Précarité. Un sacré paradoxe du travail social me turlupine depuis des années : alors que nos missions sont difficiles, alors que les situations des enfants et des jeunes qui nous sont "confiés" par les services sociaux, sont souvent tendues, les salariés du travail social sont régulièrement placés, de fait, dans une situation relativement précaire. Comment alors s'engager sur un long terme, construire une démarche qui dure, mener à bien des projets qui demandent des mois, voire des années, avant de pouvoir être réalisés ?
J'ai souvent vécu cette situation et la revis en ce moment. Je suis en CDD et mon contrat est renouvelé de semaine en semaine. D'abord en remplacement d'une éducatrice en accident du travail, je récupère maintenant le CDD d'une autre éducatrice à mi-temps thérapeutique. Mon contrat s'arrête dimanche et va être renouvelé pour quelques jours, une semaine ?
Tout cela est provisoire, bien sûr, mais peu confortable pour moi qui, justement, aimerais bien m'engager sur du long terme, à l'égard des enfants et des jeunes du foyer. L'association fera très bientôt appel à moi pour compléter une équipe, remplacer un éduc en maladie ou en congés, mais combien de temps cela va-t-il durer ? Je sais pourtant que mon employeur tient à me conserver dans son équipe, puisqu'il manque des hommes.
"Si nous sommes d'accord pour estimer que les fonctions d'un éducateur sur un groupe d'enfants consistent à être sécurisant, à savoir assumer des conflits structurants, à reconnaître et à maîtriser les émotions, à mettre en oeuvre des connaissances cliniques, à conserver une bonne distance relationnelle avec les jeunes, à faire preuve de créativité pédagogique, à travailler en équipe, etc, alors on peut considérer que les critères d'embauche de certains établissements, dits spécialisés, touchent eu déni d'éthique et à l'imposture" (Jean Cartry, "Cahier du soir d'un éducateur spécialisé", Dunod).
J'espère donc que tout cela va s'éclaircir dans les jours et les semaines à venir. Je ne demande pas la lune et même pas un CDI, venant d'arriver dans l'association (il faut être patient), mais je demande à pouvoir bénéficier d'un minimum sur le plan du contrat et du salaire pour payer mon loyer, mes factures, et vivre un peu...
Texte oublié sur mon blog http://selegen.blog.lemonde.fr/selegen/
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Précarité...
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Alain
Re: Précarité...
"Je ne demande pas la lune et même pas un CDI"
C'est bien le problème. On a oublié actuellement que le CDD n'est pas un pré-CDI.
Il y a une période d'essai dans un CDI, c'est bien pour voir si c'est possible de bosser ensemble!
Malheureusement, on a prit l'habitude du travail précaire! J'ai moi même bossé en CDD trouvant ça normal au début.
Ceci dit un seul outil permet d'éviter ce genre du chose... le syndicat.
En tout je partage ton analyse, bon courage à toi!
C'est bien le problème. On a oublié actuellement que le CDD n'est pas un pré-CDI.
Il y a une période d'essai dans un CDI, c'est bien pour voir si c'est possible de bosser ensemble!
Malheureusement, on a prit l'habitude du travail précaire! J'ai moi même bossé en CDD trouvant ça normal au début.
Ceci dit un seul outil permet d'éviter ce genre du chose... le syndicat.
En tout je partage ton analyse, bon courage à toi!
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Selegen
Re: Précarité... (suite du feuilleton)
Comme je le pensais, me voici encore une fois confronté à un employeur peu scrupuleux et même carrément malhonnête (ils ne sont pas tous ainsi, heureusement). Au départ je devais prendre un poste de remplacement d'un éducateur dans un foyer du centre-ville, en CDD à temps plein dans l'attente du financement d'un CDI par le Conseil Général.
Quelques jours après l'association (qui gère plusieurs foyers sur le département) me rappelle pour me proposer un remplacement d'une éducatrice en accident du travail, pour quelques jours à temps plein, dans le foyer où je travaille toujours, à l'écart de la ville (je ne suis pas encore motorisé et je dépends des transports en commun qui sont une vraie galère à Marseille : fermeture des métros à 21h, bus de nuit à partir de 22h, il me faut faire 4 km à pied le soir pour rejoindre le terminus si un collègue ne peut pas m'avancer en voiture).
Cette éducatrice ayant repris son boulot, je me vois proposer un CDD de remplacement, cette fois-ci d'une autre éducatrice en mi-temps thérapeutique, que je complèterais avec des heures effectuées dans ce foyer ou un autre. Dans le bureau de la secrétaire j'apprends que le contrat ne dure que 3 jours, sous prétexte que le médecin de l'éducatrice n'a pas fourni l'arrêt maladie. Du coup, je signe pour aller bosser l'après-midi même, et j'envoie un fax très courtois à la direction pour éclaircir ma situation et faire entendre qu'avec un mi-temps et un contrat aussi précaire, il m'est impossible de vivre normalement vu ce que me donnent les Assedic...
