Salut les forumeurs!
Bon, j'ouvre un débat à avis contradictoire, où provoc peut se mêler avec ironie, et ironie avec sidonie.
Bref, venons au fait, ce matin, je me suis fait interpellé par un gars, normal le gars, au zinc d'un bar où j'ai mes habitudes d'avant les cours du matin : un petit noir bien tassé avec une blonde bien roulée.
On discute et vient dans la conversation le fait que je sois éduc (en formation, mais ça je lui ai pas dit, question de crédibilité). Alors là, j'ai eu droit à tout le déballage classique et même post-moderne avec du Ségo-militarisme et du Sarko-délinquantisme. Pour finir, le gars, normal, me dit : "Ouais, de toute manière vous les éducs, vous bosser pour le grand capital !" Vlan !
A ce moment là, ma cigarette et tombée dans ma tasse, qui elle même s'est retrouvée par la-même sur le zinc.
Mon esprit vif et brillant ne trouvant comme seule réponse "euh bah euh mais non, euh... C'est pô vrai... C'est celui qui dit qui est !", je lui ai serré la main et je suis parti, dépité.
Cependant, je n'avais pas dit mon dernier mot... Nenni ! Non seulement mon esprit est vif et brillant mais en plus il est mode escalier. Soudain, au milieu d'un passage cloutée et au péril de ma vie, je me suis dit "Mais, c'est biensûr !".
Ni une, ni deux, ni même trois pas me conduire au zinc matinal. Il était parti...Je suis arrivé à la bourre et la journée à repris son cours.
Je vous livre néanmoins ma conclusion : effectivement, nous sommes soumis à des attentes de rendement, des attentes de la société, des attentes des personnes, nos propres attentes. Nous pouvons être des agents de "normalisation" de personnes dites exclues voire même des agents de contention. Pour exemple, lorsqu'on bosse avec des prostitués, le but est de les réinsérer ; dans quel but? Lorsqu'on bosse avec des handicapés dans des centres en pleine cambrousse : quel sens y a t'il à les mettre géographiquement à l'écart. Ainsi de suite, les exemples sont nombreux...
Personnellement, j'ai bien conscience de ces aspects et de ces contraintes. Pour autant, j'ai un point de vue sur notre société, j'ai une éthique qui me font aller vers une réinsertion, non vers une norme, mais vers un accès à une liberté. Utopie certes, mais conviction qui oriente ma pratique.
Je ne bosse pas avec des délinquants (au sens stricto sensu) pour les réintroduire dans une norme, mais pour leur permettre d'acquérir certaines clés de compréhension de leur histoire et de la société dans laquelle on vit.
Malgré tout, je me retrouve soumis à des impératifs de rendement, qui font que je suis pris dans un système.
Pour finir, la remarque de ce gars m'interroge sur notre position de travailleur social et notre pouvoir à faire évoluer la société... J'ai l'impression "d'être le scamphandrier au fond de l'aquarium"...
Joey
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De l'utilité de notre métier ?
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Al
Re: De l'utilité de notre métier ?
Bonjour Joey,
Apparemment tu as beaucoup d'humour et tu fais de drôles de rencontres! Moi quend j'étais en formation on me disait que l'ES ne sert à rien, qu'il fait le même travail qu'un AS, que nous passons la journée derrière un bureau à boire du café... En bref une multitude de clichés et de prétendues affirmations. Mais au fond à quoi servons nous? Nous sommes spécialisés mais en quoi? Dur dur de répondre quand on est soi-même dans le flou. Alors pour décrire notre quotidien il faut rester très général. Bien sûr il faut préserver le secret professionnel mais comment défendre notre profession sans dévoiler une part de nos actions. Ces questions je me les suis posée une bonne centaine de fois et j'ai fini de me battre quand je me suis dit qu'en fin de compte une grande part de la population s'est fait une image de notre travail et que les discours ne suffisent plus. Je me suis investie au sein de plusieurs associations où j'ai pu exprimer mes opinions et (dé)montrer mon rôle. Sommes nous des êtres anormaux, sortis d'un monde frisant l'idéalisme ? Sommes-nous si différents? Après tout que connaissons nous des rôles des un s et des autres? ¨Personnellemnt certaines professions m'impressionnent mais je ne les juge pas car elles me sont inconnues ou très éloignées. Pour autant aurais-je un jour la curiosité de les étudier? Je ne suis pas sûre. On se focalise souvent sur des préconcus et des notions collectives. La majorité a dit que donc je pense comme elle.
