que je passe c'est que je ne sais pas comment justifier le fait de partir, car j'ai peur qu'en parlant de mes difficultés sur mon poste actuelle les recruteurs se disent que je ne ferais pas l'affaire pour leur structure !
Les problèmes d'équipe, sont duent à des personnalités qui ne comprennent pas que le travail et le personnel sont 2 choses différentes, une direction très à l'écoute mais qui est peu sur le terrain donc le cadre est posé entre collègue et non par la direction ce qui peut amener des conflits, et des vengeances à coups d'arrêt maladie pour montrer qu'ils ne sont pas contents, pas de cohésion et une méfiance au sein de l'équipe. Je sais bien que l'herbe n'est pas forcément verte partout et qu'il y aura toujours des petites choses qui n'iront pas que ce soit au niveau de l'équipe ou des jeunes accueillis. Mais au jour d'aujourd'hui je ne vois que le négatif je n'arrive même plus à trouver le positif.

Goudi

Re: Jeune diplômée ES ; souffrance au travail

Message non lu par Goudi » 12 janv. 2017 14:48

Le mieux à faire alors Sophie est de changer de cap ...
Te tromper de voie professionnelle ? Je pense que tu t'en serais rendue compte durant la formation des 3 ans même si ce n'est pas une vérité générale que j'annonce là.
Mais avant de te poser ce genre de questions, change deja d'établissement ! C'est peut être la que tu verras si tu es faite pour ce métier ..
Apres tu es diplômée récemment, donc tu n'as pas eu le temps encore de voir comment le travail se passe dans d'autres institutions.
Peut être qu'avant de prendre une décision "radicale" concernant la profession, il serait préférable de changer.
Comme tu en as marre de l'endroit où tu es, c'est compliqué de rester objective.
Mais crois moi, si tu ne sens plus à l'aise dans la profession, tu le sentiras quelque soit l'institution.
Une petite appartée : je trouve ça dommage que les formateurs à l'école ne nous en parle pas du tout des côtes difficiles de la profession. Bien sûr, je ne suis pas en train de dire qu'il faut tout attendre d'eux, en général, on le sait quand même un peu en rentrant dans la formation. Mais certains aspects ne sont pas du tout abordés et c'est bien regrettable. Sans parler bien sûr du chômage élevé et des remplacements qui perdurent durant des années (je parle principalement du sud ouest ).
Y a un côté business en tout cas dans l'école où j'étais qui prend le pas sur l'essentiel...
enfin voilà je m'écarte un peu du sujet.

Julie

Re: Jeune diplômée ES ; souffrance au travail

Message non lu par Julie » 12 janv. 2017 14:54

Bonjour,

J'ai été dans la même situation que toi il y a deux ans.

J'ai pris un poste d'éduc dans le même genre de structure. Ce sont surtout les problèmes institutionnels qui m'ont poussé à l'a quitter.

J'étais également en CDI. Lorsque la question fatale arrivait lors de mes entretiens au sujet de la raison qui me faisait quitter mon CDI, je l'abordais sous un angle positif : Jeune diplômé, je souhaite avoir la possibilité d'expérimenter différents champs d'intervention, différents lieux de travail. Je souhaite mettre à profit mon expérience et mes compétences auprès d'un public différent...Malgré les atouts de la structure, je préfère me consacrer à un public plus âgé, travailler dans le champ du handicap...

Tout se justifie, mais le tout est d'en faire ressortir du positif. J'ai été engagé de nouveau en CDI dans une autre asso, que je quitte également pour aller vers un autre CDI ;).