Hier, enfin, m'attendant à une réponse de la direction, le chef de service m'appelle au foyer pour me rencontrer sur place dans l'après-midi et signer mon contrat. Je le vois débarquer avec le président de l'association et un ouvrier d'entretien, tous trois jouent aux inspecteurs des travaux finis, examinant chaque recoin du foyer qui n'est même plus aux normes... En passant le chef de service me remet mon contrat à mi-temps qui dure jusqu'au 18 octobre. Aucune allusion à ma demande de clarification et à mon besoin de travailler davantage pour ne pas me retrouver dans la panade. Je termine la journée, heureusement que mes collègues éducateurs et les enfants me font vivre des moments sympathiques, puis un éducateur me propose de me ramener au métro avant de rentrer chez lui. Comme je dois attendre plus d'une heure avant le premier bus de nuit, je décide de marcher un peu, je me fais interpeller de loin par des jeunes en scooter, et, sans être parano, je ne suis pas très rassuré. Alors j'appelle un taxi pour me ramener (13 €). Et là je me demande vraiment ce que je fous ici, dans cette galère, et pourquoi je me fais encore avoir par un employeur qui ne respecte pas ses paroles orales.
Du coup ce matin je réponds à d'autres annonces... en espérant trouver rapidement un vrai boulot à temps plein !
En direct de Marseille, c'était le parcours banal et lamentable d'un travailleur social diplômé qui cherche à travailler décemment...
CQFD. Bonne journée à vous et portez-vous bien !
Quelques jours après l'association (qui gère plusieurs foyers sur le département) me rappelle pour me proposer un remplacement d'une éducatrice en accident du travail, pour quelques jours à temps plein, dans le foyer où je travaille toujours, à l'écart de la ville (je ne suis pas encore motorisé et je dépends des transports en commun qui sont une vraie galère à Marseille : fermeture des métros à 21h, bus de nuit à partir de 22h, il me faut faire 4 km à pied le soir pour rejoindre le terminus si un collègue ne peut pas m'avancer en voiture).
Cette éducatrice ayant repris son boulot, je me vois proposer un CDD de remplacement, cette fois-ci d'une autre éducatrice en mi-temps thérapeutique, que je complèterais avec des heures effectuées dans ce foyer ou un autre. Dans le bureau de la secrétaire j'apprends que le contrat ne dure que 3 jours, sous prétexte que le médecin de l'éducatrice n'a pas fourni l'arrêt maladie. Du coup, je signe pour aller bosser l'après-midi même, et j'envoie un fax très courtois à la direction pour éclaircir ma situation et faire entendre qu'avec un mi-temps et un contrat aussi précaire, il m'est impossible de vivre normalement vu ce que me donnent les Assedic...
Hier, enfin, m'attendant à une réponse de la direction, le chef de service m'appelle au foyer pour me rencontrer sur place dans l'après-midi et signer mon contrat. Je le vois débarquer avec le président de l'association et un ouvrier d'entretien, tous trois jouent aux inspecteurs des travaux finis, examinant chaque recoin du foyer qui n'est même plus aux normes... En passant le chef de service me remet mon contrat à mi-temps qui dure jusqu'au 18 octobre. Aucune allusion à ma demande de clarification et à mon besoin de travailler davantage pour ne pas me retrouver dans la panade. Je termine la journée, heureusement que mes collègues éducateurs et les enfants me font vivre des moments sympathiques, puis un éducateur me propose de me ramener au métro avant de rentrer chez lui. Comme je dois attendre plus d'une heure avant le premier bus de nuit, je décide de marcher un peu, je me fais interpeller de loin par des jeunes en scooter, et, sans être parano, je ne suis pas très rassuré. Alors j'appelle un taxi pour me ramener (13 €). Et là je me demande vraiment ce que je fous ici, dans cette galère, et pourquoi je me fais encore avoir par un employeur qui ne respecte pas ses paroles orales.
Du coup ce matin je réponds à d'autres annonces... en espérant trouver rapidement un vrai boulot à temps plein !
En direct de Marseille, c'était le parcours banal et lamentable d'un travailleur social diplômé qui cherche à travailler décemment...
CQFD. Bonne journée à vous et portez-vous bien !
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françoise
Re: Précarité... (suite du feuilleton)
Je pense que tu peux trouver du soutien auprès des délégués du personnel. Ils sont là pour veiller au respect des contrats de travail par exemple et ils peuvent aussi soutenir tes démarches. Ils ont l'obligation d'organiser une permanence. Vois avec eux en urgence.