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par Charles Ségalen » 17 déc. 2009 20:31
Bonjour,
Avez-vous vu le docu-fiction "Parcours ordinaire d'une mère meurtrière : L'affaire Courjault" (Fr3 le 7/12) ? C'est un remarquable témoignage sur le déni de grossesse, ses mécanismes psychiques, son inscription dans l'histoire familiale et, au-delà le passage à l'acte tragique, son dénouement humain bouleversant, la justice aidant. C'est, à mon sens, un document école autant pour les professionnels du médicosocial que pour ceux qui réfléchissent à la construction de l'humain.
Ci-dessous mon commentaire de l'émission sur un autre forum :
Diffusion hier soir sur France 3 du docu-fiction « Parcours meurtrier d'une mère ordinaire : L'affaire Courjault ». J'ai trouvé cette reconstitution, plus exactement cette restitution du procès de Véronique Courgault, saisissante, bouleversante de vérité : la vérité d'une parole dans laquelle le sujet se cherche puis, au prix d'une souffrance jusque-là occultée, advient à lui-même. Et, partant, à son entourage : chacun, président de la Cour, avocat général, avocats de la défense, mari, proches, public, assiste à ''l'accouchement'' de Véronique Courgault. Accouchement au sens d'une renaissance à elle-même ; assiste en tant qu'obstréticien d'une mise en intelligibilité du réel. Pour traduire l'impensable – la monstruosité – en terme d'humanité, la parole opérant. Autant sur l'intéressée que ''l'assistance''. « Est-ce qu'on m'entend ? », s'inquiète-t-elle à plusieurs reprises de ce que sa voix porte et la porte elle-même. Long et douloureux travail pour se faire entendre, à commencer d'elle-même : chacun de ses « euh... », « comment dire... », « ce que je veux dire... », « je ne peux l'expliquer... », « ce n'est pas ce que je veux dire... » témoigne de ce qu'elle s'efforce, au bord de l'épuisement et sans détour – c'en est poignant – de répondre à ce que lui intime la Cour : qu'on ''se'' parle. Et, perçant la chape, un mot surgit, criant de simplicité et de vérité, paraissant la surprendre en même temps que la libérer, l'assistance avec. Un de ces « mots [qui] surgissent, qui savent de nous ce que nous ignorons d'eux », dit René Char.
Ce qu'elle (se) dit à la fin « j'ai tué mes enfants » est précédé, pour être pensable, de plusieurs moments où elle se (dé)livre, découvrant une part de son enfance comme de sa vie d'adulte, jusque-là ignorée d'elle-même. En se parlant, elle nous parle. De la télé-humanité comme il en est rarement donné.
Des concepts de clivage, de déni, comme de leurs possibles dénouement et du prix à payer pour ce faire, on en apprend autant de la bouche de Véronique Courgault (ce sont ses mots exacts, au souffle près, dans la bouche de la comédienne) que du meilleur ouvrage de psychologie ou d'anthropologie. Si vous n'avez pas vu l'émission, guettez sa probable retransmission. Puis placez-là haut dans votre bibliothèque au rayon leçon du « bien dire » et d'humanité.
Bonne continuation.