Sophie

Re: Jeune diplômée ES ; souffrance au travail

Message non lu par Sophie » 12 janv. 2017 16:26

Goudi, tu as raison on en parle trop peu en formation et quand ça te tombe dessus tu es limite honteuse de ne pas réussir.L'école où j'étais n'était pas trop dans le buisness et j'avais de très bons formateurs mais il y avait un côté super héros où il fallait toujours avoir la réponse à tout comme si l'educ était Mc gyver. Je me suis vite rendue compte sur le terrain qu'on était souvent impuissant et que l'éduc faisait du mieux qu'il pouvait.
Je suis en région parisienne et il y a quand même beaucoup d'offres d'emploi la plupart de mes camarades de promo sont en CDI mais les conditions sont souvent difficiles. D'ici quelques années j'envisage de quitter la région parisienne avec mon conjoint qui voudrait bosser à Blagnac, je ne sais pas si le travail social se porte bien dans ce département...
Julie, effectivement nos situations se ressemblent, tu me redonne un peu d'espoir et je me sens nettement moins bête.

goudi

Re: Jeune diplômée ES ; souffrance au travail

Message non lu par goudi » 12 janv. 2017 17:15

Je suis de Toulouse Sophie, mais moi je suis un cas à part ... je n'ai pas eu le temps d'être éducatrice spécialisée, j'ai arrêté en cours de formation. Je n'en pouvais déjà plus, je voyais que cela ne me correspondait pas. Cela peut être prématuré selon les avis de certains mais je ne me le sentais pas du tout. Donc autant ne pas poursuivre...
Du côté de Toulouse, le chômage est là, mais comme un peu partout d'ailleurs, et dans bcp de domaines...
Je sais que le Conseil départemental embauche pas mal de référents ASE, tu peux voir de ce côté là!
Après, plusieurs professionnels m'ont dit que ce qui manquait c'était les hommes en institution... sachant qu'on est, pour la plupart, des femmes, le recrutement ne va pas en notre faveur de ce côté là.
Je veux bien croire qu'en région parisienne, les offres sont plus nombreuses, mais en général les personnes commencent comme cela au début de leur carrière mais ne comptent pas y rester trop trop longtemps. Le cadre de vie n'est pas le même c'est sûr, après tout dépend ce que l'on recherche et nos priorités aussi.

Pour revenir à l'école, et aux écoles de Toulouse, chaque année, il doit y avoir au moins 150 personnes qui ont leur diplômes en même temps (les trois écoles confondues).
Effectivement, même sans problème de chômage, cela fait énormément de diplômés pour au final quelques offres; Forcément, tant qu'on formera autant de personnes, la question continuera à se poser...

Helvyra

Re: Jeune diplômée ES ; souffrance au travail

Message non lu par Helvyra » 14 janv. 2017 10:18

Bonjour Sophie,

Je me reconnais dans tes mots pour avoir vécu une situation à peu près similaire. Jeune diplômée, j'ai été embauchée en CDI dans la structure où j'avais effectué mon stage long. Une aubaine, me disais-je : j'aurais le confort de connaître déjà l'équipe, le boulot et les jeunes à mon arrivée en poste !
Malheureusement, la réalité s'est révélée tout autre : changement de directives, bouleversement de l'organisation et des missions, nouveaux éducateurs et nouveau chef... autant de mutations qui ont énormément modifié l'environnement que je connaissais. Comme j'étais, malgré mon diplôme tout neuf, "la plus ancienne" de l'équipe, j'ai le sentiment qu'on s'est beaucoup reposé sur moi à certains moments : c'est vers moi que les collègues se tournaient pour les questions pratiques du fonctionnement, vers moi également que venaient les jeunes car ils me connaissaient mieux...
En parallèle, je me suis imposé une pression monumentale quant à l'exercice de mes missions auprès des jeunes. Lorsque je rentrais chez moi, je n'arrivais pas à me sortir le boulot de la tête, je me réveillais en sursaut la nuit pour noter sur mon agenda des choses que j'aurais à faire le lendemain, je revenais sur mes temps de congés pour remplacer les collègues en vacances (car oui, mon contrat ayant démarré début juillet, j'ai attaqué sur les chapeaux de roue dans un contexte de sous effectif vu les vacances... mais comme je connaissais déjà le service, me laisser travailler seule ne choquait personne. Et certainement pas moi même...)...