Lorsque je rencontre du monde et que je leur dit que je suis ES auprès d'adultes déficients intellectuels, on me dit que j'ai du courage, que ça doit être difficile, qu'on fait plus de choses pour ces personnes que pour le reste de la population... En fin de compte je défends mon travail lorsque je travaille mais aussi dans ma vie privée. Dur, dur de se faire respecter.
Imaginez alors la situation quand en plus d'être ES on est fiancé à) un commissaire de police. Là c'est le bouquet. Enfin, je ne vais pas me jetter des fleurs mais personnellemnt j'aime mon métier et je le défendrai tant que je le pourrai.
Apparemment tu as beaucoup d'humour et tu fais de drôles de rencontres! Moi quend j'étais en formation on me disait que l'ES ne sert à rien, qu'il fait le même travail qu'un AS, que nous passons la journée derrière un bureau à boire du café... En bref une multitude de clichés et de prétendues affirmations. Mais au fond à quoi servons nous? Nous sommes spécialisés mais en quoi? Dur dur de répondre quand on est soi-même dans le flou. Alors pour décrire notre quotidien il faut rester très général. Bien sûr il faut préserver le secret professionnel mais comment défendre notre profession sans dévoiler une part de nos actions. Ces questions je me les suis posée une bonne centaine de fois et j'ai fini de me battre quand je me suis dit qu'en fin de compte une grande part de la population s'est fait une image de notre travail et que les discours ne suffisent plus. Je me suis investie au sein de plusieurs associations où j'ai pu exprimer mes opinions et (dé)montrer mon rôle. Sommes nous des êtres anormaux, sortis d'un monde frisant l'idéalisme ? Sommes-nous si différents? Après tout que connaissons nous des rôles des un s et des autres? ¨Personnellemnt certaines professions m'impressionnent mais je ne les juge pas car elles me sont inconnues ou très éloignées. Pour autant aurais-je un jour la curiosité de les étudier? Je ne suis pas sûre. On se focalise souvent sur des préconcus et des notions collectives. La majorité a dit que donc je pense comme elle.
Lorsque je rencontre du monde et que je leur dit que je suis ES auprès d'adultes déficients intellectuels, on me dit que j'ai du courage, que ça doit être difficile, qu'on fait plus de choses pour ces personnes que pour le reste de la population... En fin de compte je défends mon travail lorsque je travaille mais aussi dans ma vie privée. Dur, dur de se faire respecter.
Imaginez alors la situation quand en plus d'être ES on est fiancé à) un commissaire de police. Là c'est le bouquet. Enfin, je ne vais pas me jetter des fleurs mais personnellemnt j'aime mon métier et je le défendrai tant que je le pourrai.
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fouya
Re: De l'utilité de notre métier ?
Joey, encore heureux qu'il y ait des gars comme toi dans ce métier... Je me suis un peu reconnu dans ta description ! Pour ma part, après m'être posé des centaines voire des milliers de questions sur ce boulot et sur mon engagement dans ce boulot, je suis arrivé à une conclusion (définitivement provisoire, bien sûr): fouuhh, pas simple... Du coup , ça m'a encore plus embrouillé, en me disant que moi qui suis réfléchi, informé,respectueux, pertinent, brillant, serein, objectif, drôle, toujours en forme, sportif, musicien, écrivain... bref un artiste de l'éducation spécialisé, j'ai toujours du mal à expliquer en quelques mots mon taf à une superbe brune (pas la cigarette) dans un bar !!taaahhh...
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seb
Re: De l'utilité de notre métier ?
Salut Joey,
De toute évidence tu tiens là TON sujet de mémoire...
De toute évidence tu tiens là TON sujet de mémoire...