Assez rapidement, je n'ai plus réussi à prendre le recul nécessaire sur les situations, qui m'affectaient enormement. Il n'y avait plus de barrière entre ma vie pro et ma vie perso (d'autant plus que nous effectuions des astreintes en soirée et week end). Je rentrais chez moi tous les soirs en pleurant, partais avec la boule au ventre au travail, ne parlais que de ça et ne pensais qu'à ça. Même mes collègues m'ont conseillé de lever le pied, mais je n'ai pas pris la mesure de leurs conseils. Et un jour... crac ! Blessure physique, arrêt de travail... 6 mois... qui m'ont permi de constater que je n'en pouvais plus et qu'il m'était impossible de revenir. Au delà de la fatigue physique, c'était un véritable signal d'alarme qu'avait envoyé mon corps.

J'ai finalement été licenciée pour inaptitude. Après de longs mois dans le flou, une dépression, un suivi psychologique, et le soutien de mes proches, j'ai repris un après avoir "quitté" mon travail une licence en sciences de l'éducation par correspondance. Bien que véritablement traumatisée par l'expérience que j'avais vécue (et je n'ai plus honte de l'admettre) je ne voulais pas abandonner l'éducatif. Reprendre le boulot (physiquement comme moralement) m'était impossible, mais il me restait cette envie d'apprendre et d'aider les autres...
Après avoir obtenu ma licence, j'ai finalement repris le chemin du travail. Je n'ai pas encore réussi à franchir le cap de retravailler en tant qu'éducatrice spécialisée (je n'ai volontairement répondu qu'à des offres d'appellations différentes : equicienne, conseillère d'insertion socioprofessionnelle, travailleur social...), mais j'exerce aujourd'hui les fonctions d'auxiliaire de vie scolaire dans un lycée. Ce qui me convient parfaitement : mon rôle s'arrête aux portes de l'établissement (dans tous les sens du terme), et je ne travaille que 20 heures par semaine, ce qui me permet de prendre un réel recul par rapport à mon boulot, pour y retourner ensuite avec plaisir le lendemain...
Mais j'ai enfin retrouvé le goût de l'accompagnement, l'envie... moi qui ne me souvenais plus ce que c'était d'aller au travail avec le sourire !
Certes, 3 ans d'études pour gagner 600€ par mois actuellement.... mais au moins, j'ai trouvé un équilibre franchement appréciable dans ma vie. Quel soulagement ! En parallèle, j'ai continué sur un master métier de l'enseignement, de l'éducation et de la formation. Je me rends compte qu'il est très important pour moi de continuer à étayer ma pratique par de la théorie, ce qui me permet également de prendre une réelle bouffée d'oxygène par rapport au travail.

Ce témoignage très long (merci et bravo à ceux qui m'ont lue jusqu'au bout !) pour dire qu'il faut absolument DIRE STOP avant d'atteindre le point de rupture. Sophie, je suis d'accord avec les autres personnes qui ont pu te le dire, il faut que tu ailles voir ton médecin généraliste. Ose exprimer ce que tu ressens, accepter un arrêt, faire une pause... ça te sera salutaire et te permettra de faire le point sur tes désirs.

Quant au fait de parler à tes employeurs des raisons qui te poussent à changer de travail... ils n'ont pas à connaître les détails, mais il me semble qu'un éducateur spécialisé compétent a le droit et le mérite de reconnaître ses limites, qu'il lui faut partir pour mieux rebondir et proposer un acccompagnement cohérent et adapté aux publics qu'il accompagne.

Je te souhaite beaucoup de courage. N'hésite pas si tu souhaites en parler.

Caro

Re: Jeune diplômée ES ; souffrance au travail

Message non lu par Caro » 19 janv. 2017 16:23

Éducateur de jeunes enfants certes pas un travail dans !e même contexte mais une forte implication....M à conduit à un burn out après 13 ans de travail...
Et tu vois sans moi la vie continue lol! Ce que je veux dire c est l on est remplaçable mais moi je n' ai pas su le montrer et je me suis consummee à feu doux
Aujourd'hui hui je suis ass mat mais je veux quitter la petite enfance
Je commence un bilan de compétences
Et reponds à des annonces plutôt sociales(comme en centre maternel) mais rien n est facile!Je n' ai pas le profil
Tout ça pour te dire de faire une pause pour toi et de postuler ailleurs comme écrit plus haut!!Pas de culpabilité à avoir même si c est ton premier employeur !

Courage prends soin de toi !

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